Livre IX
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 RECITS  CHEZ  ALCINOUS.

 

 e prudent Ulysse répond à Alcinoüs en ces termes : 

    « Certes il est doux d'entendre un tel chanteur, qui, par ses accents, est égal aux immortels. Non, rien n'est plus beau que la joie qui règne parmi tout un peuple. Il est agréable aussi de voir des convives, assis en ordre devant des tables chargées de pain et de viandes, écouter un chanteur, tandis que l'échanson puise le vin dans le cratère et le verse dans les coupes.

 
La tempête

Alors Jupiter, le dieu qui commande aux nuages, nous envoie le Borée accompagné d'une affreuse tempête, et il cache sous d'épaisses nuées la terre et les ondes : 

tout à coup une nuit affreuse tombe du ciel. Nos vaisseaux sont emportés à travers les mers, et les voiles sont déchirées en lambeaux par la violence des vents.

 
L'aveuglement de Polyphème

Ainsi, lorsqu'un artisan perce avec une tarière la poutre d'un navire, et qu'au-dessous de lui d'autres ouvriers, tirant une courroie des deux côtés, font continuellement mouvoir l'instrument : de même nous faisons tourner le pieu dans l'œil du Cyclope.

   Tout autour de la pointe enflammée le sang ruisselle ; une ardente vapeur dévore les sourcils et les paupières du géant ; sa prunelle est consumée, et les racines de l'œil pétillent, brûlées par les flammes.

 

 Polyphème aveugle sort ses moutons et parle à son bélier

    Cher bélier, puisque tu partages mes peines, que n'es-tu doué de la parole pour me dire où cet homme se dérobe à ma fureur ! Je briserais alors son crâne contre le sol ; sa cervelle se répandrait de toutes parts dans ma caverne, et mon cœur serait soulagé de tous les maux que m'a causés Personne, cet homme sans valeur ! »

    En achevant ces paroles il laisse sortir l'animal. Quand nous sommes à quelque distance de la grotte je quitte le premier la laine du bélier et je délie ensuite mes compagnons.

 
Polyphème jette des rochers sur le vaisseau d'Ulysse

    Le Cyclope saisissant de nouveau une roche plus lourde encore que la première, la balance dans les airs et la jette avec force loin de lui :

cette masse tombe derrière mon navire à la proue azurée et longe l'extrémité du gouvernail. La mer est bouleversée par la chute de cette roche énorme ; les vagues émues poussent le navire en avant et le portent vers la rive.