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ARGUMENT DU LIVRE X.
ULYSSE arrive chez Éole, oui lui accorde un vent favorable pour le
conduire dans sa Patrie, & lui donne une outre où les autres vents
étaient renfermés. Les Compagnons d'Ulysse, pousses par leur curiosités
profitent du sommeil de leur Maître, pour ouvrir cette outre mystérieuse
: les vents en sortent, & les repoussent en Éolie. Ulysse, chassé par
Éole, aborde chez les Lestrigons ; il y perd onze de ses Vaisseaux, &,
avec le seul qui lui reste, arrive à l'île de Circé. Une partie de ses
Compagnons est changée en pourceaux. Ulysse vient à leur secours ; &,
instruit par Mercure, qui lui donne le secret d'une plante mystérieuse,
il surmonte les enchantements de la Déesse : il demeure un an entier
avec elle, & se prépare ensuite à son voyage aux enfers.
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Déjà
nous abordons aux rives d'ÉoIie,
Où du fougueux Éole
est l'antique patrie,
A cette île
flottante où ce fils d'Hippotas (1)
Avoit d'un mur
d'airain entouré ses États.
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5
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Là, de ses douze
ensans, que sa main fortunée (2)
L'un à l'autre
joignit par les nœuds d'hyménée,
Il voit d'un œil
content couler les heureux jours
Au milieu des
plaisirs, dans le sein des amours,
Assis dans des
banquets, & respirant sans cesse
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10
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Des parfums les plus
doux l'odeur enchanteresse
Tandis que du palais
les lambris somptueux
Retentissent au loin
de sons harmonieux (3).
Dans ce palais
brillant où le Destin m'amène,
Durant un mois
entier le Ciel charma ma peine :
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15
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Éole, par ma voix,
de mon sort informé,
Répondit aux desirs
dont j'étois animé,
Et, sensible à mes
maux, à ma douleur extrême,
Fit éclater pour moi
sa puissance suprême.
Ce Souverain des
vents, ce Roi, que Jupiter
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20
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A commis pour
veiller sur les tyrans de l'air,
Lui, qui peut
exciter ou calmer leur furie.
Daigna, pour me
conduire au sein de ma patrie,
Enfermer de sa main
les Aquilons fougueux,
Dans une outre
profonde, ouvrage merveilleux (4)
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25
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Et, d'un lien
d'argent enchaînant leur colère,
Attacha sur mon bord
cette prison légère,
Ne laissant dans les
airs pour guider mes Vaisseaux,
Qu'un fidèle Zéphyr
qui planoit sur les eaux.
Trop inutiles soins
! notre folle imprudence
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30
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Fit
tourner contre nous les dons de là puissance.
Pour la neuvième
fois le jour chassant la nuit,
Éclairoit nos
Vaisseaux qu'un heureux vent conduit ;
Déjà des champs
d'Ithaque on voyoit le rivage,
Et les signaux
fumans allumés sur la plage (5),
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35
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Lorsqu'assis la
poupe, où, durant ces neuf jours,
Ma main de mon
Navire avoit guidé le cours,
Épuisé de fatigue au
bout de la carrière,
Je laissai le
sommeil régner sur ma paupière (6).
Combien me coûta
cher cet instant de repos !
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40
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Ma Troupe contre moi
forma de noirs complots ;
Les Nochers, abusés
par un espoir frivole,
Crurent voir des
trésors dans les présens d'Éole.
Ulysse, dit l'un
d'eux, a, dans tous les pays,
Des Dieux pour
protecteurs, & des Rois pour amis.
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45
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Quel immense
partage, & quelle riche proie
N'a-t-il pas emporté
des rivages de Troie,
Tandis que pour nous
seuls, laborieux & vains,
Nos exploits d'aucun
fruit n'ont enrichi nos mains !
Éole vient encor,
par d'immenses largesses,
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50
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D'ajouter à ses
biens de nouvelles richesses.
Hâtons-nous,
découvrons, voyons l'argent & l'or
Que dans ses larges
flancs enferme ce trésor.
A ce lâche
projet mes Amis consentirent ;
L'outre fut
déliée, & les vents en sortirent,
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55
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Emportant sur les
mers mes Vaisseaux malheureux.
Loin de cette
Patrie, objet de tous mes vœux.
Mes Compagnons
poussoient des cris mêlés de larmes.
Je m'éveillai
tremblant au bruit de leurs alarmes ;
Long-temps je
balançai dans le fond de mon cœur,
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60
|
Si je devois, cédant
à ma juste douleur,
Terminer dans les
eaux ma vie infortunée,
Ou si, plus
courageux, malgré ma destinée,
Je devois vivre
encor, résister, & souffrir (7).
Je subis constamment
ce qu'il falloit subir.
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65
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Immobile & muet dans
ma douleur profonde,
Je laissai mes
Vaisseaux voguer au gré de l'onde.
Aux bords Éoliens je
les vois ramenés,
Par les flots & les
vents contre nous déchaînés,
Avec mes Compagnons
je descends au rivage,
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70
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J'ordonne leur
repas, j'anime leur courage ;
Je m'avance, suivi
de deux de mes Amis,
Vers le palais
d'Éole, où la Reine & ses Fils
Se livroient aux
plaisirs d'un banquet magnifique.
Je m'approche &
m'assieds sur le seuil du portique.
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75
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Les Convives surpris
m'interrogent soudain.
Qui vous ramène,
Ulysse & quel fatal destin
Vous a, malgré nos
soins, éloigné des contrées
Que votre cœur
fidèle avoit tant désirées ! »
De perfides
Amis, un sommeil séducteur, »
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80
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Leur dis-je en
soupirant, ont causé mon malheur (8)
Au nom de ce pouvoir
que votre ame possède,
Daignez à mes
malheurs porter quelque remède.
Je parle, & je
n'obtiens qu'un silence profond.
Mais d'une voix
terrible Éole me répond :
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85
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Trop coupable mortel, fuis & sors de mon île,
Cesse de profaner ce
respectable asyle ;
Fuis, malheureux
objet de la haine des Dieux,
N 'attends plus ni
pitié, ni secours en ces lieux.
Il dit ; & de
son île aussitôt il me chasse.
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90
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Gémissant, accablé
du poids de ma disgrâce,
Il fallut repartir,
&, la rame à la main,
Sillonner sur les
mers un pénible chemin,
Abandonné des vents,
qui restoient en silence,
Et payer chèrement
un moment d'imprudence.
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95
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Ma flotte cependant
vogua durant six jours ;
Mais le septième à
peine eut commencé son cours,
Qu'il nous vit
aborder aux perfides rivages
Où s'élèvent les
murs des Lestrygons sauvages (9)
En ces climats
lointains où l'ombre de la nuit
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100
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Succède à peine au
jour, que l'aurore la fuit.
De ces lieux
renommés les rives toujours vertes,
De bœufs & de brebis
sont sans cesse couvertes.
Le Berger, en
rentrant sous ses rustiques toits,
Voit un autre Berger
s'éveiller à sa voix ;
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105
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Et le taureau,
quittant les campagnes fleuries,
Voit le bêlant
agneau retourner aux prairies.
Là, qui pourroit
sans cesse, abjurant le repos.
