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Bareste (1843) |
Leconte de Lisle (1867) |
Thétis lui répond en fondant en larmes :
« Hélas! mon fils, pourquoi t'ai-je élevé après t'avoir
mis au jour
pour de si cruelles destinées ? Plût au ciel que, près de tes navires,
tu fusses resté exempt de peines et de larmes ; car ta vie est courte
et elle ne se prolongera pas ! Ta carrière est à la
fois rapide et malheureuse ! C'est donc sous de cruels auspices
que je t'enfantai dans mes palais ! Mais je vais moi-même diriger
ma course vers les sommets blanchis de l'Olympe pour adresser mes plaintes au dieu qui lance la foudre et essayer de le fléchir. Toi,
mon fils, reste auprès de tes
rapides vaisseaux, garde ton courroux
contre les Achéens, et abstiens-toi de combattre. Hier, Jupiter
alla, vers
l'Océan, chez
les sages Éthiopiens, pour assister à
leurs sacrifices, et tous les dieux l'ont suivi. Le douzième jour il doit
se rendre dans l'Olympe ; et moi, j'irai
dans son palais d'airain, j'embrasserai
ses genoux : alors peut-être pourrai-je le fléchir. »
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Et Thétis, répandant des
larmes, lui répondit :
-Hélas ! mon enfant, pourquoi
t'ai-je enfanté et nourri pour une destinée mauvaise ! Oh ! que
n'es-tu resté dans tes nefs, calme et sans larmes du moins, puisque tu
ne dois vivre que peu de jours ! Mais te voici très malheureux et devant
mourir très vite, parce que je t'ai enfanté dans mes demeures pour une
destinée mauvaise ! Cependant, j'irai dans l'Olympos neigeux, et je parlerai
à Zeus qui se réjouit de la foudre, et peut-être m'écoutera-t-il. Pour
toi, assis dans tes nefs rapides, reste irrité contre les Akhaiens et
abstiens-toi du combat. Zeus est allé hier du côté de l'Okéanos, à un
festin que lui ont donné les Aithiopiens irréprochables, et tous les Dieux
l'ont suivi. Le douzième jour il reviendra dans l'Olympos. Alors j'irai dans
la demeure d'airain de Zeus et je presserai ses genoux, et je pense qu'il en
sera touché.
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Bignan (1830) |
Barbier (1886) |
«
Hélas! répond Thétis, les veux baignés de larmes,
Pourquoi
t'ai-je enfanté, nourri dans les alarmes?
Que
ne peux-tu, tranquille auprès de tes vaisseaux,
Vivre
sans cesse exempt de chagrins et de maux !
Mon
fils! bien peu d'instants composeront ta vie,
Qui
cependant languit, aux douleurs asservie ;
Car
jamais nul mortel n'aura compté des jours
Pleins
de tant d'infortune et si prompts dans leur cours.
Mais,
si pour le malheur mes palais t'ont vu naître,
Vers
l'Olympe neigeux je m'élance, et peut-être
Du
Dieu qui lait gronder son tonnerre vainqueur,
Ma
plaintive prière attendrira le cœur.
Pour
toi, contre les Grecs gardant ta juste rage,
Sur
ta rapide flotte enchaîne ton courage.
Hier,
avec les Dieux, le roi de l'univers
A
voulu visiter, jusqu'aux bornes des mers,
La
sage Ethiopie, où la troupe éternelle
Savoure
des banquets la pompe solennelle.
Quand
le douzième jour dans son palais d'airain
Aura
vu remonter le maître souverain,
Je
m'y rendrai moi-même, et mon amour espère,
En
tombant a ses pieds, fléchir le cœur d'un père. »
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«
Hélas ! je t'ai conçu, nourri dans le malheur!
Lui
répondit Thétis, les yeux baignés de larmes :
Plût
au Ciel qu'aujourd'hui, loin des sombres alarmes,
Tu
pusses vivre en paix et couler d'heureux jours !
Les
tiens, tu l'as bien dit, mon fils, seront trop courts.
Faut-il,
quand elle doit sitôt t'être ravie,
Faut-il
voir le chagrin empoisonner ta vie ?
Je
t'ai donc enfanté sous un astre cruel !
Mais
je veux m'élancer jusqu'aux sommets du ciel
Et
déposer aux pieds du maître des tonnerres,
Du
puissant Jupiter, tes plaintes, mes prières.
Toi,
reste dans ta tente, et contre les Troyens
Ne
livre aucun combat... — Chez les Ethiopiens,
Peuple
chéri du ciel, au cœur juste et candide,
Jupiter
est parti pour un festin splendide :
Tous
les Dieux l'ont suivi; mais, le douzième jour,
Dans
le sublime Olympe il sera de retour :
J'irai,
je le promets, implorer sa clémence,
Embrasser
ses genoux... et j'ai bonne espérance. »
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Lagrandville (1871) |
Meunier (1943) |
Thétis lui répond en pleurant : « Hélas! mon fils, fallait-il te donner le
jour et te voir croître, pour que tu sois en butte à tant d'afflictions ? Je voudrais bien que tu pusses, sans disgrâces et sans traverses,
passer le peu de temps que tu dois vivre : car encore que ta
vie soit courte, tu es destiné à une mort très-cruelle. Néanmoins, je
ferai ce que tu désires. J'irai dans l'Olympe couvert de neige, pour parler à
Jupiter, et je tâcherai de le persuader. Et toi,
assis près de tes vaisseaux, garde ton ressentiment contre les Achéens, mais
abstiens-toi de combattre. Jupiter, suivi de tous les Dieux, est descendu
vers l'Océan. Il prendra part à un festin chez les Éthiopiens aux mœurs
irréprochables. Dans douze jours il reviendra dans
l'Olympe. Alors j'irai pour toi dans son palais aux bases d'airain,
j'embrasserai ses genoux, et j'espère qu'il prendra ta défense. » |
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Thétis, en versant des larmes, lui répondit alors :
— Hélas! ô mon enfant, pourquoi t'ai-je élevé et enfanté
pour le malheur ? Tu aurais bien dû, sans pleurs et sans chagrin, rester
auprès des nefs, puisque ta destinée est courte et de trop brève durée.
Aujourd'hui, te voilà donc à la fois celui de tous les hommes qui doit
mourir le plus tôt et le plus tristement. Tel est le sort malheureux pour
lequel, dans mon palais, je t'ai mis au monde. Toutefois, pour exposer ta
prière à Zeus lance-foudre, je me rendrai moi-même sur l'Olympe aux
neiges abondantes, et je verrai si je serai écoutée. Pour toi, reste
pour le moment auprès de tes vaisseaux au rapide trajet, persiste en ta
colère contre les Achéens, mais arrête-toi tout à fait de combattre.
Zeus, en effet, vers l'Océan, chez les Éthiopiens sans reproche, est
parti hier partager un banquet, et tous les dieux ensemble Font accompagné.
Dans douze jours, il reviendra sur l'Olympe. Et sans faute alors, j'irai
dans le palais au seuil de bronze de Zeus, je lui prendrai les genoux, et
j'espère parvenir à le persuader. »
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