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Flaxman (1793) |
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Dussarthou |
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Bareste (1843) |
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Leconte de Lisle (1867) |
La déesse court appeler Hélène : elle la trouve sur le
sommet
de la
tour, entourée d'un grand nombre de Troyennes. Alors,
la tirant doucement par sa robe embaumée, elle lui parle en prenant
les traits d'une femme d'un grand âge, qui la chérissait tendrement,
et qui lui préparait avec habileté ses laines superbes lorsque
cette princesse résidait encore à Lacédémone. La divine Vénus,
s'étant rendue semblable à cette femme, lui dit :
« Venez, suivez-moi ; Pâris vous invite à retourner dans le
palais. Ce héros, assis sur un lit magnifique dans la chambre nuptiale,
est éclatant de beauté et de parure. On ne dirait pas qu'il
vient de combattre un guerrier, mais qu'il se rend a une fête, ou
que, cessant les danses, il goûte le repos. »
Ces paroles répandent le trouble dans l'âme d'Hélène. Mais dès
qu'elle aperçoit le gracieux cou de la déesse, et ce sein charmant
et ces yeux qui étincellent, elle est frappée de surprise et s'écrie
:
« Cruelle Vénus, pourquoi me tromper encore ? Voudrais-tu
m'entraîner dans une des populeuses villes, soit de la Phrygie,
soit de la riante Méonie où se trouvent quelques humains à la
voix
articulée que tu chérisses ? Est-ce parce qu'aujourd'hui Ménélas,
ayant vaincu le noble Paris, veut ramener dans ses foyers une
odieuse épouse, que tu
viens ici méditer de
nouvelles perfidies ?
Reste auprès de lui, oublie les voies mystérieuses des dieux, et ne
porte plus tes pas vers l'Olympe : toujours à ses côtés garde-le
soigneusement jusqu'à ce qu'il consente à te faire sou épouse, ou à
te choisir pour son
esclave ! Je n'irai pas
vers lui (car
ce serait indigne) pour
partager sa couche ; les Troyennes me poursuivraient de leur mépris ; et déjà mon âme est accablée de chagrin ! »
La divine Vénus, enflammée de colère, lui dit :
« Malheureuse, ne m'irrite
pas,
de peur que dans mon courroux je ne t'abandonne, et ne te haïsse
autant que je t'ai chérie jusqu'à
ce jour!
Crains qu'entre ces deux
peuples,
Troyens et Danaens, je ne suscite des haines funestes, et que tu ne périsses
victime d'une affreuse destinée! »
A ces mots, Hélène, issue de Jupiter, est saisie de crainte :
elle
se couvre en silence d un voile éclatant de blancheur, se dérobe aux
regards des Troyennes, et suit la déesse qui la précède.
Lorsqu'ils sont arrivés dans l'élégante demeure de Pâris, les
suivantes d'Hélène se hâtent de retourner à leurs travaux, et la
plus noble des femmes monte à la chambre nuptiale. Vénus,
au doux sourire, prend un siège et le place en face de Pâris ;
Hélène,
la fille du dieu qui tient
l'égide, s'y assied ; et,
détournant les yeux, elle
adresse à son amant ces reproches amers :
« Vous voilà donc revenu du combat! Que n'avez-vous péri,
vaincu par ce guerrier vaillant qui fut mon premier époux ! Vous
vous vantiez jadis de l'emporter sur
l'intrépide
Ménélas et par votre
courage, et par votre bras, et par votre lance : osez donc encore
l’appeler à combattre contre vous ! Mais non, je vous conseille de
cesser la guerre. N'affrontez plus témérairement le blond Ménélas
dans une lutte obstinée ; car bientôt peut-être vous tomberiez
expirant sous les coups de son javelot ! »
Pâris répond à cette prière en disant :
« Chère amante, ne me déchire point le cœur par de cruels
reproches ! Aujourd'hui Ménélas m'a vaincu avec l'aide de Minerve :
je puis le vaincre à mon tour ; car il y a aussi des dieux pour nous
! Mais livrons-nous au plaisir sur cette couche. Jamais tant de passion
n'agita mes sens, lors même que pour la première fois je t'enlevai de la riante Lacédémone portée sur mes rapides navires, et
que dans l'île de Cranaé nous nous unîmes au sein de l'amour et
du sommeil. Maintenant je
t'aime
encore davantage, et un agréable
désir me captive. »
Il dit, et se dirige vers la couche nuptiale ; son épouse le
suit,
et tous deux reposent sur un lit magnifiquement sculpté.