Conduire tour-à-tour
ces différens troupeaux,
Dans ces champs
fortunés qu'un si long jour éclaire,
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110
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Verroit ses soins
payés par un double salaire.
De ces lieux
inconnus nous osons approcher ;
Le port est entouré
d'un immense rocher,
Dont le flanc
arrondi s'élevant sur la plage,
Au Nautonnier
tremblant laisse un étroit passage.
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115
|
Mes Vaisseaux dans
ce port inaccessible aux flots,
Sont poussés par les
bras des nombreux Matelots,
Qui, sans craindre
en ces lieux ni les vents, ni l'orage
Les vont l'un après
l'autre attacher au rivage.
Moi seul je
m'arrêtai, je n'osai pénétrer
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120
|
Dans l'asyle
trompeur où je les vis entrer.
Vers les écueils
voisins aussitôt je m'approche,
J'attache mon Navire
& gravis sur la roche.
Sur sa cime élevée
en vain mes tristes yeux
Cherchoient du
Laboureur les pas industrieux ;
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125
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Je ne vis qu'un
désert, une terre inconnue :
Une épaisse fumée au
loin frappa ma vue.
Vers ces lieux, a ma
voix, s'avancent aussitôt
Deux de mes
Compagnons, escortés d'un Héraut,
Pour savoir quels
mortels cette rive étrangère
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130
|
Nourrissoit des
présens dont se couvre la terre.
Ils partent, en
suivant le chemin fréquenté
Qui, du sommet des
monts, conduit à la cité :
On y voit chaque
jour descendre vers les plaines
Cent chars pesans,
chargés des dépouilles des chênes,
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135
|
Ils découvrent
bientôt, non loin du pied des murs,
Une claire
fontaine, où des flots toujours purs,
Annoncent la
fraîcheur d'une source féconde.
Artacie est le nom
que l'on donne à son onde.
La fille
d'Antiphate, au-devant de leurs pas,
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140
|
S'avançoit, en
portant une urne dans ses bras ;
Digne fille du Roi
qui régit cet empire,
Elle-même au palais
se plut à les conduire,
A peine ils
pénétraient en ces horribles lieux,
Qu'une femme
effrayante apparut à leurs yeux ;
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145
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Terrible, & comme on
voit les montagnes chenues
Lever un front
superbe & défier les nues.
Par un mugissement
qui les glace d'effroi,
Du fond de son
palais elle appelle le Roi ;
Elle hâte les pas de
son époux sauvage.
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150
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Antiphate sur eux
vient assouvir sa rage,
Et d'un de mes Amis,
égorgé de sa main,
Se prépare aussitôt
un barbare festin.
Les deux autres,
vers nous précipitant leur suite,
Ne purent, qu'avec
peine, éviter sa poursuite.
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155
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Furieux, de ses cris
il fait trembler les monts ;
A sa voix aussitôt
les cruels Lestrygons
Se rassemblent,
pareils à des Géans difformes,
Et contre nos
Vaisseaux lancent des rocs énormes.
Nos Vaisseaux
engloutis dans l'abyme des mers,
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160
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D'un effroyable
bruit sont retentir les airs.
Sur les vastes amas
de nos poupes noyées,
Ces monstres,
recueillant leurs victimes broyées,
Ainsi que des
poissons dans les filets surpris,
Dévorent mes
Guerriers palpitans & meurtris (10).
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165
|
Éloigné, mais témoin
de cet affreux carnage,
Soudain je me hâtai
de quitter le rivage,
De couper le lien
qui tenoit attaché
Mon Vaisseau près du
port, sous les roches caché.
Mes Rameurs effrayés
du sort qui les menace,
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170
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Des ondes à l'envi
sillonnent la surface,
Et, de leurs bras
nerveux redoublant les efforts,
S'empressent de
quitter ces trop funestes bords.
Mais, en fuyant la
mort à nos regards offerte,
De tous nos
Compagnons nous déplorions la perte
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175
|
Quand le Destin,
toujours contre moi courroucé,
Conduisit mon Navire
à l'île de Circé (11);
Circé, dont les
accens inspirent la mollesse,
Divinité terrible,
aimable Enchanteresse,
Sœur du fameux
AEete, & fille du Soleil.
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180
|
Dans un
profond silence, en un sombre appareil,
Nous descendons au
port, où, durant deux journées,
Nous pleurons à
loisir nos tristes destinées.
Mais le troisième
jour étoit à peine éclos,
Que, suspendant mes
pleurs, abjurant le repos.
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185
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Je ceignis mon épée,
&, saisissant ma lance,
Sur un roc escarpé
je gravis & m'élance ;
J'écoute, je
regarde, & mes avides yeux
Y cherchent les
travaux de l'homme industrieux.
Sur des bois
éloignés enfin portant ma vue,
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190
|
Je vis, de ces
forêts, s'élever vers la nue,
Une noire fumée en
tourbillons épais,
Qu'exhaloit de Circé
le superbe palais.
Je voulois vers ces
lieux soudain voler moi-même,
Mais je sus mettre
un frein à mon desir extrême ;
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195
|
Je crus que les
dangers, les soins de cet emploi,
Regardoient mes
Guerriers plus encor que leur Roi.
Déjà je ramenois mes
pas vers le rivage,
Occupé des moyens
d'échauffer leur courage,
D'exciter leurs
esprits, de ranimer leurs sens,
|
200
|
Par les secours
heureux de quelques alimens.
Une Divinité prit
pitié de ma peine,
Et fit du sein des
bois descendre dans la plaine
Un antique habitant
de leur sombre séjour,
Un cerf, qui,
consumé par la chaleur du jour,
|
205
|
Tout fier de la
hauteur de sa tête superbe,
Fouloit négligemment
la mollesse de l'herbe,
Et qui, sans
s'arrêter, traversant mon chemin,
Alloit calmer sa
soif dans le fleuve voisin.
Je lui lance ma
pique ; & l'airain qui le perce,
|
210
|
Sur la terre à grand
bruit aussitôt le renverse.
J'accours, & de son
dos sanglant & traversé,
Je retire le fer
dans ses chairs enfoncé.
Il mugit ; &, tandis
qu'en son sang il se noie,
Occupé d'emporter
une si belle proie,
|
215
|
Je
lui saisis les pieds, &, prompt à les lier,
Je forme de longs
nœuds & de jonc & d'osier,
Que moissonna ma
main vers la rive prochaine ;
Sur ma tête & mon
dos je le charge avec peine :
Je m'avance, &,
courbé sous ce pelant fardeau,
|
220
|
Sur
ma lance appuyé, je retourne au Vaisseau ;
J'arrive, & près du
bord déchargeant ma victime,
J'appelle mes
Guerriers, les flatte, les ranime.
Amis, malgré les
maux dont nous sommes atteints
Il est encor pour
nous quelques plus doux destins :
|
225
|
Nous ne descendrons
point dans la sombre demeure
Avant l'arrêt fatal
de notre dernière heure.
Ainsi, tant que le
Sort nous offre des secours,
Sachons contre la
faim défendre encor nos jours.
