Les armées en présence
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Les Grecs

Les Troyens

L'armée grecque

Par Bignan Par Barbier

   Chefs des Béotiens, que leur vaillance excite,

Le fier Prothoénor, Arcésilas, Léite,

Clonios, Pénélée ont assigné leurs rangs

Aux peuples qui, venus de climats différents

D'Hyria, de Thespie habitaient les campagnes,

Schénos, Scole, Etéone aux nombreuses montagnes,

La superbe Gréa, les vieux rochers d'Aulis,

Mycalèse qu'entoure un immense pays.

Les uns d'Harma, d'Ilèse ont laissé la contrée,

Les bords féconds d'Hylé, Pétéon, Erythrée,

 Eutrésis, Médéon et ses remparts altiers,

Ocalée et Copas, Thisbé chère aux ramiers.

Les autres d'Haliarte ont fui les prés fertiles,

Hypothébes, fameuse entre toutes les villes,

Oncheste, dont Neptune aime le bois pieux,

Midée avec Nisa que protègent les Dieux,

Glisas, Platée, Arna de vignes couronnée,

La lointaine Anthédon, la belle Coronée,

Et cinquante vaisseaux vers le champ des combats

Conduisirent chacun cent vingt jeunes soldats.  

On voit Arcésilas, Léitus, Pénélée,

Prothœnor, Clonius guider dans la mêlée

Les fils de Béotie ; or les uns ont quitté

Schole, Schénos, Aulis la pierreuse cité,

Et la verte Etéone et la riante Hyrie,

Erythres et Graïa, Micalèse et Thespie,

Ocalée, Eutrésis, Copas et Médéon

La ville bien bâtie; Hylée et Pétéon,

Eléone, Thisbée en colombes féconde,

Héliarte et ses champs où la verdure abonde ;

Les autres sont partis de la sainte Misa,

Des confins d'Anthédon, de la vineuse Arna,

D'Oncheste, aux bois épais consacrés à Neptune;

Cinquante belles nefs font leur force commune :

Cent vingt hommes formés aux plus rudes travaux

Sont montés sur chacun des cinquante vaisseaux.

Les guerriers d'Asplédon, les guerriers d'Orchomène,

 Qui fut des Minyens le florissant domaine,

 Escortèrent sur l'onde avec trente vaisseaux

 Ialmène, Ascalaphe, héroïques jumeaux,

 Que vierge encor, la chaste et belle Astiochée,

 Dans le palais d'Actor timidement cachée,

 Enfanta quand de Mars l'audacieuse ardeur

 Au fond d'un haut réduit eut vaincu sa pudeur.  

Les Myniens venus d'Asplédon, d'Orchomène,

Reconnaissent pour chefs Ascalaphe, lalmène

Fils de Mars;  autrefois, dans le palais d'Actor,

Leur mère Astyoché, charmante et vierge encor,

De ce Dieu vainement avait fui la poursuite.

Ils ont trente vaisseaux qui marchent à leur suite.  

 Schédius, Epistrophe  issus du noble Iphite,

 Guident des Phocéens la généreuse élite;

 Ces peuples habitaient les champs d'Hyanpolis,

 Panope, Anemorée, et l'antique Daulis,

 Pythone dont le sol de rochers se hérisse,

 La divine Crisa, les murs de Cyparisse,

 Les sources du Céphise, et les fertiles bords

 Ou Lilée en reçoit les limpides trésors.

 Quarante vaisseaux noirs portèrent leur phalange

 Qui près de l'aile gauche en bataille se range.  

Guidant les Phocéens on voyait Schédius,

Epistrophe, tous deux fils du grand Iphitus.

Ils viennent de Python, qui de rocs se hérisse,

De la sainte Grisa, la belle Cyparisse,

Daulis, Hyampolis; d'autres ont habité

Les rivages heureux du Céphite enchanté,

La belle Liléa qui s'abreuve à sa source;

Quarante vaisseaux noirs, à la rapide course,

Sont venus avec eux par ces chefs dirigés;

Près des Béotiens, à gauche, ils sont rangés.  

  Ajax, fils d'Oilée, enflamme les soldats

 Loin des champs Iocriens arrivés sur ses pas;

 Du fils de Télamon s'il n'a point la stature,

 La lance qu'il brandit d'une main prompte et sûre,

 Sait parmi tous les Grecs l'illustrer, et toujours

 La cuirasse de lin a protégé ses jours.

 La troupe, associée aux périls qu'il affronte,

 Quitta Cynos, Bessa, l'aimable Augée, Oponte,

 La riche Calliare et Tarphé, Thronios,

 Que du Boagrius viennent baigner les flots.

 Les Locriens, armant quarante nefs profondes,

 Des confins de l'Eubée ont vogue sur les ondes.  

Ajax, fils d'Oïlée, aux Locriens commande.

Moins fort que l'autre Ajax, d'une taille moins grande,

Au combat de la lance il excelle pourtant.

Il amène avec lui les peuples habitant

Les villes de Scarphé, Thronium, Calliare,

Bésa, Cynos, Oponte, Augée au site rare;

De par delà l'Eubée ils venaient ; avec eux

Les Locriens menaient quarante vaisseaux creux.  

