Les dieux parlent du crime d'Egisthe
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Certon (1604)

     Mais dessus le palais de l’Olympe estoillé

Fut le reste des Dieux au conseil appellé.

Là le Roy des grands Dieux & des hommes le pere

Leur parla sur le faict d’Aegytus l’adultere

Duquel il se souvint, & qu’ avoit mis à mort

Le gentil Orestes, fils vertueux & fort

Du grand Agamemnon. Si fit harangue telle,

Du faict memoratif à la troupe immortelle.

   O Dieux, dont les humains taxent trop dereglez

Les sainctes deitez, & pensent aveuglez,

Que de tous les malheurs la source & l’origine

Depend, & vient de nous, veu que de leur ruyne

Ils sont la plupart cause, et leurs mechancetes

Les menent à leur mal, entassants efrontes

Mainte angoisse en leur cœur, contre les destinees

Des fautes commenttant par trop desordonnees,

Aegist en est tesmoin, qui d’Atreide l’aisné

Voulut avoir la femme, ô crime forcené !

En despit du Destin : & forfaict execrable,

Osa tuer encor le mary miserable :

N’ignorant de sa faute & la peyne & la mort.

Car ie luy envoyay mon messager accort

Qui le garde d’Io, jadis priva de vie,

Luy dire qu’il quittast ceste execrable envye

D’avoir Clytemnestra pour femme, & ne mist pas

Le grand Agamemnon mechamment au trespas.

 

 
Boitet (1619)   La Valterie (1681)

  Ce qui luy donna sujet d’y sejourner plus peut-estre qu’il ne devoit, pour empescher le retour d’Ulysse qui fut conclud & arresté pendant son absence à son grand regret. Car tous les Dieux, à la requeste de Minerve, s’assemblerent en la chambre royale pour adviser à cette affaire, entre lesquels Jupiter, comme le chef, se ressouvenant encor’du meurtre commis par Oreste en la personne du celebre Aegyste, s’advança de parler, & d’une majesté plus que royale, commença en ceste sorte.

    Hélas !comment se peut-il faire que les hommes qui sont si estroitement obliges aux Dieux immortels, ayent si peu de jugement de les blasmer & accuser comme s’ils estoient autheurs & premiere cause de leur ruine, & des mal heurs qui leur surviennent, attendu qu’ils ne reçoivent que tout bien de leur part, & courent la teste baissee à leur precipice, pour avoir mesprisé les advis que leur donnoit le Ciel, & pour ne s’estre voulu sousmettre aux arrests inevitables donnes au privé conseil des Dieux. Aegyste nous fournit un exemple fort signalé de leur malice & inconstance, qui mal-gré ses destinees, & ce qui estoit arresté entre nous, ne se contenta pas de ravir l’honneur à Agamenmnon Roy de la Grece, en la personne de sa femme Clytemnestre, si au prealable il ne luy ostoit la vie. Et bien qu’il fust deüement adverty de par nous qu’il alloit en cela de sa mort, s’il commettoit un tel acte, & qu’à ceste fin nous eussions envoyé vers luy nostre courrier ordinaire Mercure, avec charge expresse de luy defendre de ne toucher ny à l’honneur de Clytemnestre, ny d’ensanglanter ses mains du sang de son mary, & qu’un jour son fils Oreste estant venu en asge de raison, & estant capable de commander pourroit vanger un assassin si perfide. Toutefois ny tous ces advertissements, ny les douce persuasions de notre herault, ne peurent onqflechir le courage de ce miserable, porté à la cruauté, qu’en fin il n’executast ses pernicieux desseins, dont mal luy en est advenu : car alors qu’il y pensa le moins, il paya tout à coup avec usure les arrerages de ses demerites passes.    

 

    Mais pendant un long sejour que ce Dieu fit en Ethiopie, où il se plaisoit à recevoir l'encens que luy offroient ces Peuples ; tous les autres Dieux estant assemblez, Jupiter parla de la mort d'Egyste en ces termes : 

    Vous sçavez que nous sommes exposez tous les jours aux injustes accusations des mortels. Ils nous imputent les malheurs qui leur arrivent ; comme si par leur propre aveuglement, ils ne s'y precipitoient pas eux-mesmes. C'est ainsi qu'Egyste violant toutes nos Loix, a épouse Clytemnestre femme d'Agamemnon, quoy qu'il ne pût pas ignorer à quelles extrémitez il se verroit réduit par les fuites de cette passion criminelle. Il dressa des embûches à Agamemnon, & le tua. Ce fut en vain que Mercure luy avoit representé, qu'un jour Oreste vangeroit la mort de ce Roy ; le cœur d'Egyste fut insensible. Il a souffert enfin la juste punition de ses crimes.