De ma voix
aussitôt reconnoissant l'empire,
|
230
|
Mes Amis empressés
s'élancent du Navire ;
Enchantés & surpris,
ils contemplent d'abord
Cet immense cadavre
étendu sur le bord ;
Et bientôt, sur
leurs mains versant des flots limpides,
Ils pressent le
repas dont ils étoient avides.
|
235
|
Le jour entier nous
vit, affranchis de tout soin,
Assouvir de la faim
l'impérieux besoin,
Et, mollement
couchés sur la paisible arène,
Par les dons de
Bacchus endormir notre peine.
La nuit vint sur nos
yeux répandre le sommeil.
|
240
|
Mais quand l'aube du
jour annonça le Soleil,
De mes Amis ainsi
j'éprouvai le courage :
Compagnons, que
le Sort poussa vers ce rivage,
Par le courroux du
Ciel long-temps persécutés,
J'ignore en quels
climats les Dieux nous ont jetés ;
|
245
|
Je ne sais plus où
sont les champs où la lumière (12)
De l'Aurore
naissante annonce la carrière,
Ni ceux où le Soleil
sur son char enflammé .
Achève de son cours
le cercle accoutumé ;
Je n'ai vu,
franchissant cette roche escarpée,
|
250
|
Qu'une terre,
par-tout des eaux enveloppée,
Une île dont le
sein, de bois épais couvert,
N'offroit à mes
regards qu'un tranquille désert,
Et vomissoit aux
cieux une noire fumée....
Dans ces
perplexités, si mon ame alarmée
|
255
|
Ne peut plus vous
donner ni conseils, ni secours,
Qu'à vos avis du
moins je puisse avoir recours.
A ces mots, la
douleur qui de leur cœur s'empare,
Rappelle à leurs
esprits le Cyclope barbare,
Le cruel Antiphate,
avec ses Lestrygons,
|
260
|
Dévorant sans pitié
nos plus chers Compagnons.
Leurs yeux étoient
noyés dans des larmes amères
Mais que servent les
pleurs pour finir nos misères !
En deux bandes
soudain je range mes Soldats ;
Une des deux
s'apprête à marcher sur mes pas ;
|
265
|
L'autre, au fier
Euryloque attache sa fortune.
Ainsi que nos
malheurs, notre ardeur est commune.
On consulte le Sort
; Euryloque est nommé :
Il part ; & sur les
pas de ce Chef renommé,
La moitié de ma
Troupe, à son devoir fidèle,
|
270
|
S'éloigne, le cœur
plein d'une douleur nouvelle,
Et nous laisse,
accusant le Sort injurieux,
Par des gémissemens
répondre à ses adieux.
Au milieu d'un
vallon, couvert d'un bois antique,
Ils trouvent de
Circé le séjour magnifique.
|
275
|
Des loups & des
lions, nourris dans les forêts,
Habitoient à
l'entour de ce vaste palais.
Par les enchantemens
de ses cruels breuvages,
La puissante Circé
dompta leurs cœurs sauvages,
De ces monstres
affreux sur la terre étendus,
|
280
|
L'aspect glaça
d'abord mes Amis éperdus :
Mais, comme on voit
des chiens, doux esclaves du maître
Que leur docile
ardeur apprit à reconnoître,
Accoutumés aux dons
que leur porte sa main,
L'entourer, le
flatter au sortir d'un festin ;
|
285
|
De ces monstres
ainsi vaincus par la Déesse,
La troupe au-devant
d'eux accourt, & les caresse.
Circé faisoit
alors, du fond de son séjour,
Résonner de ses
chants les échos d'alentour,
Occupée à former de
sa main immortelle
|
290
|
Les riches ornemens
d'une trame nouvelle,
Chef-d'œuvre dont la
grâce & la légèreté
Attestoient les
talens d'une Divinité ;
Quand Polite,
écoutant sa voix enchanteresse,
Polite, qui toujours
posseda ma tendresse,
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295
|
Adressa ce discours,
sur le seuil du parvis,
A tous ses
Compagnons étonnés & ravis :
Qui peut en ce
palais, par de telles merveilles,
Ou Mortelle, ou
Déesse, enchanter nos oreilles ?
Écoutez de ces lieux
résonner les échos
|
300
|
Des accens de sa
voix, & du bruit des fuseaux.
Appelons, il est
temps. Soudain ils obéirent,
Et de leurs cris
confus les voûtes retentirent.
La Déesse
aussitôt, avec tous ses attraits,
Vient ouvrir à leurs
yeux les portes du palais,
|
305
|
S'avance au-devant
d'eux, les invite à la suivre.
Mes Amis abusés,
qu'un sol amour enivre,
S'attachent à ses
pas sans crainte & sans soupçon.
Seul, d'un si doux
accueil craignant la trahison,
Euryloque s'arrête ;
& Circé triomphante
|
310
|
Conduit sous ses
lambris cette foule imprudente,
Sur des siéges
brillans les place, & de sa main
Leur présente
aussitôt un funeste festin ;
Du miel & du
froment, dont la douceur perfide
Cachoit les sucs
impurs d'un poison homicide,
|
315
|
Dans un vin de
Pramnée artistement mêlés,
Bannissent la raison
de leurs esprits troublés.
De la Déesse ainsi
la barbare industrie
Leur fait en un
moment oublier leur patrie.
Mais, quand les
plaisirs seuls sembloient les occuper,
|
320
|
De sa verge magique
elle vient les frapper,
Et, consommant
bientôt leurs destins déplorables,
En pourceaux
transformés, les pousse à ses étables.
De ces vils animaux
ils ont les traits hideux,
Mais leur ame
subsiste & vit encore en eux (13);
|
325
|
Ils pleurent, & leur
sein profondément soupire,
Cependant la Déesse,
avec un fier sourire,
Leur jette devant
eux de la corme & du gland,
De ces sales
troupeaux ordinaire aliment.
Euryloque
éperdu, dans sa douleur mortelle,
|
330
|
Nous en vint
aussitôt apporter la nouvelle ;
Mais il fait pour
parler des efforts impuissans,
Ses sanglots
douloureux étouffent ses accens ;
Un sombre
désespoir
accable son courage,
Et des torrens de
pleurs inondent son visage.
|
335
|
Son chagrin, sa
pâleur, son effroi nous confond ;
On l'interroge ;
enfin il soupire & répond :
Nous allions,
cher Ulysse, à votre voix dociles (14),
Parcourir de ces
bois les retraites tranquilles ;
Nous trouvons, au
milieu de ces vastes forêts,
|
340
|
Dans le creux d'un
vallon, un superbe palais ;
Une Femme, ou plutôt
une belle Déesse,
Y faisoit résonner
sa voix enchanteresse.
Nous appelons ; elle
ouvre, &, s'offrant à nos yeux,
Nous invite à la
suivre en ces aimables lieux.
|
345
|
Insensés
qu'ils étoient, ils y volent sans crainte :
Seul, je n'osai
franchir le seuil de cette enceinte ;
J'attendis, mais en
vain, & mes yeux éperdus
En ce vaste séjour
ne les ont plus revus.
Il dit ; dans la
douleur dont mon ame est frappée,
|
350
|
Je saisis aussitôt
mon arc & mon épée,
J'ordonnai qu'en ces
lieux il conduisît mes pas.
Il tombe à mes
genoux, les presse de ses bras,
Gémit, pleure, &
s'oppose à ma bouillante audace.
