Treizieme Rhapsodie

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Le navire des Phéaciens conduit Ulysse dans sa patrie

 Ensemble s'inclinant, les nombreux matelots

 Sous leurs bras vigoureux font rejaillir les flots ;

 Sur les yeux du héros tombe un sommeil tranquille,

 Calme, profond, semblable à la mort immobile.

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 En élevant sa poupe, ainsi le vaisseau fuit,

 Et la vague écumante agitée à grand bruit

 Le pousse. L'épervier, l'oiseau le plus rapide,

 Ne l'aurait pas atteint sur la pleine liquide,

 Tant il fendait les eaux d'un vol audacieux,

 Emportant avec lui cet homme égal aux dieux,

 Ce mortel qui souffrit d'innombrables misères

 Sur les flots orageux, dans les terribles guerres,

 Et qui, dans le sommeil alors enseveli,

 De ses travaux passés goûtait l'heureux oubli !

 

Ulysse déposé au port de Phorcys

 L'étoile du matin, brillante avant-courrière,

 Paraît, et de l'Aurore annonce la lumière ;

 Le navire d'Ithaque enfin touche le bord.

 Du Dieu marin Phorcys Ithaque offre le port.

 Là deux rocs escarpes s'avancent, et leur masse

 Des autans loin des flots écarte la menace.

 Les  vaisseaux, dans l'enceinte une fois parvenus,

 Reposent sans lien, d'eux-mêmes retenus.

 Un olivier, couvert d'un immense feuillage,

 Au bout du port s'élève, et mollement ombrage

 Un antre qui, toujours des Naïades chéri,

 Leur prête le secret de son charmant abri.

 C'est dans ce port connu que la nef sur l'arène

 Jusques à la moitié de sa large carène

 S'élança, tant d'un bras au travail excité

 Chaque rameur hâtait son vol précipité !

 D'abord les matelots, lorsqu'à terre ils descendent,

 Avec les beaux tapis et les peaux qu'ils étendent,

 Hors du vaisseau profond, sur ce rivage ami,

 Déposent doucement le monarque endormi.

 Puis, déployant l'amas des splendides richesses

 Dont Minerve à leur chef conseilla les largesses,

 Au pied de l'olivier, loin du poudreux chemin,

 Ils les rangent de peur que d'une avide main

 Un voyageur hardi soudain ne les enlève,

 Avant que du héros le sommeil ne s'achève.

 Tous s'éloignent après.

 

Ulysse baise sa terre natale

« Viens ! que je montre Ithaque à tes yeux indécis.

 Voici le large port du dieu marin Phorcys ;

 Un olivier, couvert d'un immense feuillage,

 Au bout du port s'élève, et mollement ombrage

 Un antre, qui, toujours des Naiades chéri,

 Leur prête le secret de son charmant abri ;

 Bien souvent cette grotte en sa profonde enceinte

 Te vit sacrifier une hécatombe sainte.

 Le Nérite est ce mont vêtu d'une forêt. »

 Le nuage s'enfuit et la terre apparaît ;

 Ulysse, tout joyeux dans son âme attendrie,

 Baise, en le saluant, le sol de la patrie
 

Minerve inspire la vengeance à Ulysse

 Au pied de l'olivier l'un et l'autre concerte

 Des hardis prétendants l'inévitable perte,

 Minerve aux yeux d'azur d'abord parle en ces mots :

 « Divin fils de Laërte ! ingénieux héros !

 Songe par quels moyens ta main victorieuse

 Frappera ces rivaux dont la foule odieuse,

 Dans ton royal palais régnant depuis trois ans,

 De l'hymen à la reine offre les vils présens. »