 

  L’Eubée, heureux séjour des Abantes hardis,

 Vit les uns délaisser les plaines de Chalcis,

 Dios et ses hauts murs, leur lointaine patrie;

 Les autres fuir Styra, Carystos, Erétrie,

 Histia, dont la vigne embellit les coteaux,

 Et Cérinthe, où la mer fait murmurer ses eaux.

 Ces peuples renommés  pour  leur course légère,

 Avec quarante nefs vers la plage étrangère

 Suivirent du dieu Mars un digne rejeton,

 Le brave Eléphénor, ce fils de Chalcodon.

 Le frêne belliqueux compose leur armure;

 Ils laissent jusqu'au dos pendre leur chevelure,

 Et brûlent de percer, une lance à la main,

 Sur les cœurs ennemis les cuirasses d'airain.  

Parmi les Eubéens, les terribles Abantes,

Ceux partis d'Histiée aux vignes opulentes,

De Chalcis, de Cérinthe assise sur les flots

Suivaient Eléphénor : ce généreux héros

Est fils de Chalcodon. comme Mars intrépide;

Ses hardis compagnons marchent d'un pas rapide

En brandissant la lance, et les cheveux flottants.

Cinquante noirs vaisseaux portaient ces combattants

Et dans les flots mouillaient leurs profondes carènes.  

 

  Athènes, cette ville illustre et respectée,

 Envoya les enfanta de ce noble Erechthée,

 Que la Terre a conçu, que Minerve a nourri

 Dans le temple opulent où d'un peuple chéri

 La main religieuse offre à sa bienfaitrice

 Des taureaux, des béliers l'annuel sacrifice.

 Leur guide est Ménesthée, et parmi les guerriers,

 Nul ne dispose mieux et soldats et coursiers ;

 Nestor, grâce au talent qu'il doit à son grand âge ,

 Peut seul lui disputer un si rare avantage.

 Cinquante noirs vaisseaux l'ont suivi sur ces bords. 

Puis viennent les soldats de la superbe Athènes,

La ville d'Erichtée, autrefois enfanté

Par la Terre, et nourri dans la noble cité

Au sein même du temple où trône la Déesse,

Pallas qui, tous les ans, des mains de la jeunesse

En offrande y reçoit, pour prix de ses bontés,

La graisse des brebis, des taureaux indomptés.

Menesthée est leur chef; Nestor seul est de taille

A lutter contre lui pour ranger en bataille

Une armée; il commande à cinquante vaisseaux.  

 

 Ajax, deo Salamine abandonnant les ports,

 En avait armé douze, et sa docile troupe

 Près des Athéniens se rassemble et se groupe.  

Douze autres sont auprès et flottent sur les eaux.

Sous les ordres d'Ajax venus de Salamine.  

 

   Tirynthe aux forts remparts, Argos au sol fécond,

 Asine, qui s'étend sur un golfe profond,

 Épidaure et ses champs que le pampre couronne,

 Hermione, Masès, Trézène, Égine, Éione

 Escortent Sthénélus, ce guerrier indompté,

 Qu'au nombre de ses fils Capanée a compté,

 Le divin Euryale, enfant de Mécistée,

 Dont le roi Taléon vit sa race dotée,

 Et Diomède enfin, chef de tous ces héros,

 Qui sur quatre-vingts nefs traversèrent les flots.  

Puis les peuples d'Argos, ceux du golfe d'Asine

D'Eione, de Tirynthe aux solides remparts,

Et d'Epidaure, où l'œil voit les pampres épars,

De Trézène et Mazès, d'Hermione et d'Egine,

Tous valeureux soldats, et tous Grecs d'origine,

Ont suivi Diomède et le fier Sthénélus.

Les guerriers Argiens ont même un chef de plus,

Euryale; pourtant son autorité cède

Devant celle du Chef suprême, Diomède

Qui règne sur eux tous et leur dicte la loi.

Quatre-vingts vaisseaux noirs accompagnent ce Roi.  

 

   L'opulente Corinthe et la belle Mycène,

 La superbe Cléone, Ëgion et Pellène,

 Hypérésie, Hélice au terrain spacieux,

 Gonoesse, qui lève un front audacieux,

 L'aimable Aréthyrée, Ornéa, Sicyone,

 Où le premier Adraste est monté sur le trône,

 Egiale, formant un nombreux bataillon,

 Livrèrent cent vaisseaux au grand Agamemnon,

 Qui, revêtu d'airain, rayonnant d'allégresse,

 Gouverne avec orgueil l'élite de la Grèce,

 Marche le plus illustre, et s'applaudit de voir

 Tant de vaillants guerriers rangés sous son pouvoir.  

Mycènes, la cité superbe; Sicyone

Où, le premier, Adraste avait ceint la couronne;

La célèbre Corinthe, aux monuments si beaux,

Gonoësse, appuyée à de riants coteaux;

Pellène, Hypérésis, Cléones, Egiale,

Hélice, en étendue, en grandeur sans rivale,

D'autres cités encor dont je tairai le nom

Reconnaissent pour chef le grand Agamemnon,

Avec leurs cent vaisseaux. — Son armure étincelle

Au sein de cette troupe aussi forte que belle;

Et, fier de commander à des peuples nombreux,

De l'éclat le plus vif il brille au milieu d'eux.  

