Les
yeux lassés de pleurs, jusqu'au lieu du repas
Vers
les fiers prétendants elle tourne ses pas,
Balançant
dans ses mains l'arme aux cordes flexibles
Et
le carquois rempli de flèches invincibles.
Les
servantes portaient dans un coffre pesant
Cet
airain et ce fer, magnifique présent,
Qu'aux
vainqueurs de ces jeux gardait leur noble maître;
Sur
le seuil de la salle, hésitant à paraître,
Pénélope
s'arrête ; un voile radieux
Dérobe
son visage à ces chefs odieux.
Debout
à ses côtés, deux femmes attentives
L'accompagnent.
Alors, s'adressant aux convives :
«
0 princes orgueilleux ! écoutez-moi, vous tous,
«
Qui d'un héros, long-temps retenu loin de nous,
«
En festins éternels dévorez la fortune !
«
Le seul prétexte, hélas ! d'une brigue importune,
«
C'est mon hymen. Venez ! pour un combat nouveau,
«
De l'arc de mon époux, j'apporte le fardeau ;
«
Si l'un de vous le tend par un essai facile,
«
Et des douze piliers si sa flèche docile
«
Traverse la longueur, j'accepte son amour ;
«
Je quitte ce palais, cet opulent séjour,
«
Dont l'heureux souvenir, chéri de ma jeunesse,
« Jusque
dans mon sommeil me charmera sans cesse. »