Livre IV

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elemaque & Pisistrate trouvèrent en arrivant à Sparte, toute la Cour dans une grande joye. Menelas venoit de conclure le mariage de Megapente son fils naturel, avec une belle Lacedemonienne, qui estoit d'une famille ancienne, & qui avoit de grands biens. Il avoit arresté le mesme jour çeluy d'Hermione sa fille uni avec le fils d'Achille.

    Il y avoit donc une réjouissance extraordinaire, où les festins, la danse, le chant occupoient agréablement tout le monde.

    Eteonée, auquel il appartenoit de les presenter, craignoit de les introduire dans un temps où le Roy donnoit ordre à cette réjoüissance publique : Mais il désapprouva cette crainte, & luy commanda d'aller au devant d'eux, & de les faire venir au Palais.

   Ils ne purent s'empescher d'admirer en y entrant, la superbe struture du bastiment, la richesse des lambris, l'or qui brilloit de tous cotes. Après qu'on les eut conduits à des bains magnifiques, où l'air que l'on respiroit estoit plus parfumé, que l'odeur des plus agréables fleurs, & qu'ils y eurent pris les habits que l'on a coûtume de presenter aux Estrangers, on les mena dans la sale où estoit le Roy, qui les receut le plus obligeamment du monde. On leur presenta dans des vases de pur or, l'eau & les parfums dont on usoit au commencement des repas. Enfin, apres qu'on leur eut donné place prés du Roy ; je ne vous demande point,  leur dit-il, qui vous estes ? à vostre air, il est aisé de juger que vous estes nés pour régner. Mais avant que de vous entretenir, je vous prie de prendre part à nostre joye, & de manger. Je vous assure que je m'interesseray à toutes vos avantures.

    Telemaque & Pisistrate répondirent à cet acceuil si obligeant, par des remercimens accompagnes de manières fort soumises, & d'un profond respect.

    Le Roy les servoit luy mesme, & comme la joye publique donnoit une grande liberté de parler, il y avoit un bruit confus, formé de la différence des voix de ceux qui s'entretenoient les uns avec les autres.

    Telemaque faisoit remarquer à Pisistrate toutes les merveilles de ce magnifique Palais ; car en effet ce n'estoit que marbre, ce n'estoit qu'or & qu'argent.

    Menelas qui s'apperceut des loüanges qu'ils donnoient à la beauté de son Palais. & que Telemaque disoit que Jupiter estoit moins richement logé que Menelas : Prince, lui dit il, on ne peut comparer un mortel aux Dieux, tout ce qu'ils possedent est éternel, & tout ce que nous avons passe & se détruit. Mais hélas ! si vous sçaviez  que ces richesses me coûtent, vous verriez que je me trouverois bien plus heureux, si je ne les possedois pas. J'aurois mon frère, le grand Agamemnon. C'est durant mes voyages, & mon absence qu'AEgysthe me le ravit : AEgysthe ce perfide, qui augmenta ses crimes par ceux qu'il fit commettre à Clytemnestre. Ainsi au milieu de cette abondance, je ne puis m'empescher de m'abandonner au déplaisir, quand il me souvient de la funeste perte que j'ay faite. Ce qui m'accable souvent, est que de tant d'amis que j'ay veus à la guerre, il n'en reste presque plus. Du moins si le sage, si le vaillant Ulysse joüissoit ici avec moy de toute cette magnificence. Mais de tous les Grecs, c'est celuy que le destin a exposé à de plus fâcheuses avantures. Sa destinée le fait errer dans le monde, & allarme tous ceux qui l'aiment. Je le regrette incessamment. Laerte son pere, la chaste Penelope, le jeune Telemaque son fils, perdront peut estre bien-tost la consolation de l'attendre, qui est la seule qui leur reste.

    Ce diseours avoit touché Telemaque. Menelas qui s'apperceut de l'embaras & du desordre où estoit ce Prince, le prit aussi-tost pour le fils de son cher Ulysse. L'entretien tomba tout d'un coup. Ils avoient tous deux des choses sort tendres à se dire. Mais Telemaque estoit dans une trop grande agitation pour parler, & le Roy attend doit qu'il luy déclarast son nom & le sujet de son voyage.

