elemaque
&
Pisistrate
trouvèrent en
arrivant à Sparte,
toute la Cour dans une grande joye.
Menelas venoit de conclure le
mariage de Megapente son fils
naturel, avec une belle Lacedemonienne,
qui estoit d'une
famille ancienne, & qui avoit de grands biens. Il avoit arresté le
mesme jour çeluy d'Hermione sa
fille uni avec le fils
d'Achille.
Il
y avoit donc une réjouissance extraordinaire, où les festins, la
danse, le chant occupoient agréablement
tout le monde.
Eteonée,
auquel il appartenoit de les presenter, craignoit de les introduire dans un temps où le Roy donnoit ordre
à cette réjoüissance publique : Mais il désapprouva cette crainte, & luy commanda d'aller au devant
d'eux, & de les faire venir
au Palais.
Ils
ne purent s'empescher d'admirer en y
entrant, la superbe struture
du bastiment, la richesse des lambris, l'or qui brilloit de tous cotes. Après
qu'on les eut conduits à des bains magnifiques, où l'air que
l'on respiroit estoit plus parfumé,
que l'odeur des plus agréables
fleurs, & qu'ils y eurent
pris les habits que l'on a coûtume de presenter aux Estrangers,
on les mena dans la
sale où estoit le Roy, qui les receut le plus obligeamment
du monde. On leur presenta dans des vases de pur or,
l'eau & les parfums dont on
usoit au commencement des
repas. Enfin, apres qu'on leur
eut donné place prés du Roy ;
je ne vous demande point, leur
dit-il, qui vous estes
? à vostre air, il est aisé
de juger que vous estes nés pour régner. Mais avant que de vous
entretenir, je vous prie de prendre part à nostre joye, & de manger. Je vous assure que je m'interesseray
à toutes vos avantures.
Telemaque
& Pisistrate répondirent
à cet acceuil si obligeant, par des remercimens
accompagnes de manières fort soumises, & d'un profond
respect.
Le
Roy les servoit luy mesme,
& comme la joye publique donnoit une grande liberté de parler, il y avoit un
bruit confus, formé de la différence
des voix de ceux qui
s'entretenoient les uns avec
les autres.
Telemaque
faisoit remarquer
à Pisistrate toutes les merveilles
de ce magnifique Palais ;
car en effet ce n'estoit que marbre, ce n'estoit qu'or
& qu'argent.
Menelas
qui s'apperceut des
loüanges qu'ils donnoient à
la beauté de son Palais. & que
Telemaque disoit que Jupiter
estoit moins richement
logé que Menelas : Prince,
lui dit il, on ne peut comparer un
mortel aux Dieux, tout ce
qu'ils possedent est éternel, & tout ce que nous
avons passe & se détruit. Mais hélas ! si vous sçaviez
que ces richesses me coûtent,
vous verriez que je me
trouverois bien plus heureux, si je ne les
possedois pas. J'aurois mon frère,
le grand Agamemnon. C'est
durant mes voyages, & mon absence qu'AEgysthe me le
ravit : AEgysthe ce perfide, qui
augmenta ses crimes par ceux qu'il fit commettre à Clytemnestre.
Ainsi au milieu de cette abondance, je ne puis
m'empescher de m'abandonner au déplaisir, quand il me souvient
de la funeste perte que j'ay faite. Ce qui m'accable souvent, est que de
tant d'amis que j'ay veus à la guerre, il n'en reste presque plus. Du moins si le sage,
si le vaillant Ulysse joüissoit ici avec moy de toute cette
magnificence. Mais de tous les
Grecs, c'est celuy que le
destin a exposé à de plus fâcheuses
avantures. Sa destinée le fait errer dans le monde, & allarme tous ceux qui l'aiment. Je le regrette incessamment.
Laerte son pere, la chaste Penelope, le jeune
Telemaque son fils, perdront
peut estre bien-tost la consolation de l'attendre, qui
est la seule qui leur reste.
Ce
diseours avoit touché Telemaque.
Menelas qui s'apperceut
de l'embaras & du
desordre où estoit ce Prince,
le prit aussi-tost pour le fils de son cher Ulysse. L'entretien tomba tout d'un coup. Ils
avoient tous deux des choses
sort tendres à se dire. Mais Telemaque estoit dans une
trop grande agitation pour
parler, & le Roy attend doit qu'il luy déclarast son nom & le
sujet de son voyage.