Ah ! Prince,
demeurez ; l'épouvante me glace,
|
355
|
Je ne vous suivrai
point ; vous allez tous périr.
Fuyez loin des
dangers où vous voulez courir ;
Et, de nos
Compagnons sauvant ce qui nous reste,
Hâtons-nous de
quitter cette rive funeste.
Il dit ; & par
ces mots j'exhalai mes transports :
|
360
|
Demeurez,
Euryloque, & restez sur ces bords,
Aux seuls soins de
la vie indignement fidèle,
Demeurez donc ; je
vole où mon devoir m'appelle.
A ces mots je le
quitte, &, loin de mon Vaisseau,
Je m'avance,
enflammé d'un courage nouveau,
|
365
|
Vers le vallon
sacré, qui, ceint d'un bois antique,
Entouroit de Circé
le palais magnifique :
J'approchois, quand
soudain le Messager des Dieux,
Précipitant ses pas,
vint s'offrir à mes yeux
Sous l'aspect d'un
Mortel au printemps de son âge ;
|
370
|
La fleur de la
jeunesse animoit son visage.
Il m'aborde,
m'arrête, &, me tendant la main :
Qui vous a fait
tenter ce pénible chemin ?
Infortuné, craignez
le sort qui vous menace ;
Ne pensez pas,
dit-il, dans votre vaine audace,
|
375
|
Délivrer vos amis en
pourceaux transformés,
Des prisons où Circé
les retient enfermés ;
Craignez d'y
succomber par un destin semblable.
Prenez donc en vos
mains ce charme favorable
Dont le pouvoir
suprême en ce fatal palais,
|
380
|
Des noirs
enchantemens détruira les effets.
De la Déesse en vain
le funeste artifice,
Rassemblant les
secours d'un impur maléfice,
D'un vase empoisonné
voudra vous abreuver ;
Ce charme plus
puissant saura vous conserver.
|
385
|
Mais daignez
m'écouter : Quand Circé satisfaite
Aura porté sur vous
sa magique baguette,
Il la faut attaquer,
&, votre glaive en main,
Oser la menacer de
lui percer le sein.
La crainte alors
domptant son cœur fier & farouche,
|
390
|
Elle vous pressera
de partager sa couche.
Acceptez ses
saveurs; mais, à ses vœux soumis,
Faites-en la rançon
de vos tristes amis.
Et de peur qu'en ses
bras la perfide Déesse,
Dans votre cœur
troublé ne porte la mollesse,
|
395
|
Cette mollesse
indigne & d'un homme & d'un Roi,
Par un serment
terrible assurez-vous sa foi.
Mercure, à ce
discours, s'inclinant vers la terre,
En arrache aussitôt
la plante salutaire ;
Noire dans sa
racine, elle enfante une fleur
|
400
|
Qui du lait le plus
pur égale la blancheur.
On ne peut
l'arracher du lieu qui la recèle ;
Mais tout cède au
pouvoir d'une main immortelle.
Mercure me remet ce
don mystérieux,
Ce Moly, (c'est le
nom que lui donnent les Dieux) (15)
|
405
|
Et parmi les forêts
se frayant une route,
Il s'élève, & revole
à la céleste voûte.
Inquiet, je
m'avance & vais, d'un pas pressé,
Vers le seuil
redouté du palais de Circé.
Je m'arrête,
l'appelle ; &, les portes qui s'ouvrent,
|
410
|
A mon impatience
aussitôt la découvrent.
Je la suis, accablé
d'un profond desespoir.
Sur un trône
brillant Circé me fait asseoir,
Et dans un vase
d'or, avec un soin barbare,
Mêle les doux
poisons que sa main me prépare.
|
415
|
A peine elle me
voit, avec sécurité,
Engloutir dans mon
sein le breuvage empesté,
Qu'elle lève sur moi
son sceptre redoutable,
Me frappe ; &,
prononçant l'arrêt épouvantable :
Va, malheureux,
dit-elle, à mes ordres soumis,
|
420
|
Va parmi mes
troupeaux rejoindre tes amis.
Aussitôt je
m'élance, & mon bras que je lève,
Fait
briller sur son sein la pointe de mon glaive.
La Déesse, à
grands cris, se dérobe à mes coups,
Et revient, toute en
pleurs, tomber à mes genoux.
|
425
|
Quels parens,
quel pays, quels peuples t'ont vu naître,
Trop étonnant Mortel
! parle, fais-toi connoître.
De mes enchantemens
redoutable vainqueur,
Qui peut ainsi
contre eux avoir armé ton cœur ?
Jamais, jusqu'à ce
jour, le plus ferme courage
|
430
|
N'avoit su résister
à ce puissant breuvage.
N'es-tu pas cet
Ulysse aux ruses exercé,
Que Mercure en ces
lieux m'avoit tant annoncé ;
Qui devoit,
triomphant de la Phrygie en cendre,
Avec un seul
Vaisseau, sur mes rives descendre ?
|
435
|
Viens donc, &
désarmé, par un tendre retour,
Viens sceller notre
paix dans les bras de l'Amour.
A ces mots, qu'en
tremblant m'adressa la Déesse :
Pouvez-vous
inviter mon cœur à la tendresse,
Quand vous tenez,
lui dis-je, au rang de vos troupeaux,
|
440 |
Mes amis transformés
en de vils animaux !
Ce doux
empressement, ce langage si tendre,
Est un piège fatal
que vous me voulez tendre.
Désarmé, dans vos
bras, dans le sein du plaisir,
Vous voulez me
corrompre & me perdre à loisir.
|
445 |
Vous ne me verrez
pas, o puissante Immortelle,
Me commettre à ce
lit où votre amour m'appelle,
Si d'un serment
sacré l'inviolable loi,
Contre tous vos
complots ne rassure ma foi.
Je parle, & le
serment que sa bouche prononce,
|
450 |
De son cœur
satisfait fut la seule réponse.
Je m'avance aussitôt
vers ce superbe lit,
Où Circé me devance,
où l'Amour la conduit,
Tandis qu'en son
palais les Nymphes les plus belles
Prévenoient tous ses
vœux, à leur devoir fidèles ;
|
455 |
L'une étale avec
soin sur des trônes dorés,
L'éclatante couleur
des tapis empourprés ;
L'autre, sur une
table, arrange des corbeilles
Où la richesse &
l'art ont uni leurs merveilles ;
Une troisième
épanche en une urne d'argent,
|
460 |
Les liquides rubis
d'un vin doux & brillant ;
L'autre a soin d'un
trépied que la flamme environne.
L'eau pure qu'elle y
verse, y frémit & bouillonne ;
Le bain est préparé
; j'y descends, & sa main
Puisant l'onde
fumante en ce vase d'airain,
|
465 |
La répand à grands
flots sur ma tête embaumée,
Y joint de l'olivier
la liqueur parfumée,
Et, réparant ainsi
mes esprits languissans,
A mon corps ranimé
donne de nouveaux sens.
Cependant,
revêtu d'une riche tunique,
|
470 |
Je m'avance où
m'attend un festin magnifique (16);
Je m'assieds ; mais,
en proie au plus cuisant chagrin,
Je porte à ce
banquet un morne & froid dédain.