    Helene, qui parut en ce moment, interrompit le silence. Elle estoit habillée en Diane, & en quelque estat qu'elle se mist, on estoit toûjours charmé de la voir. En voyant Telemaque, elle eut la mesme pensée de luy que Menelas.

    Ouy, Seigneur, commença-t'elle à lui dire, quand je devrois estre trompée dans ma conjecture, je vous avoüe que je prens un de ces Estrangers pour Telemaque : il a tous les traits & tout l'air d’Ulysse. Ayez-yous jamais veu une ressemblance plus parfaite. Menelas estoit ravi que la Reine eût esté dans la mesme pensée que lui. Il lui fit remarquer ses cheveux, sa teste, ses yeux. Mais, continua-t'il, ce qui m'a le plus persuadé, est qu'il n'a pu entendre sans une agitation extraordinaire, ce que je disois par occasion des malheurs du vaillant Ulysse.

   Pisistrate prit alors la parole ; Grand Roy, dit-il, il est vrai que vous voyez le fils d'Ulysse. Il n'est point necessaire qu'il parle pour se faire reconnoistre. Mon père le Roy des Pyliens, ma commandé de l'accompagner en ce voyage. Il l’a entrepris par le desir de vous voir, & sur l'esperance qu'il a de recevoir de vous le secours de vos conseils. C'est vous seul, illustre Prince, qui pouvez remédier aux maux presssans, dont les Itaciens sont accablez, & destruire tous ces petits Princes, qui persecutent par leurs poursuittes la vertu de Penelope, & qui désolent toute sa maison.

    Ce m'est un grand bonheur, reprit Menelas, de voir chez moi le fils de mon cher Ulysse, qui a expose sa vie en tant de combats pour mon interest. O Dieux ; avec quelle passion ai-je desiré son retour, & de parler agréablement avec lui le reste de mes jours. Argos auroit esté plus à lui qu'a moi mesme ; aurions joüy du plaisir d’une amitié constante ; ayant eu part aux mesmes travaux, nous aurions adouci nostre vieillesse, par les charmes du mesme repos ; mais les Dieux ont porté envie à la douceur d'un si beau destin. Ils le sont errer encore après tant de temps, loin de sa patrie, & de tout ce qu'il a de plus cher au monde.

    Cet entretien avoit déjà troublé toute la joye de ce festin. Hélène & Menelas ne pouvoient se souvenir sans regret que leurs amours eussent cousté tant de sang & de larmes. Le fils de Nestor regretoit son frère Antiloque, & Telemaque trouvoit son père encore plus digne de ses pleurs, de n'estre échapé de si grands dangers, que pour estre exposé tous les jours à de nouvelles avantures.

    Pisistrate demanda pardon au Roy d'avoir causé toutes  ces plaintes. Il luy  dit que c'estoit un des malheurs d'Ulysse & de son fils de communiquer au milieu de la  plus grande allegresse les gemissements que leur fortune meritoit, mais que le lieu & le temps devoient obliger de penser à autre chose.

    Menelas fut ravi de la sagesse de Pisistrate, qui dans un âge si peu avancé, avoit toute l'éloquence & toute la sagesse de Nestor. On continua le repas, où le vin que l’on beuvoit dissipoit peu à peu la tristesse, & faisoit renaistre la joye.

    Helene commanda que l'on servist de celuy de Polydamie. Il estoit meslé de quelques liqueurs venues du costé d'Egypte, & il avoit une qualité qui le rendoit la chose la plus admirable qui fust au monde.

    Des le moment que l'on a voit commencé d'en prendre, l'ame se trouvoit comme noyée dans un fleuve d'oubli. Les choses les plus touchantes ne causoient plus ny pitié ny tristesse.