 

   Lacédémone, assise au fond d'une vallée,

 La maritime Hélos, Laa, Sparte, Amyclée,

 Les remparts de Messa des colombes chéris,

 L'aimable Augée, OEtyle, et Brysie et Pharis

 Ont vu partir, soumis au second des Atrides,

 Sur deux fois trente nefs leurs peuples intrépides.

 Tous s'arment à l'écart et, seul parmi les siens,

 Ménélas les exhorte à punir les Troyens;

 II espère, enflammé d'une jalouse haine,

 Venger l'enlèvement et les soupirs d'Hélène.  

Ceux de Pharis, de Sparte et de Lacédémone;

Ceux de Messa, d'Hélos où le flot tourbillonne;

Les combattants venus d'Œtile, de Laa,

De la riante Augée, et ceux d'Amycléa.

Avec soixante nefs à la marche rapide,

Ont pour chef Ménélas, divin frère d'Atride.

Des plus rudes périls ce héros veut sa part;

II range ses guerriers en bon ordre à l'écart,

Et c'est avec fureur qu'au combat il les mène,

Avide de venger l'enlèvement d'Hélène.  

 

   Ici Nestor, guidant quatre-vingt-dix vaisseaux,

 Commande les guerriers qui possèdent Pylos,

 Cyparissée, Arène aux campagnes fécondes,

 Thryos, où de l'Alphée un gué franchit les ondes,

 Les beaux palais d'Epy, la riche Ptéléon,

 Les murs d'Amphigénie, Hélos et Dorion ;

 C'est là que, revenu des remparts d'OEchalie,

 Fier de l'accueil d'Euryte, en sa vaine folie,

 Un Thrace audacieux, le chantre Thamyris,

 Des Muses rencontré, leur disputa le prix.

 Filles de Jupiter, ces superbes déesses

 Osèrent l'aveugler de leurs mains vengeresses ;

 L'air ne retentit plus des accents de sa voix,

 Et la lyre oublia de frémir sous ses doigts.  

Plus loin se trouvent ceux qui quittèrent Pylos,

L'agréable Aréna, la cité de Tryos

Près de laquelle on passe à gué le fleuve Alphée;

La belle Amphigénie, AEpy, Cyparissée

Et Dorium ; ces lieux qui te virent punir,

Orgueilleux Thamyris, gardent ton souvenir.

Les Muses rencontrant ce chantre de la Thrace,

Lui de les défier eut l'incroyable audace.

Les Muses en fureur lui crevèrent les yeux,

Lui ravirent le don du chant mélodieux,

Lui firent de la lyre oublier l'harmonie.

Tous ces peuples suivaient Nestor de Gérénie,

Noble vieillard, habile à dompter les chevaux,

Nestor qui commandait quatre-vingt dix vaisseaux.  

 

  Là des Arcadiens la belliqueuse élite

 Laissa le mont Cyllène et le tombeau d'Epyte,

 Où naissent des guerriers, ennemis du repos,

 Parrhasie, Orchomène abondante en troupeaux,

 Tégée avec Stymphale, et Stratie et Phénée,

 Énispe ouverte aux vents, l'aimable Mantinée.

 Valeureux fils d'Ancée, un prince, Agapénor

 De ces hardis soldats avait guidé l'essor,

 Et le noir Océan courba son dos humide

 Sous les soixante nefs, riche présent d'Atride ;

 Car aux travaux des mers ces peuples étrangers

 Des combats seulement affrontaient les dangers.  

Puis les Arcadiens habitant Orchomène,

Ceux de Rhipé, Stratie, et ceux du mont Cyllène

Où dort AEpytius en un tombeau fameux,

Dans un pays fertile en guerriers généreux;

Ceux de Parrhasia, Stymphale, Mantinée,

Ceux enfin d'Enispé, de la belle Tégée

Pour chef suivent le fils d'Ancée, Agapénor;

C'est soixante vaisseaux qu'il faut compter encor.

Des soldats aguerris, que la valeur inspire,

Aussi forts que nombreux montent chaque navire;

De ces solides nefs le grand Agamemnon

Aux fils de l'Arcadie a lui-même fait don,

Pour qu'ils pussent des mers franchir les noirs abîmes,

Car ils sont étrangers aux choses maritimes.  

 

Plus loin des Epéens la phalange choisie

 Habitait Alisée, Hyrmine, Buprasie,

 Le vieux rocher d'Olène, Elis aux bords divins,

 Et les champs dont Myrsine occupe les confins.

Quatre chefs destinés à diriger l'attaque,

 Diorès, Thalpius, Polyxène, Amphimaque,

 Accompagnés chacun de dix légers vaisseaux,

 De la profonde mer sillonnèrent les eaux.

 Amaryncée à l'un a donné la naissance ;

 L'autre du noble Euryte a reçu sa puissance ;

 Agasthène eut pour fils le troisième guerrier,

 Et l'hymen à Ctéate accorda le dernier.

   Mégès, chef courageux de nombreuses peuplades,

 Mégès abandonna ces îles Echinades,

 Dont, en face d'Elis, les groupes vénérés

 Du lointain Océan se montrent entourés.  