Helene,
qui parut en ce moment, interrompit le silence.
Elle estoit habillée en Diane, & en quelque estat qu'elle
se mist, on estoit toûjours
charmé de la voir. En voyant Telemaque, elle eut la
mesme pensée de luy que Menelas.
Ouy,
Seigneur, commença-t'elle à lui dire, quand je devrois
estre trompée dans ma
conjecture, je vous avoüe que
je prens un de ces Estrangers pour Telemaque : il a tous les
traits & tout l'air d’Ulysse. Ayez-yous jamais
veu
une ressemblance plus parfaite.
Menelas estoit ravi que
la Reine eût esté dans la mesme
pensée que lui. Il lui fit
remarquer ses cheveux, sa teste, ses yeux. Mais, continua-t'il,
ce qui m'a le plus persuadé, est qu'il n'a pu entendre sans une
agitation extraordinaire, ce que je disois
par occasion des malheurs du
vaillant Ulysse.
Pisistrate
prit alors la parole ; Grand Roy, dit-il, il est
vrai que vous voyez le fils d'Ulysse.
Il n'est point necessaire qu'il parle pour se faire reconnoistre.
Mon père le Roy des Pyliens,
ma commandé
de l'accompagner en ce voyage. Il l’a entrepris par le
desir de vous voir, & sur l'esperance
qu'il a de recevoir de
vous le secours de vos conseils.
C'est vous seul, illustre
Prince, qui pouvez remédier
aux maux presssans, dont les
Itaciens sont accablez, & destruire tous ces petits Princes, qui
persecutent par leurs poursuittes la vertu de Penelope, & qui désolent toute sa
maison.
Ce
m'est un grand bonheur, reprit
Menelas, de voir chez moi
le fils de mon cher Ulysse,
qui a expose sa vie en tant de combats pour mon interest.
O Dieux ; avec quelle passion
ai-je desiré son retour, & de parler agréablement avec lui
le reste de mes jours. Argos auroit esté plus à lui qu'a moi mesme ; aurions
joüy du plaisir d’une amitié
constante ; ayant eu part aux
mesmes travaux, nous aurions adouci nostre vieillesse, par les charmes
du mesme repos ; mais les Dieux ont
porté envie à la douceur d'un si beau destin. Ils le sont errer encore
après tant de temps, loin de sa patrie, & de tout ce qu'il a de
plus cher au monde.
Cet
entretien avoit déjà troublé toute la joye de ce festin.
Hélène & Menelas ne
pouvoient se souvenir sans regret que leurs amours eussent cousté
tant de sang & de larmes. Le fils de Nestor regretoit son frère
Antiloque, & Telemaque trouvoit son père encore plus digne de ses
pleurs, de n'estre échapé de
si grands dangers, que pour estre exposé tous les
jours à de nouvelles avantures.
Pisistrate
demanda pardon au
Roy d'avoir causé toutes ces plaintes. Il luy dit
que c'estoit un des malheurs d'Ulysse
& de son fils de communiquer au milieu de la
plus grande allegresse les
gemissements que leur fortune meritoit, mais que le lieu & le
temps devoient obliger de penser à autre chose.
Menelas
fut ravi de la sagesse de Pisistrate, qui dans un âge si peu avancé,
avoit toute l'éloquence & toute la sagesse de Nestor. On continua le repas, où le vin que l’on
beuvoit
dissipoit peu à peu la tristesse, & faisoit renaistre la joye.
Helene
commanda que l'on servist
de celuy de Polydamie. Il estoit meslé
de quelques liqueurs venues du
costé d'Egypte, & il avoit une qualité
qui le rendoit la chose la plus admirable qui fust au
monde.
Des
le moment que l'on a voit commencé
d'en prendre, l'ame se
trouvoit comme noyée dans un
fleuve d'oubli. Les choses
les plus touchantes ne
causoient plus ny pitié ny
tristesse.
En
effet, Telemaque n'avoit plus cet air serieux, que
l'occupation
des grandes asffaires
a coutume de donner au visage.