    En effet, Telemaque n'avoit plus cet air serieux, que l'occupation des grandes asffaires a coutume de donner au visage. Pisistrate avoit les manières libres ; & lors qu'Hélène continua de leur parler du Siège & de la prise de Troye, & que Menelas ajouta ce qui s'estoit passé dans le temps où tous les Capitaines estoient enfermez dans le Cheval de bois ; on ne sentoit plus ces tendres mouvemens, qui interessent le cœur aux avantures de ceux que l'on aime , & qui luy sont éprouver une révolution de mille passions differentes. C'est ainsi que l’on finit cette journée.

    Le lendemain le Roy entretint en particulier Telemaque. Ce Prince exposa au Roy en peu de paroles, l'état des Itaciens, le desir qu'il avoit d'apprendre des nouvelles d'Ulysse, l'extrême besoin qu'il avoit de ses Conseils, & de son secours. Il parloit avec un respect &  une modestie qui ne diminüoit point l'estime qu'il donnoit de la grandeur de son ame, &  de son courage.

    Menelas estoit charmé de l'entendre. Je veux bien vous satisfaire, luy dit-il, & vous raconter à loisir tout ce que vous pouvez attendre de moy. C'est de Prothée que j'ày appris par un moyen assez extraordinaire, les choses que j'ay à vous dire. Malgré la passion que j'avois de revoir la Grece, j'avois desja esté retenu vingt jours entiers dans les fables qui sont proche le Phare d'Egypre. Le vent ne donnoit aucun secours aux Matelots, qui saisoient de vains efforts pour avancer. Les provisions se corompoient. Il falloit bien-tost ou périr par la faim, ou relâcher en AEgypte, pour en faire de nouvelles, & retarder ainsi nostre Voyage. Idotée une des Nymphes de cette Mer & fille de Prothée un des Dieux Marins favory de Neptune eut pitié de nostre embaras. Elle prit le temps que tout le monde estoit occupé à la pesche, pour m'aborder, sans estre veüe de personne que de moy.

    Pourquoy,  dit-elle,  vous arreslez-vous sur ce rivage desert, où vous manquez de toutes choses ? Faut-il retarder vostre course par l'amusement de la pesche, où je vous vois perdre le temps ?

    O Nymphe, luy répondis-je, c'est contre-nostre gré que vous nous voyez icy. Quelque Dieu ennemy nous empesche d'avancer. Je ne sçay pas pourtant, je vous jure, pourquoy j'ay mérité un si rude chatiment ; mais ô Divine Nymphe, j'ay sujet d'esperer de n'estre plus malheureux, si je puis me promettre vostre protection.

     Elle fut si touchée de mon discours, qu'elle m'apprit qu'il falloit avoir recours à son pere, qu'il sçavoit toutes les profondeurs de la mer qu'il degageroit nos vaisseaux de ces bancs de sable, & que je pourrois mesme sçavoir de luy l'estat où se trouvaient mes amis absents.

    Mais, continüe-t'elle, il est presque impossible de l'aborder, & quand on est enfin prés de luy, il est encore impossible d'en recevoir aucune réponse. Il prend toutes sortes de formes, pour échapper aux questions, qu'on veut luy proposer. Ainsi pour a voir de luy quelques oracles, il faut le surprendre, le retenir avec violence, ne s'étonner point de tous les changemens qu'il f ait paroître, ne relascher rien de ce que l'on aura, entre ses mains sans obtenir de luy une réponse sur ce que l’on desire d'apprendre.

