L'histoire de Bellérophon

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Or, Glaucus, fils d'Hippoloche, et le fils de Tydée se rencontrèrent dans l'espace qui séparait tes armées ennemies, ardents à combattre. Et comme déjà ils étaient tout proches, sur le point de se jeter l'un sur l'autre, Diomède, vaillant à la lutte, parla le premier :

« Qui donc es-tu, ô le plus brave des hommes mortels ? Car jamais encore je ne t'ai vu en bataille te couvrir de gloire, jusqu'ici, et voici que, maintenant, tu as dépassé de beaucoup tous les autres par ta confiance téméraire, puisque tu as osé attendre le choc de ma longue lance ! Car malheureux sont les pères dont les fils affrontent ma vigueur ! Mais si tu es venu du ciel, étant l'un des immortels, certes je ne combattrai point contre les dieux célestes !... »

Alors le fils glorieux d'Hippoloche lui répondit :

« Magnanime fils de Tydée, pourquoi m'interroges-tu sur ma race ? Telle est la race des feuilles, et telle la race des hommes. Car il y a des feuilles que le vent dispersa sur le sol, mais ensuite la forêt en fait germer et en produit d'autres, qui poussent dans la saison du printemps. Et, de la même façon, telle race d'hommes naît, et telle autre finît. Mais que si tu le veux, sache donc ceci, afin de bien connaître notre lignage, car nombreux sont les hommes qui le connaissent :

« Il y a, au cœur d'Argos riche en chevaux, une cité appelée Ephyre ; et là vécut Sisyphe, qui fut le plus rusé des hommes, Sisyphe, fils d'Eole ; et celui-là engendra son fils Glaucus qui, à son tour, donna naissance au fameux Bellérophon. Or, à ce dernier les dieux donnèrent une beauté et une vigueur infiniment désirables ; mais Prœtus médita dans son cœur de lui faire du mal, et, étant de beaucoup le plus fort, le chassa de la terre des Argiens, car Jupiter l'avait soumis à son sceptre...

 

 

« Il l'envoya alors en Lycie, et lui donna des lettres qui devaient le perdre, ayant écrit maintes choses meurtrières sur une tablette repliée. Et il lui ordonnait de montrer cette lettre à son beau-père, afin que, par ce moyen, il pérît. Mais Bellérophon se rendit en Lycie, sous l'accompagnement favorable des dieux ; et, lorsqu'il fut arrivé en Lycie, où coule le fleuve Xanthe, le roi de cette vaste contrée l'honora cordialement. Pendant neuf jours, il l’accueillit avec hospitalité, sacrifiant neuf bœufs en son honneur. Puis, lorsque déjà apparaissait pour la dixième fois l'aurore aux doigta de rosé, alors enfin, il l'interrogea, et demanda à voir les lettres qu'il apportait de la part du noble Proetus. Or, lorsqu'il eut reçu la lettre de son gendre, il ordonna d'abord à Bellérophon d'aller tuer la Chimère inexpugnable celle-ci était d'une espèce divine, et non humaine : elle avait la partie antérieure d'un lion, la partie postérieure d'un dragon, et le milieu de son corps était celui d'une chèvre ; et ce monstre exhalait un feu d'une violence dévorante. Mais Bellérophon, monté sur son cheval ailé, l'indomptable Pégase, réussit à le tuer, s'étant fié aux signes miraculeux d'en haut. En second lieu, il eut à combattre les fameux Solymes ; et il disait que c'était là le plus terrible combat de guerriers où il eût pris part. Et puis, en troisième lieu, il tua les Amazones, ces femmes toutes viriles. Or, quand enfin le roi reconnut que son hôte était un fils vaillant des dieux, il le garda auprès de soi, et lui donna sa fille, ainsi que la moitié de tout l'honneur de sa royauté. Et la femme du sage Bellérophon lui engendra trois enfants, Isandre, et Hippoloche, et Laodamie. Et son fils Hippoloche m'engendra, et c'est de lui que je me proclame né. »

 Ces paroles de Glaucus touchent le cœur de Diomède, dont l'aïeul a été jadis l'ami de Bellérophon : si bien que les deux héros se jurent amitié, et que, dans un élan d'affection que le poète nous représente comme un acte de folie, Glaucus et Diomède échangent leurs armures. Cependant Hector, s'éloignant du combat, revient au palais de Priam et demande à sa mère Hécube d'offrir un sacrifice à Minerve, pour obtenir qu'elle consente à arrêter les exploits meurtriers de Diomède : sacrifice qui, d'ailleurs, ne réussit pas à toucher la déesse. En vain Hélène, après avoir maudit la fatale beauté qui la condamne à devenir l'occasion d'innombrables maux, invite le héros troyen à se reposer dans sa maison : Hector a hâte de retourner au combat, et c'est en courant qu'il traverse, de nouveau, la ville assiégée.