Vient la divine Elide, avec ses quatre chefs  

Sous leurs ordres ayant chacun dix belles nefs :

Ils guident les soldats partis de Buprasie

Et de tout le pays que limite Alisie.

Sur les navires creux en grand nombre montés

Les braves Epéens d'ardeur sont transportés,

Et les quatre guerriers les menant à l'attaque

Se nomment Thalpius, fils d'Euryte; Amphimaque

Diorès, fils puissant d'Amaryncée; enfin

Polixène, héros d'aspect presque divin.  

 

Roi de Dulichium, où jadis de son père

 Le belliqueux Phylée évita la colère,

 Ce héros, qu'au dieu Mars égalent ses exploits,

 Vit quarante vaisseaux naviguer sous ses lois.  

Des îles qu'on peut voir en face de l'EIide,

De Dulichium vient une race intrépide :

Mégès, fils de Phylée ami de Jupiter,

Est le chef qui conduit ces enfants de la mer,

Avec ses noirs vaisseaux au nombre de quarante.  

 

  La foule des guerriers nés dans Céphallénie

 A la voix d'un seul chef s'élance réunie ;

 Les uns ont fui Nérite et ses vertes forêts,

 Les autres Egilipe et ses âpres guérets,

 Ithaque avec Samos, Crocyle avec Zacynthe,

 Et ces bords dont la mer baigne la vaste enceinte.

 Ulysse les commande ; Ulysse, cher aux Dieux,

 Comparable en sagesse au monarque des cieux,

 Mena douze vaisseaux dont la poupe guerrière

 D'un rouge éblouissant resplendit tout entière.  

Ensuite le héros dont Ithaque se vante,

Ulysse conduisait ses Céphalléniens,

Les peuples de Zacinthe et les Crocyléens,

Enfin ceux de Samos, de Nérite; il amène

Douze nefs au flanc rouge, à la rouge carène.  

 

  Chef des Étoliens, Thoas, fils d'Andrémon,

 Dirige les soldats qui peuplaient Olénon,

 Pleurone, Calydon pleine de rocs sauvages,

 Et Pylène et Chalcis dont la mer liât les plages.

 Oïnée et les fils de ce roi glorieux

 A la clarté du jour avaient fermé les yeux ;

 Monarque aux blonds cheveux, Méléagre lui-même

 N'existait plus. Thoas, paré du rang suprême,

 De la riche Etolie amenant les héros,

 Se fit accompagner de quarante vaisseaux.  

Chef des Etoliens, Thoas fils d'Andrémon

Mène ceux qui foulaient les rocs de Calydon,

Les rives de Chalcis, les campagnes d'Ozène

Et celles de Pleurone et celles de Pylène.  

Le puissant AEncus et tous ses fils sont morts;

Méléagre lui-même est sur les sombres bords :

De guider l'Etoile à Thoas est la gloire,

Et quarante vaisseaux forment sa flotte noire.  

 

  Le prince des Crétois, célèbre par sa lance,

 En arma quatre-vingts, et guida la vaillance

 Des Grecs qui pour patrie ont Milet et Lyctos,

 Deux puissantes cités, Rhytion et Phestos,

 La brillante Lycaste et Cnosse aux champs fertiles,

 Gortyne aux larges murs et la Crète aux cent villes.

 Rival du cruel Mars, l’illustre Mérion

 Suivit Idoménée aux plaines d'Ilion.  

L'illustre Idoménée amène les Crétois,

Ceux de Gnosse, Gortyne et Lycaste aux blancs toits;

De Lycte et Rhytia, les cités populeuses;

Tous ces fils de la Crète aux villes si nombreuses.

Pour vaincre ou pour mourir sous les murs d'Ilion

Suivent Idoménée et le fier Mérion

Emule du dieu Mars aux instincts homicides :

Sous leurs ordres ils ont quatre-vingts nefs rapides.  

 

   Fils du vaillant Hercule, un héros qui présente

 Une haute stature, une force imposante,

 Sur neuf légers vaisseaux Tlépolème aux combats

 Mena les Rhodiens, enfants de ces climats,

 Où Lindos, Ialyse et la blanche Camire

 Sous trois noms différents ne forment qu'un empire.

 Non loin du Selléis, qui le vit autrefois

 Ravager les cités d'une foule de rois,

 Hercule avait conquis la jeune Astyochée

 Aux murs sanglants d'Ephyre en esclave arrachée.

 De leur secret amour gage unique et chéri,

 Dans un riche palais Tlépolème nourri,

 Téméraire assassin, priva de la lumière

 Un oncle maternel de son céleste père,

 Le fier Licymnius, ce rejeton de Mars,

 Ce vieillard respecté parmi tous les vieillards ;

 Soudain, pour échapper au courroux homicide

 Des fils, des petits-fils du magnanime Alcide,

 Il construit des vaisseaux, rassemble des guerriers,

 Et l'Océan l'arrache à ces bords meurtriers.

 Lasse d'un triste exil, sa course aventurière

 S'arrêta dans les murs de Rhode hospitalière ;

 C'est là qu'en trois tribus son peuple partagé

 A l'ombre de ses lois respira protégé,

 Et le maître des Dieux, prodigue de largesses,

 L'environna d'honneurs, de gloire et de richesses.  