    A peine la Nymphe m'avoit-elle instruit de ce que je devois faire, qu'elle se plongea sous les ondes. Pour moy j'estois dans une extrême impatience que la nuit fust passée pour surprendre Prothée. Je choisis trois de mes Compagnons, & nous estant cachés sur le rivage de la mer, nous apperceumes les flots s'eslever & nous entendismes un bruit meslé à ce-luy des vagues. C'estoit Prothée qui conduisoit un troupeau, des plus beaux poissons de la mer, & qui arrivoit sur le rivage comme un Berger vient dans une prairie avec son Troupeau de moutons. Or le Berger & le Troupeau s'estant endormis, nous le surprimes, & toutes les formes différentes qu'il prenoit, ne nous empescherent point de le retenir. C'estoit une chose effrayante, que d'avoir entre les bras tantost un lion, ou une Panthère, tantost un Dragon, ou une eau coulante avec plus de rapidité qu'un torrent. Enfin il se laissa gagner par nostre confiance, & reprenant sa figure naturelle : C'est Jupiter, me dit-il, ô fils d'Atrée qui vous retient. Que n'avez-vous recours au Ciel dans vos adversites. Retournez à vostre bord, & préparez un Sacrifice solemnel au plus grand des Dieux ; vostre retour sera heureux ; mais il faut prendre vostre route par les costes d'Egypte.

    La curiosité que j'eus d'apprendre de luy des nouvelles de la Grece me coûta bien des soûpirs : J'eus pitié de la temerité d'Ajax, qui insultoit aux Dieux, au milieu mesme des ondes, où son vaisseau venoit de périr. Il ne put souffrir que Neptune le sauvast du naufrage. Je scay nager, disoit-il, & le Ciel & la Mer ne sçauroient me nuire. Il ne falut neantmoins qu'un coup de trident de Neptune, pour le punir de son impieté.

    Mais qu'elles larmes ne meritoit, pas les funestes nouvelles que j'appris d'Agamemnon. Il devoit arriver heureusement au Promontoire de Malées : Junon l'avoit conservé dans tous les dangers de la guerre & de la mer. Falloit-il qu'un vent contraire le repoussast vers les terres où le perside AEgysthe luy preparoit une cruelle mort. Dans ce triste estat que ferois-je devenu sans l’esperance que Prothée me donna qu'Oreste vangeroit la mort de son Pere, & que je serois present au festin qui se fairoit en réjoüissançe de la mort d'AEgysthe.

    C'est ainsi qu'il mesloit ans tristes avantures qu'il m'aprenoit, quelque chose qui pouvoit me consoler, pour ne me laisser pas dans l'accablement d'une extrême affliction.

     Mais la nouvelle qui me donna une joye sort grande, sut celle de sçavoir qu'Ulysse n'avoit point pery, qu'il estoit dans l’isle de la belle Calypso, prés de laquelle sa vie seroit heureuse, si la passion, de revoir son Itaque luy permettoit de prendre quelques plaisirs, estant esloigné de Penelope & de vous. Cette Nymphe, me dit-il, le retient malgré luy. Elle imagine tous les jours de nouveaux prétextes, pour retarder son retour. Mais on le reverra en Itaque, & il délivrera bien tost sa chere Penelope des persecutions, que ses lâches amans luy sont souffrir.

    Les choses me sont arrivées, mon cher Telemaque, comme il me les a prédites. Je joüis des douceurs qu'il m'a sait esperer. Il saut attendre l'effet de la prediction qui regarde l'heureux retour d'Ulysse. Cependant je vous offre, mon fils, tout ce que vous pouvez desirer icy , & vous pouvez y commander avec autant d'autorité que chez vous.

    Telemaque répondit à toutes ces offres obligeantes de Menelas. Il le remercia de luy avoir appris des nouvelles d'Ulysse, & il le pria de luy permettre de retourner en Pylos, où les compagnons qu'il avoit laisses sur son vaisseau l'attendoient avec impatience.

    Durant que ces choses se passoient à Argos, on continüoit en Itaque les jeux & les divertissemens ordinaires. On avoir coutume d'y vivre dans une si grande négligence pour les affaires, que l’on n'avoit pas eu le soin de sçavoir si Telemaque avoit passé la Mer. On se contenta de croire durant les premiers jours de son absence qu'il étoit dans une de ses maisons à la campagne, Ainsi tout le monde fut surpris, lors que Noemas se plaignit de ce que le vaisseau qu'il avoit presté à Mentor pour Telemaque n’estoit point de retour. Quoy, luy dit Antinoüs, vous avez presté un Vaisseau à Mentor, pour conduire Telemaque à Pylos, & quand est-il parti, qu'elle compagnie avoit-il ? racontez moy la chose comme elle s'est passée.

