Livre XII
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 CHARYBDE.-SCYLIA.

 

orsque notre navire a quitté les courants du fleuve Océan, il rentre dans les flots de la vaste mer et touche à l'île d'Ea, où sont le palais et les chœurs de la divine Aurore et le lever de l'éblouissant Soleil. Mes compagnons tirent alors le vaisseau sur le sable, puis ils s'endorment près des bords de la mer, en attendant l'aube du jour.

 
Charybde

A son sommet s'élève un figuier chargé de feuilles ; au-dessous de ce figuier est la formidable Charybde, qui engloutit sans cesse l'onde noire : trois fois par et trois fois encore elle l'avale en poussant des mugissements effroyables.

 
Scylla

Alors, portant mes regards sur mon navire, je n'aperçois plus ces compagnons fidèles, mais je vois leurs pieds et leurs mains s'agitant dans les airs. Ces guerriers m'implorent tour à tour et m'appellent pour la dernière fois ! — Lorsque, sur un roc élevé, le pêcheur, armé d'un long roseau, prépare un appât trompeur aux faibles habitants des ondes, il lance dans la mer la corne d'un bœuf sauvage, et bientôt il enlève un poisson palpitant qu'il jette ensuite sur le sable : ainsi mes chers compagnons sont enlevés tout palpitants et précipités ensuite contre le rocher !

 
Euryloque donne un conseil funeste

 « Écoutez-moi, vous qui avez souffert tant de maux ! Le trépas, sous quelque forme qu'il se présente, est affreux aux malheureux mortels ; mais mourir de faim est encore tout ce qu'il y a de plus horrible ! Venez donc choisir les plus beaux animaux consacrés au  et sacrifions les aux immortels qui

 

habitent les vastes régions célestes. Si nous revoyons Ithaque, notre chère patrie, nous élèverons au dieu du jour un temple superbe que nous enrichirons d'offrandes précieuses et magnifiques. Mais si le fils d'Hypérion, irrité de la perte de ses génisses aux cornes élevées, veut briser notre navire, et si les autres dieux s'unissent à sa vengeance, j'aime encore mieux, en une seule fois, perdre la vie au milieu des flots que de périr lentement dans cette île déserte ! »  

 
Ulysse échappe à Charibde

Je m'élance alors sur un haut figuier, et j'y reste fortement attaché. Je ne pouvais ni me reposer sur mes pieds, ni m'élever plus haut, car les racines de cet arbre étaient éloignées, et les longues branches qui ombrageaient l'abîme étaient à une très-grande hauteur.