Avec leurs neuf vaisseaux sur la côte rangés

Les Rhodiens en trois tribus sont partagés,

Savoir, Linde, lalyse et la blanche Camire.

Tlépolème est leur chef; dans la ville d'Ephyre

Sa mère Astyoché fut ravie autrefois

Par Hercule, tout fier de ses récents exploits.

Tlépolème grandit au palais de son père.

Un jour Licymnius tomba sous sa colère;

D'Hercule ce vieillard était l'oncle chéri.

Tlépolème, fuyant les lieux qui l'ont nourri

Et les neveux d'Alcide ardents à sa poursuite,

Partit sur une flotte à la hâte construite.  

Après de longs détours, mille maux, mille efforts,

De Rhodes Tlépolème enfin touche les bords.

Il peut régir en paix les siens ; il les divise

En trois grandes tribus; Jupiter favorise

Tous les desseins du Roi; ce peuple aimé des cieux

Ainsi de la fortune eut les dons précieux.  

 

   Fils du roi Charopus, de la jeune Aglaïa,

 Avec les trois vaisseaux que Symès envoya,

 Nirée est accouru ; Nirée, après Achille,

 Le plus beau des guerriers, mais le plus inhabile,

 Nirée est sans bravoure, et de quelques soldats

 A peine un faible nombre a marché sur ses pas.  

Trois navires de Syme avaient suivi Mirée.

La grâce de ses traits est partout admirée;

Fils d'Aglaée, après Achille glorieux

C'est le plus beau des Grecs; mais s'il charme les yeux,

Faibles sont ses états et sa puissance est mince;

Aussi, peu de guerriers accompagnent ce prince.  

 

  Nés de Thessalie, et fiers du sang des Héraclides,

 Deux princes, possédant trente vaisseaux rapides,

 Antiphus et Phidippe ont conduit sur les flots

 Les guerriers qu'ont vus naître et Nisyre et Casos,

 Les îles Calydnés, Crapathe, antique ville,

 Et Cos, séjour natal de l'illustre Eurypyle.  

Les soldats de Nisyre et Crapathe et Casos,

De l'île de Calydne et de la riche Cos

Reconnaissent pour chefs deux descendants d'Alcide,

Antiphus et Phidippe, au cœur mâle et solide,

Qui reçurent le jour du vaillant Thessalus.

Trente larges vaisseaux avec eux sont venus.  

 

   Je dirai maintenant ceux qui, fuyant Alos,

 Trachinie, Alopé, la pé1asgique Argos,

 Les campagnes de Phthie, Hellas aux belles femmes,

 Pour la gloire ont senti battre leurs jeunes âmes.

 Ces peuples, Achéens, Hellènes, Myrmidons,

 Egaux par la valeur, portant différents noms,

 Sur cinquante vaisseaux escortèrent Achille;

 Mais depuis qu'enchaînant sa vaillance immobile,

 La flotte le retient, de son repos témoins,

 Tous des sanglants combats ont oublie les soins.

 Achille n'est plus là ; son âme gémissante

 Se consume en regrets pour Briséis absente,

 Esclave aux beaux cheveux, qu'après de longs exploits,

 Dans Lyrnesse conquise il soumit à ses lois,

 Quand le pays, frappé de ses coups homicides,

 Vit du noble Evénus les doux fils intrépides,

 Épistrophe et Mynès dans les remparts thébains

 Succomber immolés par ses terribles mains.

 Il languit abattu ; mais aux champs du carnage

 On le verra bientôt relever son courage.  

 

Partis d'Alos, d'Hellas où toute femme est belle,

Les Pélasges sont là, peuple que l'on appelle

Du nom de Myrmidon, d'Hellène ou d'Achéen;

Ils suivent le héros, la terreur du Troyen.

Leurs cinquante vaisseaux, force hélas! inutile,

Comme eux sont commandés par le divin Achille.

Ils ont, comme leur chef, oublié les combats...

Achille se renferme et regrette tout bas

La jeune Bryséis qu'il enleva naguère

De Larnesse, au milieu des horreurs de la guerre

Alors, sous les remparts de Thèbes saccagés.

Deux frères périssaient par sa main égorgés,

Les deux malheureux fils du redoutable Evène.

Sa pensée à ces faits trop souvent le ramène;

A sa belle captive il peut parfois rêver,

Mais patience, il doit bientôt se relever.  

 

  Pyrase, qui de loin contemple ses guérets

 Parés do mille fleurs , et voués à Cérès,

 Phylace, Ptéléon fertile en pâturages,

 Antrône, dont la mer rafraîchit les parages,

 Itône, qui nourrit d'innombrables troupeaux,

 Lorsqu'il vivait encor, suivirent sur les eaux

 L'ardent Protésilas, déplorable victime,

 A qui la terre ouvrit son ténébreux abîme.

 Dans le palais désert d'où ce brave guerrier

 Partit pour Ilion sans laisser d'héritier,

 Son épouse, déjà destinée nu veuvage,

 Seule avec ses douleurs, meurtrissait son visage.

 Frappé par un Troyen, le premier, sur ce bord,

 Des flancs de son navire il courut à la mort.