Pisistrate avoit les manières
libres ; & lors qu'Hélène continua de leur parler
du Siège & de la prise de Troye, & que Menelas ajouta ce
qui s'estoit passé dans le temps où tous les Capitaines
estoient enfermez dans le Cheval de bois ; on ne sentoit
plus ces tendres mouvemens, qui
interessent le cœur aux
avantures de ceux que l'on aime , & qui luy sont éprouver une révolution
de mille passions differentes.
C'est ainsi que l’on finit
cette journée.
Le lendemain le Roy entretint en
particulier Telemaque. Ce Prince exposa au Roy
en
peu de paroles, l'état des
Itaciens, le desir qu'il avoit
d'apprendre des nouvelles
d'Ulysse, l'extrême besoin qu'il
avoit de ses Conseils, & de son secours. Il parloit avec
un respect & une modestie
qui ne diminüoit point l'estime qu'il donnoit de la grandeur de
son ame, & de son courage.
Menelas
estoit charmé de l'entendre. Je veux bien vous satisfaire, luy
dit-il, & vous raconter à loisir tout ce que vous
pouvez attendre de moy. C'est de Prothée que j'ày appris
par un moyen assez extraordinaire, les choses que
j'ay à vous dire.
Malgré la passion
que j'avois de
revoir la Grece, j'avois
desja esté retenu vingt jours
entiers dans les fables qui sont proche le Phare
d'Egypre. Le vent ne donnoit
aucun secours aux Matelots,
qui saisoient de vains
efforts pour avancer. Les
provisions se corompoient. Il
falloit bien-tost ou périr par la
faim, ou relâcher en AEgypte,
pour en faire de nouvelles, & retarder ainsi nostre Voyage.
Idotée une des Nymphes de cette Mer & fille de Prothée un
des Dieux Marins favory de Neptune eut pitié
de nostre embaras. Elle prit le temps que tout le monde estoit occupé à la pesche,
pour m'aborder, sans estre veüe
de personne que de moy.
Pourquoy,
dit-elle, vous
arreslez-vous
sur ce rivage desert,
où vous manquez de toutes
choses ? Faut-il retarder vostre course par l'amusement
de la pesche, où je vous vois
perdre le temps ?
O
Nymphe, luy répondis-je, c'est
contre-nostre gré que vous
nous voyez icy. Quelque Dieu ennemy nous empesche d'avancer. Je
ne sçay pas pourtant, je vous jure, pourquoy j'ay mérité un si rude chatiment ; mais ô Divine Nymphe, j'ay sujet d'esperer
de n'estre plus malheureux,
si je puis me promettre vostre
protection.
Elle
fut si touchée de mon discours,
qu'elle m'apprit qu'il
falloit avoir recours à son pere, qu'il sçavoit toutes les
profondeurs de la mer
qu'il
degageroit nos vaisseaux de
ces bancs de sable, & que je
pourrois mesme sçavoir de luy
l'estat où se trouvaient mes amis absents.
Mais,
continüe-t'elle, il est
presque impossible de l'aborder,
& quand on est enfin prés de luy, il est encore impossible
d'en recevoir aucune réponse.
Il prend toutes sortes de formes, pour échapper
aux questions, qu'on veut luy
proposer. Ainsi pour a voir
de luy quelques oracles, il
faut le surprendre, le retenir avec violence, ne s'étonner
point de tous les changemens
qu'il f ait paroître, ne relascher rien
de ce que l'on aura, entre ses mains sans
obtenir de luy une
réponse sur ce que l’on desire
d'apprendre.