D'un oeil sombre &
distrait que la douleur accable,
Je regarde ces mets
dont on chargeoit la table.
|
475 |
Circé s'en aperçoit,
&, d'un ton caressant :
Qui vous arrête,
Ulysse, & quel soin si pressant
Dévore encor votre
ame aux plaisirs insensible ?
Que craignez-vous de
moi ? Par un serment terrible
N'ai-je pas dissipé
vos injustes soupçons.
|
480 |
A ces mots, je
soupire ; enfin je lui réponds :
Quel Mortel généreux, o puissante Déesse,
Pourroit de ces
plaisirs goûter l'aimable ivresse,
Avant que ses amis,
à ses desirs rendus,
Permettent quelque
joie à ses sens éperdus ?
|
485 |
Voulez-vous à ces
mets me voir livrer sans peine ?
Délivrez mes
Guerriers que votre bras enchaîne ;
Et, réparant l'effet
d'un funeste pouvoir,
Accordez à mes yeux
la douceur de les voir (17).
Je parle ; & la
Déesse, à mes vœux favorable,
|
490 |
Marche, son sceptre
en main, aux portes de l'étable,
Les ouvre, & fait
soudain sortir, à pas pressés,
D'immondes animaux
en ces lieux engraissés,
Les amène, & sur eux
tour-à-tour elle applique
Le charme précieux
d'une autre herbe magique,
|
495 |
Qui, détruisant
l'effet de ses enchantemens,
Délivre mes amis de
leurs déguisement,
Fait tomber à leurs
pieds leur dépouille grossière,
Les relève & les
rend à leur forme première,
Mais plus grands,
mais plus beaux qu'ils ne furent jamais
|
500 |
Avant que la Déesse
eût déformé leurs traits (18).
Leurs regards
dessillés déjà me reconnoissent ;
Enchantés de me
voir, ils courent, ils s'empressent,
Me serrent dans
leurs bras, &, poussant de grands cris,
Sont du palais au
loin résonner les lambris.
|
505 |
Ce spectacle
touchant attendrit Circé même.
O Vous, digne
Héros que j'admire & que j'aime,
Retournez, me
dit-elle, au Vaisseau fortuné
Qui vous a, sans
péril, sur ces bords amené ;
Allez du sein des
flots le traîner sur la plage ;
|
510 |
Déposez vos trésors
dans le creux du rivage ;
Amenez vos
Guerriers, & comptez sur ma foi.
J'obéis, je
m'avance, & vois voler vers moi
Mes amis, qui
soudain s'élancent sur la rive,
Et remplirent les
airs de leur clameur plaintive.
|
515 |
Ainsi, quand les
troupeaux rassemblés par la nuit,
Retournent à pas
lents au champêtre réduit.
Les génisses au loin
dans l'étable mugissent,
En franchissent la
porte, & dans les champs bondissent,
Et vont chercher le
sein qui leur donna le jour (19)
|
520 |
Tels mes Amis en
pleurs, touchés de mon retour :
Que vous portez
de joie à notre âme éperdue !
Ithaque, disoient-ils,
à nos desirs rendue,
Flatteroit moins nos
cœurs, charmeroit moins nos yeux.
Quel sort nous a
ravi nos amis malheureux !
|
525 |
Ils gémissent
encor, mais ma voix les console :
Bannissez, leur
disois-je, une crainte frivole,
Vos amis ont vaincu
le Destin courroucé :
Venez, venez les
voir au palais de Circé,
Accablés des
bienfaits de ses mains immortelles,
|
530 |
Passer tous leurs
momens dans des fêtes nouvelles.
Déchargez mon
Vaisseau, traînez-le sur ce bord,
Et cachez les agrès
dans les rochers du port.
Hâtez-vous,
suivez-moi. » Mes Guerriers obéissent,
Et de mille clameurs
les rives retentissent.
|
535 |
Cependant
Euryloque accourant sur leurs pas,
Les retient, &
s'écrie, en leur tendant les bras :
Où courez-vous,
ami ? votre perte est certaine.
Au palais de Circé
quel destin vous entraîne
Voulez-vous,
transformés en de vils animaux,
|
540 |
Par ce dernier
malheur couronner tous vos maux,
Ce sont-là les
bienfaits que Circé vous prépare,
Avez-vous oublié le
Cyclope barbare,
Dévorant vos amis en
cet antre sanglant
Où les avoit
conduits ce Héros imprudent
|
545 |
Sa téméraire ardeur
leur a coûté la vie.
A ces mots,
oubliant, dans ma juste furie,
Qu'il étoit mon ami,
qu'il étoit de mon sang,
Je cours, le glaive
en main, pour lui percer le flanc.
La voix de mes
Guerriers sollicitant sa grâce,
|
550 |
De mon bras furieux
désarma la menace.
Cher Prince,
disoient-ils, ne pouvons-nous donc pas
Sans lui, sans son
secours, accompagner vos pas
Allons, & le
laissant dans le fond du Navire,
Au palais de Circé
daignez seul nous conduire.
|
555 |
Je m'éloigne, on
me suit ; mais, tout tremblant d'effroi,
Euryloque confus,
accourant près de moi,
Vint se joindre
lui-même à ma troupe fidèle.
Nous marchons ; &
déjà la puissante Immortelle
Avoit sur mes amis
en son palais laissés,
|
560 |
Signalé la saveur de
ses soins empressés,
Leur avoit prodigué
les douceurs bienfaisantes
Des bains qu'ont
apprêtés ses Nymphes caressantes.
Assis & revêtus de
pompeux vêtemens,
Un festin somptueux
occupoit tous leurs sens.
|
565 |
Nous entrons. De
quels cris les voûtes retentirent !
Combien, en
s'embrassant, mes Compagnons gémirent !
Cessez, dit la
Déesse ; on fait les maux amers
Qui vous ont
poursuivis sur la plaine des mers ;
Par combien de
tourmens plus d'un peuple sauvage
|
570 |
A sur la terre encor
lassé votre courage.
Mais il est temps
enfin de rendre à vos esprits
Ces aimables
transports dont ils étoient épris,
Lorsqu'ignorant la
peine & respirant la joie,
Vous voliez, pleins
d'ardeur, vers les rives de Troie.
|
575 |
Oubliez vos malheurs
; trop long-temps affligés,
Perdez un souvenir
qui les a prolongés (20).
Elle dit ; de sa
voix les invincibles charmes,
Ranimèrent nos sens
& tarirent nos larmes ;
Nos esprits, enivrés
d'une tranquille paix,
|
580 |
Comblés de ses
faveurs, au fond de son palais,
A d'éternels festins
consacroient les journées.
Mais, un an écoulé,
lorsque les Destinées
Des rapides saisons
eurent fini le cours,
J'entendis mes
Guerriers m'adresser ce discours :
|
585 |
Monarque
infortuné, songez à la patrie,
A cette heureuse
terre autrefois si chérie,
A ces bords désirés,
dont l'ordre des Destins,
Peut-être, va
bientôt vous ouvrir les chemins (21).
A ce sage
conseil, qui m'éveille & m'enflamme,
|
590 |
Je vais trouver
Circé, lui découvrir mon ame ;
Je choisis le moment
où, commençant son tour,
La Nuit d'un léger
voile ombrageoit ce séjour,
Et, sur son char
obscur, ramenoit le Silence.
