Onzieme Rhapsodie

Remonter

   
 

 

L'âme du thébain Tirésias prédit l'avenir d'Ulysse

Armé d'un sceptre d'or, Tirésias arrive.

 Dès qu'il m'a reconnu : « Pourquoi sur cette rive,

 Loin des feux du soleil, viens-tu donc, malheureux !

 Voir la foule des morts et leur séjour affreux?

 Recule et sans délais retire ton épée.

 Que des flots de ce sang ma lèvre soit trempée ;

 Je t'instruirai de tout. Fuis ! » Mon bras diligent

 Remet dans son fourreau le glaive aux clous d'argent.

 Je m'éloigne. Bientôt l'augure véridique,

 S'abreuvant du sang noir, en ces termes s'explique :

 « Ulysse ! un doux retour est l'objet de tes vœux ;

 Mais un Dieu te condamne à des périls nombreux

 Tu ne peux échapper au monarque de l'onde

 Qui te garde en son cœur une haine profonde

 Depuis que tu ravis, par l'audace animé,

 La céleste lumière à son fils bien-aimé.

 Quels que soient les malheurs d'une course fatale,

 Tu reviendras pourtant à la rive natale. » 

 

Ulysse veut embrasser l'âme de sa mère

Saisi d'une douleur amère,

 Je brûle d'embrasser l'image de ma mère :

 Je m'élance trois fois, et trois fois de ma main

 Elle fuit comme une ombre ou comme un songe vain.

 D'un plus vif désespoir, je ne puis me défendre.

 « 0 ma mère ! ai-je dit, pourquoi ne pas m'attendre,

 Quand je veux, dans ton sein épanchant mes douleurs,

 Te presser en mes bras et jouir de nos pleurs?

 Proserpine, m'offrant une trompeuse image,

 A-t-elle donc voulu m'affliger davantage? »

 De ma mère, à ces mots la voix a résonné :

 « Mon  fils ! ô des mortels le plus infortuné  !

 Fille de Jupiter, l'illustre Proserpine

 Ne t'a point abusé. La puissance divine

 Veut qu'ainsi des humains plongés dans les enfers

 Les nerfs ne couvrent plus ni les os, ni les chairs.

 Comme un songe léger cette âme alors s'enfuit.

 Vers la clarté des cieux, du gouffre de la nuit

 Remonte ; à ton épouse, un jour tu pourras dire

 Ce qu'on t'a révélé dans l'infernal empire. »

 

Évocation des morts