Je
l'appelle ; à ma voix soudain elle s'empresse,
M'ouvre
le seuil brillant, m'invite et je la suis
L'âme
toujours plongée en de cruels ennuis.
Introduit
par ses soins, j'entre, et je reçois d'elle
Un
trône aux clous d'argent, une riche escabelle,
Dans
une coupe d'or lorsque j'ai vu ses mains
Mélanger
l'appareil de ses sucs inhumains.
Elle
m'offre, apprêtant un funeste artifice,
La
coupe que je bois sans que le charme agisse.
Bientôt
de sa baguette elle me touche.
«
Allons ! Dit-elle, dans l'étable avec tes compagnons,
Va
parmi les pourceaux ; va ! » Mon bras intrépide
Fait
resplendir l'acier de mon glaive homicide,
Et
je me précipite, ardent à la frapper ;
Mais
j'entends de sa bouche un grand cri s'échapper.
Rapide,
jusqu'à moi l'infortunée arrive,
S'attache
à mes genoux, et d'une voix plaintive :
«
Qui donc es-tu? réponds, quel peuple as-tu quitté?
Nomme-moi
tes parents, ton pays, ta cité.
Je
m'étonne qu'en vain t'offrant sa douée amorce
Ce
breuvage sur toi soit demeuré sans force ;
Car,
l'eût-il de sa lèvre approché seulement,
Nul
homme n'en saurait braver l'enchantement.
Un
courage indomptable, en ton âme respire,
Serais-tu
ce mortel qui sur un noir navire
Devait,
comme l'a dit Mercure au sceptre d'or,
Loin
d'ilion vers nous diriger son essor,
L'astucieux
Ulysse?... Emprisonne ton glaive.
Viens
; montons sur le lit qui pour nous deux s'élève,
Restons-y
de sommeil et d'amour enivrés,
Dans
un tendre abandon l'un à l'autre livrés. »