Au lit de la Déesse
en secret je m'avance.
|
595 |
O déesse, lui
dis-je, à ses pieds prosterné,
Répondez à l'espoir
que vous m'avez donné ;
Daignez me renvoyer
au sein de ma patrie :
Ce n'est pas pour
moi seul que ma voix vous supplie,
Mais pour mes
Compagnons, dont la vive douleur,
|
600 |
Chaque jour, en
secret, vient me percer le cœur.
Fils de Laërte,
allez, répondit la Déesse,
Partez ; je ne veux
point à l'ardeur qui vous presse,
Opposer les desirs
d'un cœur tendre & confiant ;
Mais un autre voyage
aujourd'hui vous attend.
|
605 |
Pour connoître le
sort que le Ciel vous prépare,
Il vous faut visiter
l'empire du Ténare,
Cet empire, où
Pluton soumet tout à ses loix,
De l'aveugle Devin y
consulter la voix,
De ce Tirésias, qui,
seul, en ces lieux sombres,
|
610 |
N'a point subi le
joug que subissent les Ombres,
Proserpine, pour
lui, changeant l'arrêt du Sort,
Lui laissa tous les
dons qu'il eut avant sa mort ;
Son esprit vit
toujours, tandis qu'en ces royaumes
Les ames ne sont
plus que de légers phantômes (22).
|
615 |
De
douleur, à ces mots, mon cœur fut déchiré ;
Je tombai sur son
lit, je gémis, soupirai,
Je détestai la vie,
&, fuyant la lumière,
Je maudis de mes
jours la pénible carrière.
Mais d'un torrent de
pleurs enfin rassasié :
|
620 |
O Circé, de mon
sort prenez quelque pitié,
Lui dis-je ; vers
ces lieux que tout mortel redoute ;
Qui pourra me
conduire, ou me tracer ma route
Quel Nocher sur ces
bords est jamais descendu ?
Délivrez de ce
soin votre esprit éperdu,
|
625 |
Me répondit Circé ;
votre Vaisseau rapide,
Pour voguer vers ces
bords, n'a pas besoin de guide.
Déployez votre voile
au souffle heureux des vents
Que les antres du
Nord enferment dans leurs flancs ;
De Borée aussitôt la
mugissante haleine
|
630 |
Va guider le
Vaisseau sur la liquide plaine,
Et, vous faisant
franchir l'Océan orageux (23)
Vous porter vers des
bois & des marais fangeux,
Où de hauts
peupliers & des saules stériles
Annoncent des Enfers
les rives infertiles.
|
635 |
Vous verrez le
séjour habité par Pluton,
Et l'onde du Cocyte
unie au Phlégéton,
Et le roc où leurs
flots, que le Destin rassemble,
Dans l'Achéron
bruyant se confondent ensemble.
Hâtez-vous, descendu
sur ces lugubres bords,
|
640 |
D'apprêter une
offrande au peuple entier des Morts ;
Épanchez dans le
creux d'une fosse profonde,
La liqueur de
Bacchus, jointe au crystal de l'onde,
Et du miel & du
lait, & les dons de Cérés.
Par des vœux
supplians terminez apprêts ;
|
645 |
Jurez aux Dieux des
Morts qu'une belle génisse
Leur sera dans
Ithaque offerte en sacrifice.
Quand vous aurez
ainsi lait entendre vos vœux
Aux pâles habitans
du séjour ténébreux,
Tournez-vous vers l'Erèbe, & versez à sa gloire
|
650 |
Le sang pur d'un
bélier & d'une brebis noire,
Et que vos
Compagnons, invoquant les Enfers,
Dans un feu
pétillant en consument les chairs.
Des sombres
lieux alors, vers l'éclat de ces flammes,
Vous verrez accourir
tout le peuple des ames,
|
655 |
Avides de ce sang en
leur nom répandu.
Mais, armé de ce
glaive à vos flancs suspendu,
Au seul Tirésias
gardez-en les prémices.
Il viendra, ce
Devin, sous de meilleurs auspices,
Vous désigner la
route où vous pourrez un jour
|
660 |
Voler vers la patrie
objet de votre amour.
L'aurore
cependant, commençant sa carrière,
Vint sur un trône
d'or rapporter la lumière.
Circé daigna
m'offrir de pompeux vêtemens ;
Elle-même reprit ses
riches ornemens,
|
665 |
Mit le voile
éclatant qui lui sert de parure,
Et sur son sein
d'albâtre attacha sa ceinture.
Revêtu des
habits qu'elle m'a présentés,
Je vole à mes
Guerriers, à pas précipités.
Quittez du doux
sommeil la perfide mollesse,
|
670 |
Circé ne combat plus
le desir qui nous presse,
Partons. A ces
accens qui flattent leurs esprits,
Du plus ardent
transport je les vois tous épris,
Me devancer moi-même
& voler au rivage.
Un seul de mes
Guerriers, dans la fleur du jeune âge,
|
675 |
L'indolent Elpénor
ne suivit point mes pas (24);
Sans prudence aux
conseils, sans courage aux combats,
Des seules voluptés
partisan trop, fidèle,
Il en subit enfin
une peine cruelle.
Ce jeune efféminé
sur le toit du palais (25)
|
680 |
Respiroit de la nuit
les pavots & le frais,
Quand soudain
s'éveillant au bruit qu'il vient d'entendre,
Il vole, sans songer
quel chemin il doit prendre,
Tombe à terre, se
brise, & descend aux Enfers.
Mes amis s'avançoient
vers la rive des mers,
|
685 |
Lorsqu'arrêtant
leurs pas : Vous vous flattez, sans doute,
Que d'Ithaque
aujourd'hui nous reprenons la route,
Leur dis-je ? mais
Circé veut qu'en ce même jour
J'aille du noir
Pluton visiter le séjour ;
Il me faut,
pénétrant dans sa demeure sombre,
|
690 |
Du Prophète Thébain
aller consulter l'ombre.
De douleur, à
ces mots, mes Compagnons saisis,
Se déchirant le
sein, &, sur la terre assis,
Demeurent quelque
temps en proie à leurs alarmes.
Mais au sein des
ennuis de quoi servent les larmes ?
|
695 |
Nous allons, en
pleurant, joindre notre Vaisseau,
Où la main de Circé,
par un bienfait nouveau,
A voit, à notre
insu, conduit les deux victimes
Que je devois offrir
aux Dieux des noirs abymes.