     

 
Bitaubé (1785)   Dugas Montbel (1830)

Il songeait à la destinée de ce mortel orné de tout l'éclat de la beauté, Égisthe, que le fils illustre d'Agamemnon, Oreste, venait d'immoler. Plein de ses pensées, il s'écrie :

 Eh quoi ! les mortels osent accuser les dieux ! C'est nous, disent-ils, qui leur envoyons les calamités dont ils gémissent, tandis qu'ils se les attirent eux-mêmes par leur aveugle folie. Ainsi contrariant ses heureux destins, Égisthe s'unit par un coupable hymen à la femme d'Agamemnon ; et, au moment du retour de ce prince, il l'assassine. Il n'ignorait pas que ces attentats feraient sa propre perte : nous l'en avions averti nous-même ; Mercure, envoyé de notre part, lui avait dit : N'attente point aux jours de ce roi ;  n'envahis pas sa couche ; la vengeance partira de la main d'Oreste, lorsque, entré dans l'adolescence, ses yeux se tourneront vers l'héritage de ses pères. Ainsi parla Mercure : mais Egisthe fut sourd à ces avis salutaires. Maintenant il a subi d'un seul coup les châtimens accumulés de tous ses crimes.

 

les autres divinités, étant rassemblées dans le palais de Jupiter, roi de l'Olympe, le père des dieux et des hommes, le premier de tous, fait entendre sa voix ; alors il rappelait dans sa pensée Égisthe, que venait d'immoler le fils d'Agamemnon, l'illustre Oreste ; en se ressouvenant de ce prince, il adresse ces paroles aux immortels :

    « Hélas ! les hommes accusent sans cesse les dieux ; ils disent que c'est de nous que viennent les maux, et pourtant c'est par leurs propres attentats que, malgré le destin, ils souffrent tant de douleurs. Ainsi maintenant Égisthe s'est uni, malgré le destin, à l'épouse d'Atride, et même il a tué ce héros qui revenait d'Ilion, quoique Égisthe sût l'affreuse mort dont il périrait ; puisque nous-mêmes, pour la lui prédire, avons envoyé Mercure lui donner avis de ne point immoler Agamemnon, et de no point s'unir à la femme de ce héros ; car Oreste devait en tirer vengeance, lorsque ayant atteint la jeunesse il désirerait rentrer dans son héritage. Ainsi parla Mercure ; mais ces sages conseils ne persuadèrent point l'âme d'Égisthe : il expie aujourd'hui tous ses crimes accumulés.»

 
 
Bareste (1843)   Leconte de Lisle (1867)

  Le père des hommes et des dieux, le premier de tous, fait entendre sa voix : il songeait à la destinée du bel Égisthe, que venait d'immoler le fils d'Agamemnon, l'illustre Oreste ; plein de ce souvenir, il adresse ces paroles aux immortels :

    « Hélas ! les hommes osent accuser les dieux ! Ils disent que leurs maux viennent de nous, tandis que malgré le destin ils souffrent, par leur propre folie, tant de douleurs amères ! Ainsi, Égisthe, s'opposant à la destinée, s'unit à l'épouse d'Atride, et tua ce héros à son retour. Il n'ignorait cependant pas sa triste fin : pour la lui annoncer nous lui envoyâmes Mercure, le prudent meurtrier d'Argus, qui lui dit de ne point immoler Agamemnon, et de respecter son épouse, car Oreste les vengerait un jour, lorsqu'entré dans l'adolescence il désirerait posséder l'héritage de ses pères. Ainsi parla Mercure ; mais ces sages conseils n'allèrent point à l'âme d'Égisthe ; et maintenant il expie tous ses crimes. »   

 

 . Et le Père des hommes et des Dieux commença de leur parler, se rappelant dans son cœur irréprochable, Aigisthos que l'illustre Orestès Agamemnonide avait tué. Se souvenant de cela, il dit ces paroles aux Immortels :

      - Ah ! combien les hommes accusent les Dieux ! Ils disent que leurs maux viennent de nous, et, seuls, ils aggravent leur destinée par leur démence. Maintenant, voici qu'Aigisthos, contre le destin, a épousé la femme de l'Atréide et a tué ce dernier, sachant quelle serait sa mort terrible ; car nous l'avions prévenu par Herméias, le vigilant tueur d'Argos, de ne point tuer Agamemnôn et de ne point désirer sa femme, de peur que l'Atréide se vengeât, ayant grandi et désirant revoir son pays. Herméias parla ainsi, mais son conseil salutaire n'a point persuadé l'esprit d'Aigisthos, et, maintenant, celui-ci a tout expié d'un coup.