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Et elle sortit pour appeler Hélène, qu'elle trouva sur la haute tour, au milieu
de la foule des Troiennes. Et la divine Aphrodité, s'étant faite semblable à une
vieille femme habile à tisser la laine, et : qui la tissait pour Hélène dans la
populeuse Lakédaimôn, et qui aimait Hélène, saisit celle-ci par sa robe
nektaréenne et lui dit :
-Viens ! Alexandros t'invite à revenir. Il est couché, plein de beauté et
richement vêtu, sur son lit habilement travaillé. Tu ne dirais point qu'il vient
de lutter contre un homme, mais tu croirais qu'il va aux danses, ou qu'il repose
au retour des danses.
Elle parla ainsi, et elle troubla le cœur
de Hélénè ; mais dès que celle-ci eut vu le beau cou de la Déesse, et son sein
d'où naissent les désirs, et ses yeux éclatants, elle fut saisie de terreur, et
la nommant de son nom, elle lui dit :
-0 mauvaise ! Pourquoi veux-tu me tromper encore ? Me conduiras-tu dans
quelque autre ville populeuse de la Phrygiè ou de l'heureuse Maioniè, si un
homme qui t'est cher y habite ? Est-ce parce que Ménélaos, ayant vaincu le divin
Alexandros, veut m’emmener dans ses demeures, moi qui me suis odieuse, que tu
viens de nouveau me tendre des pièges ? Va plutôt ! abandonne la demeure des
Dieux, ne retourne plus dans l'Olympos, et reste auprès de lui, toujours
inquiète ; et prends-le sous ta garde, jusqu'à ce qu'il fasse de toi sa femme ou
son esclave ! Pour moi, je n'irai plus orner son lit, car ce serait trop de
honte et toutes les Troiennes me blâmeraient, et j'ai trop d'amers chagrins dans
le cœur.
Et la divine Aphrodité, pleine de colère,
lui dit :
-Malheureuse ! crains de m'irriter, de peur que je t'abandonne dans ma
colère, et que je te haïsse autant que je t'ai aimée, et que, jetant des haines
inexorables entre les Troiens et les Akhaiens, je te fasse périr d'une mort
violente !
Elle parla ainsi, et Hélénè, fille de
Zeus, fut saisie de terreur, et, couverte de sa robe éclatante de blancheur,
elle marcha en silence, s'éloignant des Troiennes, sur les pas de la Déesse.
Et quand elles furent parvenues à la belle
demeure d'Alexandros, toutes les
servantes se mirent à leur tâche, et la divine femme monta dans la haute
chambre nuptiale, Aphrodité qui aime les sourires avança un siège pour elle
auprès d’Alexandros, et Hélénè, fille de Zeus tempétueux, s'y assit en
détournant les yeux ; mais elle adressa ces reproches à son époux :
-Te voici revenu du combat. Que n'y restais-tu, mort et dompté par
l'homme brave qui fut mon premier mari ! Ne te vantais-tu pas de l'emporter sur
Ménélaos cher à Arès, par ton courage, par ta force et par ta lance ? Va ! défie
encore Ménélaos cher à Arès, et combats contre lui ; mais non, je te conseille
plutôt de ne plus lutter contre le blond Ménélaos, de peur qu'il te dompte
aussitôt de sa lance !
Et Paris, lui répondant, parla ainsi :
-Femme ! ne blesse pas mon cœur par d'amères paroles.
Il est vrai, Ménélaos m'a vaincu à l'aide d'Athènè, mais je le vaincrai
plus tard, car nous avons aussi des Dieux qui nous sont amis. Viens ! Couchons
nous et aimons-nous ! Jamais le désir ne m'a brûlé ainsi, même lorsque naviguant
sur mes nefs rapides, après t'avoir enlevée de l'heureuse Lakédaimôn, je m'unis
d'amour avec toi dans l'île de Kranaè, tant je t'aime maintenant et suis saisi
de désirs !
Il parla ainsi et marcha vers son lit, et
l'épouse le suivît, et ils se couchèrent dans le lit bien construit .
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Meunier (1943) |
La déesse elle-même alla chercher Hélène. Elle la
trouva sur la haute tour.
La foule des Troyennes se pressait autour a elle. De sa main alors,
elle saisit et tira la robe somptueuse et parfumée d'Hélène. Et, s'étant
rendue semblable à une vieille femme, lainière de grand âge, qui
travaillait les fines laines pour elle, lorsqu'elle habitait à
Lacédémone, et qui l'aimait entre toutes, elle adressa la parole à
Hélène. Ainsi donc, sous ces traits,
la divine Aphrodite lui dit :
— Viens, Alexandre t'appelle et te demande de revenir chez toi.