 Rejeton d'Iphiclus, dont Philace est le père,

 Le vaillant Podarcès a remplacé son frère;

 Mais les guerriers, soumis à des ordres nouveaux,

 Privés du compagnon de leurs anciens travaux,

 Pleurent Protésilas qui, l'emportant par l'âge,

 Avec plus de beauté montrait plus de courage.

 Un deuil inconsolable accable ces soldats

 Que deux fois vingt vaisseaux menèrent aux combats.  

Ici sont les soldats de Phylacé, d'Itône

Et de Pyrale en fleurs; de Ptélée et d'Antrône.

Jadis Protésilas les guidait... — du héros

La terre maintenant couvre et garde les os.

Il laissait sa maison déserte, inachevée,

Sa femme dans les pleurs, lorsqu'à son arrivée

Sur la rive Troyenne, il y reçut la mort.

Un chef lui succéda, lui-même grand et fort :

Fils du riche Iphiclus, jeune et propre à la guerre,

Du grand Protésilas, Podarcès est le frère;

II n'est point sans valeur, mais il n'approche pas

Du glorieux aîné qu'enleva le trépas

Et dont tous les soldats respectent la mémoire.

Il a quarante nefs à la carène noire.  

 

La mer sur onze nefs vit Eumèle conduire

 Les guerriers habitant Iaolcos, Glaphyre,

 Et Phère, qui s'étend près du lac Bébéis;

 Chaste épouse d'Admète, Alceste l'eut pour fils,

 Alceste, des vertus le plus rare modèle,

 Et du roi Pélias la fille la plus belle.  

Ceux de Phères, le long du beau lac Bœbéis,

De Glaphyre, lolchos riche et riant pays,

Avec onze vaisseaux suivent les pas d'Eumèle.

Parmi toutes ses sœurs Alceste la plus belle

Du glorieux Admète a couronné l'amour :

C'est à cette union qu'Eumèle doit le jour.  

 

  Suivi de sept vaisseaux, un redoutable archer,

 Philoctète jadis sous ses lois fît marcher

 Les soldats qui peuplaient Thaumacie et Méthone,

 Les champs de Mélibée et de l'âpre Olizone;

 Chaque vaisseau porta cinquante matelots

 Habiles à lancer les pesants javelots.

 Maintenant ce guerrier, rongé du noir ulcère,

 Ouvrage douloureux d'une immonde vipère,

 Dans la sainte Lemnos des Grecs abandonné,

 A d'horribles tourments demeure condamné ;

 Mais bientôt devant Troie, où le sort les arrête,

 Ils se ressouviendront de leur roi Philoctète.

 Les fidèles soldats, déchus de son secours,

 Malgré leur chef nouveau, le regrettent toujours;

 De Rhéna, d'Oïlée un fils illégitime,

 Médon guide aux combats leur essaim magnanime.  

Là de Thaumacia, Mélibée et Méthone

Sont les guerriers, et ceux de l'inculte Olizone.

Auprès de Philoctète, habile et grand archer,

Avec leurs sept vaisseaux on les verrait marcher,

Et cinquante rameurs, tous archers pleins d'audace,

Sur chacune des nefs au départ ont pris place.

Mais leur chef, à Lemnos des Grecs abandonné

Y languit... — D'un serpent au dard empoisonné

Le malheureux guerrier a subi la morsure

Et souffre les douleurs d'une horrible blessure.

Par les Grecs Philoctète est plaint et regretté,

Mais un autre à sa place a pris l'autorité

Pour guider les soldats au milieu des batailles,

Médon, fils d'Oïlé destructeur de murailles.  

 

  Les peuples de Tricca, d'Ithome aux monts lointains,

 D'OEchalie, où d'Euryte ont brillé les destins,

 Lançant trente vaisseaux sur le liquide empire,

 Reconnurent pour chefs Machaon, Podalire,

 Qui, dignes d'Esculape, à ses soins paternels

 Doivent l'art précieux de guérir les mortels.  

D'Esculape, fameux au grand art de guérir,

Les deux fils guident ceux que l'on vit accourir

Des montagnes d'Ithône et des murs d'Œchalie

Et de ceux de Tricca, la ville si jolie.

Machaon, Podalire amènent avec eux

Un contingent formé de trente vaisseaux creux.  

 

 La fontaine Hypérée à l'onde jaillissante,

 Le Titane, élevant sa cime blanchissante,

 Les remparts d’Astérie et ceux d'Ormémon

 Virent leurs combattants aux plages d'Ilion

 Sur quarante vaisseaux dans leur zèle docile

 Suivre un fils d'Évémon, le fameux Eurypyle.  

Puis ceux d'Orménion, de la source Hypérée,

Et ceux du mont Titane à la cime dorée  

S'avançaient fièrement : le premier de leurs chefs

Est l'illustre Euryphile, avec quarante nefs.  

 

  Du grand Pirithoüs glorieux héritier,

 Polypétès, fameux par son courage altier,

 Conduisit les guerriers qui possédaient Gyrtone,

 Elone, Argisse, Ortha, la blanche Oloossone.

 Lorsque jadis, armé de son terrible fer,

 Pirithoüs, enfant du puissant Jupiter,

 Chassa du Pélion jusque chez les Ethices

 Le Centaure aux longs poils, artisan d'injustices,

 L'illustre Hippodamie, en ce jour de succès,

 A son lit nuptial donna Polypétès.