La Déesse, sans
peine, avoit trompé nos yeux.
|
700 |
Quel mortel, en
effet, peut voir les pas des Dieux,
Quand, marchant
entourés d'une profonde nue,
Ils veulent échapper
à notre foible vue ?
|
Notes, explications et commentaires
(1) Madame Dacier ne doute point que cette île ne
soit l'île de Lipara, quoique Strabon ait pensé que
c'étoit celle de Strongyle. J'ai tâché de faire
voir, dans une dissertation particulière, que cette
assertion a moins de probabilité que cette Savante
ne l'imaginoit. Quant à cet attribut particulier
qu'Homère lui donne, en l'appelant île flottante, il
n'étoit point particulier à cette île. Délos fut
long-temps flottante, suivant Pindare. Homère, au
Livre suivant, parle des rochers errans. Il y a
grande apparence que ces opinions ne s'étoient
établies que sur les rapports des Navigateurs
ignorans, qui, en passant devant ces îles, leur
avoient attribué le mouvement qui les entraînoit
eux-mêmes, comme un enfant dans un bateau croit voir
marcher le rivage. Quant aux murailles d'airain dont
Éole entoura cette île, Madame Dacier prétend que
cette opinion est venue des feux souterrains qu'on
voyoit de temps en temps s'élancer du sein de cette
île. Pope a imaginé que c'étoit plutôt la réflexion
de ces feux sur la mer, qui y avoit donné lieu. Mais
si cette île d'Éole n'étoit ni Lipara, ni Strongyle,
si elle ne vomissoit point de feux, que
deviendroient ces conjectures ?
(2) On a été fort en peine de savoir ce que c'étoit
que ces douze enfans d'Éole. Eustathe, avec quelque
vraisemblance, a imaginé qu'ils représentoient les
douze mois de l'année. Mme Dacier a mieux aimé
croire que c'étoient les douze vents principaux.
Mais si, comme nous l'avons dit ailleurs, les
Anciens n'avoient point distingué douze aires de
vent, que deviendra : encore l'explication de cette
allégorie !
(3)
κνισῆεν δέ τε δῶμα περιστεναχίζεται αὐλῆι
(vers 10).
Au lieu d’
αὐλῆι,
je lis
αὐλῆω,
domus tibiâ personat ; autrement l'expression
grecque ne répondroit nullement à la peinture que
fait le Poëte, des plaisirs qui régnent dans le
palais d'Éole. Madame Dacier dit : On y entend un
bruit harmonieux. Mais I'expression grecque ne
sauroit avoir cette signification, & peut-être, en
l'examinant de près, n'en a-t-elle aucune ; à moins
qu'on n'y fasse le changement que je propose.
(4) Voilà certainement une des fixions les plus
hardies d'Homère ; tranchons le mot, elle est
extravagante & puérile, comme Longin l'a pensé, si
elle a pris naissance dans le cerveau d'Homère. Mais Eustathe nous apprend que certains Magiciens
faisoient usage de peaux de dauphins dans les
enchantemens, & prétendoient avoir la puissance
d'enchaîner les vents. On sait jusqu'où l'imposture
& la crédulité ont été poussées en tout temps fut le
fait de la magie ; n'est-il donc pas possible
qu'Homère n'ait employé ici qu'une tradition reçue
parmi certains Peuples, chez lesquels cette sorte
d'enchantement étoit pratiquée ; & que le seul
changement qu'il y ait fait, ait été d'avoir donné
une opinion pour une réalité Philostrate racontoit
que les Indiens avoient des tonneaux dans lesquels
ils renfermoient les pluies & les vents, & que, par
ce moyen, ils faisoient pleuvoir par un temps
serein, & savoient sécher la terre, tandis que le
ciel fondoit en eau. V- Bibliot. Phot,
L'antiquité fourniroit ainsi beaucoup de preuves de
ce que nous avons avancé plusieurs sois, que la
plupart des traditions bizarres rapportées par
Homère, sont des opinions étrangères qu'il a eu le
talent de rassembler dans son Ouvrage, pour y
répandre ce merveilleux qui amuse & enchante notre
imagination.
(5) Voyez sur les signaux usités chez les Anciens,
un Mémoire de M. l'abbé Sallier, Mém. de Littér
tome XXII.
(6) La morale, dans Homère, fuit de près la
fiction, & sert toujours à la rendre intéressante,
quelque extraordinaire qu'elle paroisse d'abord.
(7) On a pu voir, dans le
Discours sur la
Philosophie d'Homère, que ce Poëte étoit quelquefois
plus Philosophe que ceux qui avoient fait profession
de l'être. L'exemple qu'il nous donne ici dans la
personne d'Ulysse, est une leçon de grandeur d'ame,
à laquelle la Philosophie la plus sublime n'a pas
osé aspirer. Platon & les Stoïciens ont prétendu
qu'il y avoit des maux si violens, soit dans le
moral, soit dans le physique ? qu'ils pouvoient être
regardés comme un congé donné par la Providence, &
une permission de s'affranchir des liens de la vie
Euripide, disciple d'Anaxagore, ne craignit point de
débiter ces maximes en plein théâtre. Voyez la
Trag. d'Hécube, vers 1114. Ce n'étoit point là
la philosophie d'Homère : Ulysse, au desespoir,
balance s'il se donnera sa mort ; mais son courage
le détermine, & il choisit de vivre & de souffrir.
ἔτλην καὶ ἔμεινα (vers
53).
(8) Belle excuse pour un Prince, qui, suivant les
préceptes antiques, devoit veiller continuellement.
(9) Strabon & Pline ont pensé que cette ville étoit
celle de Formioe ou Hormiœ, sur les
côtes d'Italie. Les Scholiastes d'Aristophane & de
Lycophron, prétendent que c'est Leontium sur
celles de Sicile. Thucydide, dont l'autorité vaut
bien celles que je viens de citer, n'affirme rien
sur cette question, & dit simplement que les
Lestrygons & les Cyclopes passoient pour avoir été
les premiers habitans de l'île, mais qu'il ignore
d'où ils venoient, & où ils se sont retirés. Au
reste, qu'on place les Lestrygons, soit en Italie,
soit en Sicile, comment les particularités qu'Homère
rapporte de leur pays pourroient-elles convenir à
cette position ? Voyez la Dissertation à la fin
de l'Ouvrage.
(10) Je dois avertir ceux qui pourraient comparer la
traduction avec l'original, que j'ai lu σωαιονδας,
comme le Scholiaste, au lieu de
πείροντες
&
πέροντο
(vers124)
comme Eustathe, au lieu de
φέροντο.
Madame Dacier n'a point admis la leçon que j'ai
suivie, & traduit ainsi : Les Lestrygons enfilant
ces malheureux comme des poissons, les emportent
pour en faire bonne chère.
(11) Le grec dit, l'île d'Aea. Il y avoir dans la
Colchide une ville qui portoit ce nom, & il étoit
naturel d'imaginer que c'étoit de celle-là qu'Homère
avoit voulu parler, d'autant que Circé étoit fille
d'AEete, roi de Colchide ; mais comme on a voulu
transporter la scène en Italie, on a imaginé que
cette ville devoit être Circei, dans le voisinage de
Formies ; &, cette supposition faite, on a prétendu
que c'étoit Homère qui s'étoit trompé, & qui avoit
confondu cette ville avec celle du Pont-Euxin.
Voyez la Dissertation sur les Voyages d'Ulysse, qui
est à la fin de ce volume.