A
peine la Nymphe m'avoit-elle instruit de ce que je devois faire, qu'elle
se plongea sous les ondes. Pour moy j'estois dans une extrême
impatience que la nuit fust passée
pour surprendre Prothée. Je choisis trois de mes Compagnons,
& nous estant cachés sur le rivage de la
mer, nous apperceumes les flots
s'eslever & nous entendismes un bruit meslé à ce-luy
des vagues. C'estoit Prothée
qui conduisoit un troupeau,
des plus beaux poissons de la mer, & qui arrivoit sur le
rivage comme un Berger vient dans une prairie avec son
Troupeau de moutons. Or le Berger & le Troupeau s'estant endormis, nous le surprimes, & toutes les formes
différentes qu'il prenoit, ne nous empescherent point de le
retenir. C'estoit une chose effrayante, que d'avoir entre les bras tantost un lion, ou
une Panthère, tantost un Dragon, ou une eau coulante
avec plus de rapidité qu'un torrent. Enfin il se laissa gagner
par nostre confiance, & reprenant sa figure naturelle : C'est Jupiter, me dit-il, ô fils d'Atrée qui
vous retient. Que n'avez-vous
recours au Ciel dans vos adversites. Retournez à vostre bord,
& préparez un Sacrifice solemnel au plus grand des Dieux ; vostre retour
sera heureux ; mais il faut
prendre vostre route par les
costes d'Egypte.
La
curiosité que j'eus d'apprendre
de luy des nouvelles de
la Grece me coûta bien des soûpirs
: J'eus pitié de la temerité d'Ajax, qui insultoit
aux Dieux, au milieu mesme
des ondes, où son vaisseau venoit de périr. Il ne put souffrir
que Neptune le sauvast du naufrage. Je scay nager, disoit-il, & le
Ciel & la Mer ne sçauroient me
nuire. Il ne falut neantmoins qu'un
coup de trident de Neptune, pour le
punir de son impieté.
Mais
qu'elles larmes ne meritoit,
pas les funestes nouvelles
que j'appris d'Agamemnon.
Il devoit arriver heureusement
au Promontoire de
Malées : Junon l'avoit conservé
dans tous les dangers de la guerre
& de la mer. Falloit-il qu'un vent contraire le repoussast
vers les terres où le perside AEgysthe luy
preparoit une cruelle mort. Dans ce triste estat que
ferois-je devenu sans l’esperance
que Prothée me donna
qu'Oreste vangeroit la mort de son Pere, & que je serois
present au festin qui se fairoit en réjoüissançe de la mort
d'AEgysthe.
C'est
ainsi qu'il mesloit ans tristes
avantures qu'il m'aprenoit, quelque chose qui pouvoit me consoler,
pour ne me laisser
pas dans l'accablement d'une
extrême affliction.
Mais
la nouvelle qui me donna une joye sort grande, sut celle de sçavoir
qu'Ulysse n'avoit point pery, qu'il
estoit dans l’isle de la belle Calypso, prés de laquelle sa
vie seroit heureuse, si la passion,
de revoir son Itaque luy permettoit de prendre quelques plaisirs, estant esloigné de Penelope & de vous. Cette
Nymphe, me dit-il, le retient malgré
luy. Elle imagine tous les jours de nouveaux prétextes, pour
retarder son retour. Mais on le reverra en Itaque,
& il délivrera bien tost sa chere Penelope des persecutions, que ses lâches amans luy sont souffrir.
Les
choses me sont arrivées, mon cher Telemaque, comme il me les a prédites.
Je joüis des douceurs qu'il m'a sait esperer. Il saut attendre l'effet
de la prediction qui regarde l'heureux retour d'Ulysse. Cependant je vous offre, mon fils, tout ce que vous
pouvez desirer icy , & vous pouvez y commander avec autant d'autorité
que chez vous.
Telemaque
répondit à toutes ces
offres obligeantes de Menelas.
Il le remercia de luy avoir
appris des nouvelles d'Ulysse,
& il le pria de luy permettre
de retourner en Pylos, où
les compagnons qu'il avoit laisses
sur son vaisseau l'attendoient
avec impatience.
Durant
que ces choses se passoient à Argos, on continüoit en Itaque les jeux
& les divertissemens ordinaires.
On avoir coutume d'y vivre dans
une si grande négligence pour
les affaires, que l’on n'avoit
pas eu le soin de sçavoir si
Telemaque avoit passé la Mer. On se contenta de croire durant
les premiers jours de son absence qu'il étoit dans une de ses maisons
à la campagne, Ainsi tout le monde fut surpris, lors que Noemas se
plaignit de ce que le vaisseau qu'il avoit presté à Mentor pour
Telemaque n’estoit point de
retour. Quoy, luy dit Antinoüs, vous avez presté un Vaisseau à Mentor, pour conduire Telemaque
à Pylos, & quand est-il
parti, qu'elle compagnie avoit-il ? racontez moy la chose comme elle s'est passée.