 Un fils de Coronus, le divin Léontée

 Commandait avec lui sa phalange indomptée.

 Sous leurs lois ont vogué quarante noirs vaisseaux.  

Le chef de ceux d'Argissc, Hélonée et Gyrtone

Et de ceux qu'abritait la blanche Oloossone,

C'est Polypète, enfant du grand Pirithous :

Du puissant Jupiter ces héros sont issus.

Polypète reçut le jour d'Hippodamie

Lorsque Pirithous à la troupe ennemie

Des Centaures velus sut imposer ses lois

Et put les refouler jusques au fond des bois.

Polypète n'est pas le seul chef; Léontée

Fils du fier Coronus, petit-fils de Cénée,

Du pouvoir avec lui partage le fardeau :

Près d'eux quarante nefs se balancent sur l'eau.  

 

  Sur vingt-deux nefs Gunée amena de Cyphos

 Ces lointains habitants de la froide Dodone,

 Les Perches instruits aux travaux de Bellone,

 Et les fiers Eniens, et les peuples nombreux

 Qui du beau Titarèse aimaient les bords heureux ;

 Ce fleuve, né du Styx, dont les bouches humaines

 Frémissent d'attester les ondes souveraines,

 S'associe au Pénée, et d'un cours diligent,

 Sur le dos aplani de ses vagues d'argent

 En mobiles sillons, comme l'huile légère,

 Fait surnager une eau limpide et passagère.  

Vingt-deux autres portaient ceux qu'amena Gonée

De Cyphos, de Dodone aux hivers condamnée,

Ceux dont le Titarèse arrose les coteaux.

Ce beau fleuve, apportant le tribut de ses eaux

Aux ondes du Pénée, y trace son passage

Sans se mêler, pareil à l'huile qui surnage.

Le Titarèse sort du Styx, fleuve infernal  

Qui fut dans tous les temps aux parjures fatal.  

  Sur quarante vaisseaux un fils de Tenthredon,

 L'agile Prothoüs guida le bataillon

 De ces Magnésiens dont la race était née

 Au pied du Pélion, aux rives du Pénée.  

Là, laissant le Pénée et ses riants rivages,

Les bois de Pélion et ses cîmes sauvages,

Sont les Magnésiens qui suivent Prothoüs :

Quarante vaisseaux noirs avec eux sont venus.  

 
 
L'armée troyenne

Par Bignan

Par Barbier

  Hector, fils de Priam, mène aux champs du carnage

 Les Troyens dont le nombre enhardit le courage.  

Hector, fils de Priam, grand de cœur et de taille,

Commande à tous; Hector peut compter sur l'appui

De chefs nombreux et forts pressés autour de lui.  

 

  Cher aux Dardaniens, quel héros les guida?

 C'est Énée, enfanté dans les bois de l'Ida,

 Où d'un simple mortel une déesse éprise,

 La divine Vénus dormit avec Anchise ;

 Forts dans tous les combats, deux enfants d'Anténor,

 Archéloque, Acamas les commandent encor.  

Dardanie a pour chef Enée... honneur insigne!

Vénus de son amour jugea son père digne.

Il n'est pas seul : pour chefs ce peuple compte encor

Archéloque, Acamas, tous deux fils d'Anténor.  

 

  Les Troyens de Zélée, où la richesse abonde,

 Et que le noir Ésèpe abreuve de son onde,

 Escortent Pandarus, ce fils de Lycaon,

 Doté d'un arc brillant par les mains d'Apollon.  

Ceux de Zélée et ceux chez qui l'argent abonde

Et que le noir ,AEsèpe abreuve de son onde

Ont suivi Pandarus le fils de Lycaon :

Pandarus tient son arc du divin Apollon.  

 

  D'autres guerriers d'Apèse ont laissé la campagne,

 Adrastie et Térée à la haute montagne;

 Amphius, que défend sa cuirasse de lin,

 Les guide avec Adraste. Un habile devin,

 Mérops de ses deux fils voulut en vain soustraire

 Aux combats dévorants la fougue téméraire,

 Et, rebelle à sa voix, le couple infortuné

 Partit, par les destins à la mort entraîné.  

Puis Adraste, Amphius guident ceux d'Adrastée

De la cité d'Apèse et des monts de Térée.

Ils sont fils de Mérope, un habile devin :

II voulut retenir ses enfants, mais en vain...

A l'instinct belliqueux céda leur destinée

Dans les sombres chemins de la mort entraînée.  

 

Les hommes que Percote enfanta sur ses plages,

 Abydos dans ses ports, Sestos sur ses rivages,

 Ceux qui de Practios cultivent les guérets,

 Suivirent Asius, digne fils d'Hyrtacès;

 Asius, dirigeant vers les champs de bataille

 Deux coursiers au poil roux, fiers de leur grande taille,

 Quitta du Selléis les bords délicieux

 Et les murs d'Arisbé favorisés des cieux.  

Ici sont les guerriers de Percote et Sestos

Et ceux de Practium avec ceux d'Abydos,

Ceux enfin d'Arisbée aussi belle que grande.

Fils du brave Hyrtacès, Asius les commande,

Asius que l'on vit accourir des premiers

Des bords du Selléis avec de noirs coursiers.  

