Vingt-quatrieme Rhapsodie

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Hermès conduit les âmes des prétendants aux sombres sentiers

 Le dieu cyllénien, Mercure, aux rives sombres

 De tous les prétendants réunissant les ombres,

 Tient la baguette d'or qu'on voit entre ses mains

 Tour à tour endormir, réveiller les humains.

 Frappant de cris plaintifs les plages taciturnes,

 Elles suivent ses pas : tels des oiseaux nocturnes,

 Se tenant l'un à l'autre au sommet d'un rocher,

 Quand l'un d'eux tout à coup vient à s'en détacher,

 Volent en frémissant dans une grotte obscure.

 Parmi ce bruit confus, le bienveillant Mercure

 A travers les détours des sentiers ténébreux

 De ces chefs expirés mène l'essaim nombreux.

 Tous franchissent, conduits par leur céleste guide,

 Le rocher de Leucade et l'Océan rapide,

 Les portes du Soleil, et le séjour profond

 Où des Songes errait le peuple vagabond ;

 Dans le pré d'Asphodèle ils trouvent les fantômes,

 Éternels habitants de ces pâles royaumes.

 
Ulysse dans le domaine de Laërte

 Laërte en ce jardin qu'enrichit la culture,

 Tout seul creusait la terre autour d'un jeune plant ;

 Ulysse devant lui reste en le contemplant.

 D'un manteau déchiré les flottantes ruines

 Enveloppaient son corps, et contre les épines

 Des bottines de cuir, des gants épais toujours,

 A ses pieds, à ses mains fournissaient leurs secours.

 Un casque aux poils de chèvre, en ombrageant sa tête,

 Ajoutait à son deuil. Ulysse alors s'arrête

 A l'aspect d'un mortel qui, de vieillesse usé,

 Nourrit un grand chagrin dans son cœur épuisé !

 Là sous un haut poirier, l'œil en pleur, il hésite :

 Courra-t-il vers son père, et l'embrassant bien vite,

 Lui doit-il en détail raconter son retour ?

 Doit-il l'interroger par un adroit détour ?

 
Pallas Athéné ordonne la Paix

Ulysse et Télémaque, unissant leur vaillance,

 Courent aux premiers rangs ; du glaive et de la lance

 Ils frappent  et,  vaincus par leurs  bras meurtriers,

 Tous expiraient, aucun n'eût revu ses foyers,

 Si la fille du dieu qui balance l'égide

 N'eût calmé par sa voix cette ardeur homicide :

 « 0 citoyens d'Ithaque ! Apaisez ce courroux.

 « Trêve à ce long carnage ! Allez ! Séparez-vous.

 « Ils pâlissent de crainte, et soudain leurs épées,

 Aux accents de Pallas, de leurs mains échappées,

 Tombent. Impatients de conserver leurs jours,

 Ils ont fui vers les murs ; mais Ulysse toujours,

 Poussant des cris affreux, comme un aigle rapide

 S'élance et les poursuit d'une course intrépide.

 Le monarque des cieux jusqu'aux pieds de Pallas

 De sa brûlante foudre a jeté les éclats ;

 Alors, vers le héros Pallas tournant sa tête :

 « 0 fils du vieux Laërte : 0 brave Ulysse ! arrête ! »