Je
ne puis comprendre, reprit
Neomas, tout ce que vous me
demandez. J'ay veu Mentor sur
le Vaisssau de Telemaque. Je l'ay veu partir ; on m'assure
pourtant que ce mesme Mentor est ici. le leur ay presté mon
vaisseau, & je n'ay pu le refuser à leurs prières, quoy qu'il me fust
necessaire ailleurs. Une troupe de jeunesse la plus sage & la
plus vaillante les a suivis. Il y a quelque Dieu qui a donné le
mouvement à toutes ces choses. Et
une divinité s'est cachée
sous la forme de Mentor.
Cette
nouvelle troubla tous les
Amants de Penelope, qui surent touchez d'une terreur commune.
Dans cette crainte générale,
il n'y eut qu'Antinoüs,
qui transporté de colère leur dit. Attendrons-nous,
Seigneurs, que ce jeune téméraire
vienne icy nous égorger. Vous voyez qu'il a eu l'insolence
d'entreprendre un voyage, d'ammener un vaisseau,
de se choisir des compagnons
sans le contentement de la Reyne, sans l'avis
d'aucun du païs. Que ne fera-t'il pas à son retour ? Que
n'osera-t'il pas entreprendre ? Il est de nostre seureté d'aller
au devant de luy, c'est à
vous de me donner au plûtost un
vaisseau, j'iray le punir de sa témérité, & vous conserver
vos biens & vostre vie
au péril de la mienne.
On
approuva le dessein d'Antinoüs, & on commença à
travailler à l'exécuter. Mais Penelope ne sut pas longtemps
sans apprendre par Medon, qui estoit dans les interests d'Ulysse,
le dessein de ses amans contre son fils.
Elle
qui n'avoit pas sçeu son voyage, estoit dans la plus grande affliction
qu'elle eut jamais resentie. Son cher Telemaque estoit parti, & elle ne sçavoit point en quel
endroit du monde il avoit entrepris
d'aller. Elle n'osoit desirer qu'il revint ; elle craignoit
de le voir accablé par tant de rebelles. Tout lui
estoit
contraire. Elle se plaignoit de son absence, & n'osoit desirer son
retour.
Hélas,
dit-elle, si jeusse esté
avertie, je l'aurois détourné
d'exposer là vie aux périls de la mer ; je luy aurois
conseillé de n'attirer point
contre luy la vengeance de
tant de Princes. Que feray-je
? N'estois-je cas assez desolée par l'absence
d’Ulysse ? Que deviendra
Telemaque. Faudra-t'il ignorer
encore long-temps son destin ?
Euryclée
la consoloit par l'esperance
d'une protection celeste,
sous laquelle il étoit.
Il n'a point entrepris, disoit-elle,
ma chère Princesse,
le voyage sans quelque ordre des
Dieux. Minerve l'accompagne,
& le défendra contre ses
injustes ennemis. C'est à elle qu'il faut presenter
vos vœux. Elle sera touchée
de vostre affliction, &
vous sera trouver quelque repos.
Pénélope
approuva le conseil
d'Euriclée. Elle se retira
avec toutes ses filles, pour sacrifier
à Minerve. A peine le
sacrifice fut-il achève, que soit
par la saveur des Dieux, soit
par l'accablement de son
affliction, elle se trouva surprise
d'un profond sommeil.
Minerve
prit cette occasion
de se montrer à elle sous
la figure de sa sœur, & de lui faire esperer le retour heureux de
son fils. Elle lui representoit
qu'il estoit sous la protection des Dieux, qui ne permettroient
pas que l'injustice triomphast de sa
vertu. La joye que
cette vision donna à Penelope dissipa son ennuy & son sommeil.
Elle réveilla avec assûrance de revoir son Fils, attribuant à
Minerve la douceur du songe agréable
qu'elle avoit eu.
Ses
Amants estoient sortis du
port d’Itaque, & estoient arrivez
à Asteris. C'est une petite Isle sur le passage de Samos, &
de Pylos en Itaque,
où ils attendoient Telemaque à son
retour le surprendre.