 

  Les vaillantes tribus des antiques Pélasges,

 Abandonnant Larisse et ses gras pâturages,

 En foule ont rassemblé leurs bataillons amis

 Sous deux fils de Léthus issu de Teutamis.  

 L'un est Hippothoüs, le second est Pylée

 

Plus loin Hippotous et son frère Pylée

Des Pelasges guidaient les pas vers la mêlée :

De Larisse quittant les fertiles sillons

Se pressent, lance en main, leurs épais bataillons

 

  Piroüs, Acamas, héros dans la mêlée,

 Servent de dignes chefs aux Thraces courageux

 Qu'emprisonne en grondant 1'Hellespont orageux.  

Piroüs, Acamas, tous deux chefs de la Thrace,

Mènent tous les guerriers que l'Hellespont embrasse.

 

   Descendant de Zeus, dont la race divine

 Voit jusqu'à Jupiter monter son origine,

 Fils de Trézène, Euphème aux remparts d'Ilion

 A des Ciconiens mené le bataillon.  

Puis les Ciconiens, à l'aspect rude et fier,

Suivent Euphème, aimé du puissant Jupiter.  

 

  Portant l'arc recourbé dont leur troupe est munie,

 Les soldats de Pyrechme ont fui la Péonie,

 Loin des champs d'Amydon où, fleuve aux larges bords,

 L'Axius de ses eaux répand les purs trésors.  

Puis les Péoniens; Pyrsechmès les amène

Des bords où l'Axius argenté se promène;

Nul fleuve n'a des flots aussi beaux que les siens.  

 

Les Paphlagoniens, conduits par Pylémène,

 Des Enètes guerriers désertèrent la plaine,

 Cette plaine fertile en sauvages mulets,

 Egiale et Cromna qu'illustrent leurs palais,

 Sésame avec Cytore, et les champs que domine

 Près du Parthénius l'orgueilleuse Erythine.  

Pylémène amenait ses Paphlagoniens

D'un pays renommé pour ses mules sauvages

Et du Parthénius aux splendides rivages

Tout couverts de palais avec luxe achevés.

De Cromna, d'Erythine aux dômes élevés.  

 

  Là, venus d'Alybé, qui voit de ses vallons

 Mille veines d'argent parcourir les sillons,

 Epistrophe, Odius sur leur rapide trace.  

 

Puis ceux d'Alybe enfin, cité des plus lointaines

Où le sol tient caché de l'argent dans ses veines,

Reconnaissent pour chefs Epistrophe, Odius,  

 

 Des nombreux Halizons entraînèrent l'audace.

 Ici les Mysiens se rassemblent, soumis

 Au pouvoir fraternel d'Ennome et de Chromis.

 Ennome que son art n'avait pas su défendre,

 Augure infortuné, périt dans le Scamandre,

 Où le bras du héros, petit-fils d'Eacus,

 Plongea tant de Troyens fugitifs et vaincus.  

Les Miséens, Chromis et l'augure Ennomus

Malheureux Ennomus! sa science augurale

Ne le préserva point de la Parque fatale :

Par Achille frappé, dans le fleuve il tomba...

Là, sous les mêmes coups, maint Troyen succomba.  

 

  D’Ascagne et de Phorcys la valeur réunie

 Avec les Phrygiens délaissa l'Ascanie.  

Puis Ascagne et Phorcys, guidant ceux de Phrygie,

De sang brûlent de voir la campagne rougie.  

 

  Deux fils de Talémène, Antiphus et Mesthlès,

 Nés près du lac Gygée, ont compté pour sujets

 Tous ces Méoniens dont la foule aguerrie

 Sous le Tmole glacé possède une patrie.  

Les Méoniens, nés au pied du mont Tmolus,

Ardents, suivent les pas de Mesthlès, d'Antiphus,

Tous deux frères germains et fils de Talémène.  

 

  Phthire au mont ombragé, les plaines de Milet,

 Le Mycale, orgueilleux de son vaste sommet,

 Le sinueux Méandre ont vu pour ce rivage

 Partir les Carions au barbare langage ;

 Du puissant Nomion deux glorieux enfants,

 Amphimaque et Nastès les guident triomphants.

 Amphimaque au combat où son courage brille,

 S'élance, couvert d'or comme une jeune fille,

 Il espère !... insensé! contre un cruel trépas

 Ce frivole ornement ne le défendit pas ;

 Il périt dans le fleuve et du vaillant Achille

 La main le dépouilla de son or inutile.  

 

Là sont les Cariens; c’est Nastès qui les mène.

Peuple à demi barbare, ils viennent de Milet.

Des Phtires, du Micalc à l'inculte sommet.

Nastès est assisté de son frère Amphimaque

Paré comme une fille et qui marche à l'attaque

Tout resplendissant d'or... L'insensé ! du trépas

Ce frivole attirail ne le défendra pas.

Dans le fleuve il roula renversé par Achille

Qui ravit de son or la parure inutile.  

 

Glaucus et Sarpédon quittèrent tous les deux

 La lointaine Lycie et le Xanthe fongueux.

Enfin les Lyciens, si distants d'Ilion.

Marchent avec leurs chefs Glaucus et Sarpédon,