 

 

Seguier (1890)

Les autres dieux siégeaient chez Jupiter tonnant.

Le roi de l'univers prit soudain la parole  ;

Il s'était rappelé qu'aux mânes paternels

Oreste dévoua le radieux Égisthe.

S'étant donc souvenu, Zeus dit aux Immortels :

« Hélas ! à nous blâmer combien l'homme persiste !

Tout le mal vient, dit-il, de la céleste cour.

Mais, en dépit du Sort, l'orgueil fait sa misère.

Ainsi, malgré le Sort, Égisthe prend naguère

Sa femme au fils d'Atrée et le lue au retour.

Son châtiment certain, il le savait d'avance

Par le bourreau d'Argus, Hermès, notre envoyé :

Épargne Agamemnon ! respecte sa moitié !

Car d'Oreste viendra l'implacable vengeance,

Quand il voudra, grandi, rentrer dans son palais...

Hermès ainsi parla : rien ne fléchit l'inique,

Et son sang d'un seul coup paya tous ses forfaits. »  

 

Bérard (1925)

 

Meunier (1943)

 

 Mais tous les autres dieux tenaient leur assemblée dans le manoir de Zeus : devant eux, le seigneur de l'Olympe venait de prendre la parole. Or le Père des dieux et des hommes pensait à l'éminent Égisthe, immolé par Oreste, ce fils d'Agamemnon dont tous chantaient la gloire. 

Plein de ce souvenir, Zeus dit aux Immortels :

ZEUS. - Misère !... Écoutez les mortels mettre en cause les dieux! C'est de nous, disent-ils, que leur viennent les maux, quand eux, en vérité, parleur propre sottise, aggravent les malheurs assignés parle sort. Tel encor cet Égisthe ! pour aggraver le sort, il voulut épouser la femme de l'Atride et tuer le héros sitôt qu'il rentrerait. La mort était sur lui : il le savait ; nous-même, nous l'avions averti et, par l'envoi d'Hermès, le guetteur rayonnant, nous l'avions détourné de courtiser l'épouse et de tuer le roi, ou l'Atride en son fils trouverait un vengeur, quand Oreste grandi regretterait sa terre. Hermès, bon conseiller, parla suivant nos ordres. Mais rien ne put fléchir les sentiments d'Égisthe. Maintenant, d'un seul coup, il vient de tout payer! 

  

 

      Les autres dieux, entre temps, dans le palais de Zeus Olympien, se tenaient assemblés. Le Père des hommes et des dieux fut alors le premier à prendre la parole, car il se souvenait, dans le fond de son cœur, de l'irréprochable Égisthe, que le fils d Agamemnon, Oreste au célèbre renom, venait de massacrer. Se souvenant d'Égisthe, il adressa ces mots aux Immortels :

    — Hélas ! de quelles accusations les dieux ne sont-ils pas accablés par les hommes ! C'est de nous, disent-ils, que proviennent les maux, quand c'est eux-mêmes qui, par leur propre folie, s'attirent des douleurs aggravant leur destin. Et c'est ainsi qu Égisthe, aggravant son destin, en vint à épouser la femme de l’Atride, et à tuer le héros qui rentrait au foyer. II savait pourtant de quelle mort abrupte il était menacé, puisque nous l'avions par avance averti, en dépêchant le brillant Messager, le vigilant Hermès, de ne point égorger le mari et de ne pas courtiser son épouse, car Oreste serait le vengeur de l'Atride, lorsqu'il aurait grandi et qu'il en viendrait à regretter sa terre. Ainsi parla Hermès, mais ces sages conseils ne firent point fléchir les sentiments d'Égisthe. Et voici qu'il vient, en une seule fois, de payer tous ses crimes. »