(12) Ulysse, dit-on, ayant déjà resté deux jours
dans cette île, y avoit vu le Soleil se lever & se
coucher deux fois. Comment pouvoit-il donc tenir un
pareil langage à ses Compagnons ! Mais Homère, par
ce seul mot, a voulu faire entendre qu'Ulysse avoit
été porté dans un climat sort éloigné, où il ne
reconnoissoit plus la position des astres qui lui
indiquoient auparavant les differences points du
ciel. C'étoit le sentiment de Strabon & de Cratès ;
cela n'a pas empêché que les Commentateurs n'aient
placé l'île de Circé sur la côte du Latium, à
soixante ou quatre-vingts milles de Formies, sans
s'embarrasser si, dans cette supposition, le langage
d'Ulysse étoit admissible ou non, & si un homme
renommé par son expérience, & qui avoit autant
voyagé que lui, pouvoit, comme on dit, perdre la
tramontane, dans une distance aussi peu
considérable. V. la Dissertation sur les Voyages
d'Ulysse.
(13) Homère prétendoit donc que la conscience étoit
indestructible, & qu'elle subsitoit dans l'homme
coupable pour le punir de ses vices, & le rappeler à
la venu.
(14) Longin admire en cet endroit, combien la
suppression des liaisons donne de rapidité au
discours. Boileau a rendu ainsi ce passage :
Nous avons, par ton ordre, à pas précipités,
Parcouru de ces bois les sentiers écartés :
Nous avons, dans le fond d'une sombre vallée.
Découvert de Circé la maison reculée,
(15) Eustathe observe, avec assez de raison,
qu'Homère, ne désignant cette plante que par le nom
que les Dieux lui donnent, faisoit entendre qu'elle
étoit inconnue aux hommes, & que, par conséquent, c'étoit
une allégorique, dont nous ne pouvons pas nous
flatter de pénétrer parfaitement le sens. Cela n'a
pas empêché Théophraste, Pline, & d'autres
Naturalistes, de la regarder comme une plante
réellement existante, & dont ils ont donné une
description plus étendue que celle d'Homère. Il est
vrai que, suivant l'observation de Pline, au
commencement de son XXV Livre, les Anciens avoient
si sort étudié la nature des plantes, soit en Égypte,
soit en Grèce, soit en Italie, & particulièrement
dans la Toscane, qu'ils y avoient découvert des
propriétés avec lesquelles ils étonnoient le
vulgaire, & produisoient des effets qui sembloient
tenir du prodige. Nihil intentatum inexpertumque
illis suit. La connoissance des plantes étoit
pour eux ce qu'est la connoissance des propriétés de
l'aiman, entre les mains habiles qui en savent tirer
parti. Ils eussent passe pour des Magiciens dans les
temps où on croyoit à la magie ; comme ces anciens
Magiciens n'eussent été dans ce temps-ci que des
Naturalistes plus ou moins instruits.
(16) Madame Dacier a eu raison de retrancher ici
quelques vers parasites que l'on trouve souvent mal
placés dans Homère, & que l'inattention des Copistes
ou des Rapsodes a mal-à-propos introduits dans cet
endroit, & dans plusieurs autres, où ils ne sont pas
un meilleur effet. Nous en avons déjà sait
l'observation, & nous avons usé de la même licence.
(17) L'amitié a-t-elle jamais tenu un langage plus
touchant & plus naturel ! Dans le sein des voluptés
même, elle ne peut goûter ni repos, ni plaisir.
Toujours remplie de l'objet qui l'attache, il n'est
point pour elle de bonheur, si elle ne le partage
pas avec l'objet dont elle est uniquement occupée.
(18) Des hommes ordinaires tombent dans une faute,
s'en, corrigent, & deviennent, par cet heureux
succès, des hommes au-dessus du commun. Cette idée a
quelque chose d'énergique & de consolant, qui la
rend d'une utilité plus générale que ces incroyables
modèles d'une vertu parfaite, à laquelle on
désespère d'atteindre.
(19) Je suis convaincu, dit Pope, qu'une pareille
comparaison dans un Poëte moderne ne manqueroit pas
d'être tournée en ridicule. Il faut convenir
cependant que les images tirées de la vie champêtre
ont toujours quelque chose d'intéressant. Pour juger
du mérite d'une comparaison, il ne s'agit point de
savoir si le sujet dont elle est tirée, est grand ou
petit, noble ou familier, mais si l'image est nette,
vive, & rendue avec art en termes poétiques, qui
puissent servir à donner de la couleur & de la
noblesse à l'image représentée. Cette règle, établie
sur la raison, justifie pleinement Homère des
peintures qu'il a puisées souvent dans la vie
champêtre. Ses termes sont toujours nobles, ou,
comme l'observe Denys d'Halicarnasse, la manière
dont il les emploie contribue à les rendre nobles &
harmonieux. C'est ainsi que Virgile sut avec
élégance comparer la Reine Amate à un jouet
d'enfant, qui tourne sous la main qui le fouette.
(20) Les dernières paroles de Circé renferment
autant de vraie philosophie que celles-ci de Sénèque
:
Detrahendas prxterhorum dulorum conquejtiones puto...
Quid juvat prœteritos delores retrattare, & miserum
esse, quia sueris, Ep. 78.
Les hommes abusent si louvent de leur raison pour se
forger des peines, qu'ils devroient bien apprendre
de leur raison même l'art de les éloigner.
(21) Ces hommes, qui tout-à-l'heure n'étoient plus
que de vils animaux engraissés dans les étables,
deviennent, par leur métamorphose, des hommes dignes
de donner des conseils à Ulysse. C'est ainsi que
l'amitié s'acquitte envers l'amitié.
(22) Il ne faut pas se flatter de pouvoir expliquer
les opinions des Anciens, sur la composition & la
décomposition de l'âme. Quand nous dirions, comme
Plutarque, que l'aine a deux parties, l'une qui est
l'image, l'ombre du corps, l'autre qui est
l'entendement, on ne concevra pas encore comment
Homère donne ici à Tirésias une faculté qu'il semble
que les autres ames possédoient comme lui puisque,
dans l'évocation des mânes, Ulysse interroge
plusieurs ombres, & en reçoit des réponses qui
marquent assez qu'elles avoient conservé leurs
passions & leur intelligence.
(23) Si Homère avoit placé l'entrée des Enfers entre
Bayes & Cumes, comme quelques Anciens l'avoient
imaginé, suivant le témoignage de Strabon, il faut
convenir que tout cet appareil seroit bien ridicule.
Ce grand trajet, dont parle Circé, se réduiroit à
traverser le golfe qui s'étend depuis Circé jusqu'à
Pouzole, dans un espace d'environ vingt-cinq ou
trente lieues ; &, ce qu'il y a de plus singulier,
est que ce voyage, représenté comme si long & si
effrayant, seroit cependant à peu-près le même
qu'Ulysse avoit déjà fait, dans la direction
contraire, en venant des îles d'Éole ; excepté qu'il
étoit entré dans le golfe, & l'avoit côtoyé pour
aller à Formie, & de Formie à Circei. Pour vouloir
ainsi expliquer Homère, on le rend tout-à-fait
absurde.
(24) Homère termine sa description des aventures
d'Ulysse au palais de Circé, par un trait de morale
qui complette les autres, & sert à les rendre encore
plus sensibles.
(25) On sait que les maisons des Anciens étoient
comme sont encore les maisons en Italie. Leur toit
formoit une terrasse, où l'on montoit par un
escalier de l'intérieur. Cette terrasse servoit à
prendre l'air, & on y couchoit même quelquefois.
Voyez sur ces terrasses, ce que dit M. Fleury, dans
ses Mœurs des Israëlites.
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