    Je ne puis comprendre, reprit Neomas, tout ce que vous me demandez. J'ay veu Mentor sur le Vaisssau de Telemaque. Je l'ay veu partir ; on m'assure pourtant que ce mesme Mentor est ici. le leur ay presté mon vaisseau, & je n'ay pu le refuser à leurs prières, quoy qu'il me fust necessaire ailleurs. Une troupe de jeunesse la plus sage & la plus vaillante les a suivis. Il y a quelque Dieu qui a donné le mouvement à toutes ces choses. Et une divinité s'est cachée sous la forme de Mentor.

    Cette nouvelle troubla tous les Amants de Penelope, qui surent touchez d'une terreur commune. Dans cette crainte générale, il n'y eut qu'Antinoüs, qui transporté de colère leur dit. Attendrons-nous, Seigneurs, que ce jeune téméraire vienne icy nous égorger. Vous voyez qu'il a eu l'insolence d'entreprendre un voyage, d'ammener un vaisseau, de se choisir des compagnons sans le contentement de la Reyne, sans l'avis d'aucun du païs. Que ne fera-t'il pas à son retour ? Que n'osera-t'il pas entreprendre ? Il est de nostre seureté d'aller au devant de luy, c'est à vous de me donner au plûtost un vaisseau, j'iray le punir de sa témérité, & vous conserver vos biens & vostre vie au péril de la mienne.

    On approuva le dessein d'Antinoüs, & on commença à travailler à l'exécuter. Mais Penelope ne sut pas long­temps sans apprendre par Medon, qui estoit dans les interests d'Ulysse, le dessein de ses amans contre son fils.

    Elle qui n'avoit pas sçeu son voyage, estoit dans la plus grande affliction qu'elle eut jamais resentie. Son cher Telemaque estoit parti, & elle ne sçavoit point en quel endroit du monde il avoit entrepris d'aller. Elle n'osoit desirer qu'il revint ; elle craignoit de le voir accablé par tant de rebelles. Tout lui estoit contraire. Elle se plaignoit de son absence, & n'osoit desirer son retour.

    Hélas, dit-elle, si jeusse esté avertie, je l'aurois détourné d'exposer là vie aux périls de la mer ; je luy aurois conseillé de n'attirer point contre luy la vengeance de tant de Princes. Que feray-je ? N'estois-je cas assez desolée par l'absence d’Ulysse ? Que deviendra Telemaque. Faudra-t'il ignorer encore long-temps son destin ?

    Euryclée la consoloit par l'esperance d'une protection celeste, sous laquelle il étoit. Il n'a point entrepris, disoit-elle, ma chère Princesse, le voyage sans quelque ordre des Dieux. Minerve l'accompagne, & le défendra contre ses injustes ennemis. C'est à elle qu'il faut presenter vos vœux. Elle sera touchée de vostre affliction, & vous sera trouver quelque repos.

    Pénélope approuva le conseil d'Euriclée. Elle se retira avec toutes ses filles, pour sacrifier à Minerve. A peine le sacrifice fut-il achève, que soit par la saveur des Dieux, soit par l'accablement de son affliction, elle se trouva surprise d'un profond sommeil.

    Minerve prit cette occasion de se montrer à elle sous la figure de sa sœur, & de lui faire esperer le retour heureux de son fils. Elle lui representoit qu'il estoit sous la protection des Dieux, qui ne permettroient pas que l'injustice triomphast de sa vertu. La joye que cette vision donna à Penelope dissipa son ennuy & son sommeil. Elle réveilla avec assûrance de revoir son Fils, attribuant à Minerve la douceur du songe agréable qu'elle avoit eu.

    Ses Amants estoient sortis du port d’Itaque, & estoient arrivez à Asteris. C'est une petite Isle sur le passage de Samos, & de Pylos en Itaque, où ils attendoient Telemaque à son retour le surprendre.