Il t'attend dans sa chambre, sur le lit fait au tour, où sa beauté
reluit autant que sa parure. Tu ne dirais pas qu'il vient de combattre
un guerrier, mais qu'il s'en va danser, ou bien qu'il se repose, après
avoir dansé. »
Ainsi parla-t-elle, et le cœur d'Hélène s'émut en sa poitrine.
Mais, dès que celle-ci eut reconnu la déesse à son cou magnifique, aux
attraits de sa gorge et à ses yeux fascinants, elle fut saisie d'effroi,
et dit en la nommant :
— Démon ! pourquoi t'efforces-tu de me séduire ainsi ?
Veux-tu donc encore m'emmener plus loin, dans quelque autre ville bien
habitée, soit de la Phrygie, soit de l'aimable Méonie,
s'il se trouve aussi là, parmi les hommes doués de la parole, quelqu'un qui te soit cher ? Est-ce parce qu'il vient de vaincre aujourd'hui
le divin Alexandre, que Ménélas veut me faire à mon horreur regagner son
foyer, est-ce pour cela que te voici encore, l'artifice dans l'âme,
aujourd'hui près de moi ? Va donc t'asseoir auprès de lui, retire-toi du
chemin des dieux et que tes pieds ne te fassent plus remonter sur
l'Olympe ! Mais, restant désormais sans cesse auprès de lui, plains-le,
garde-le, jusqu'à ce qu'il ait fait de toi sa femme ou son esclave. Non,
car ce serait indigne, je n irai pas là-bas lui préparer son lit. Toutes
les Troyennes d'ailleurs me railleraient, et j'ai au cœur des douleurs
infinies. »
Irritée, la divine Aphrodite lui répondit alors :
— Ne me provoque pas, misérable ! Crains qu'en ma colère
je ne t'abandonne, et ne te haïsse avec autant de force que je t'ai
jusqu'ici étonnamment aimée. Je tramerais alors entre les deux partis,
Troyens et Danaens, des haines désastreuses, et tu
périrais sous un sort exécrable. »
Ainsi parla-t-elle, et Hélène née de Zeus prit peur. Elle se mit
en route en abaissant son voile d'une blancheur éclatante, en silence
avança, passant inaperçue de toutes les Troyennes. Devant elle marchait
une divinité. Dès qu elles arrivèrent dans la maison très belle
d'Alexandre, les esclaves se hâtèrent alors de reprendre leur tâche.
Hélène, divine entre les femmes, gagna sa chambre à haut plafond. Et
Aphrodite amie des sourires, prit un siège et vint, en le portant, le
placer pour Hélène en face d'Alexandre. Là, s'assit Hélène fille de Zeus
porte-égide. Baissant alors et détournant les yeux, elle gourmanda son
époux en ces termes :
—Te voilà donc revenu du combat ! Que n'as-tu succombé
sur les lieux, dompté par l'homme vigoureux qui fut mon premier
époux ! Tu te vantais jusqu'ici de l'emporter par ta force, par tes
mains et ta pique, sur Ménélas aimé d'Arès. Eh bien il va
donc à présent provoquer derechef à un combat singulier Ménélas
aimé d'Arès ! Mais non, je veux que tu t'arrêtes, que tu renonces
à lutter en face du blond Ménélas et à livrer contre lui un combat
insensé, de peur que tu ne sois bientôt terrassé sous sa lance. »
Paris alors lui répondit et dit :
— Femme, par de rudes outrages ne blâme pas mon cœur !
Aujourd'hui, en effet, Ménélas, avec l'aide d'Athéna, m'a
vaincu ; mais une autre fois je le vaincrai, car nous aussi, nous avons des dieux avec nous. Mais allons ! couchons-nous et goûtons
au plaisir de tendresse. Car jamais encore l'amour n'enveloppa
mes sens à ce point, pas même quand, après t'avoir tout d'abord arrachée
de la riante Lacédémone, je pris le large sur mes vaisseaux
traverseras de la mer, et que, dans l'île de Cranaë, je m'unis à toi
dans le lit et l'amour. Non, jamais je ne t'ai tant
aimée qu'aujourd’hui, et un plus doux désir jamais ne m'a saisi. »
Il dit, et, le premier, il marcha vers le lit ; sa femme le suivit.
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Benito (1939) |
Le Corbusier (1955) |
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