Cinquieme Rhapsodie

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Calypso promet l'immortalité à Ulysse

Ainsi, terribles Dieux ! votre haine m'envie

 L'amour de ce héros dont je sauvai la vie,

 Lorsque seul il cherchait sur l'orageuse mer

 Son vaisseau foudroyé des coups de Jupiter.

 Là tous ses compagnons périrent dans l'orage,

 Et, poussé par les vents, il gagna ce rivage ;

 Je l'accueillis ; mon cœur, par l'amour excité,

 Lui promit la jeunesse et l'immortalité.

 

Message de Mercure à Calypso

Mais nul Dieu n'oserait par désobéissance

 Tromper le roi des cieux ni braver sa puissance.

 « Qu'il s'éloigne, et franchisse, à Jupiter soumis,

 De la stérile mer les gouffres ennemis.

 Si, pour l'accompagner sur les plaines humides,

 Je n'ai point de rameurs ni de vaisseaux rapides,

 Je n'en saurai pas moins dans son natal séjour

 Par d'utiles conseils assurer son retour.»

 « Oui, laisse-le partir ; de sa haine implacable

 Tremble que désormais Jupiter ne t'accable. »

 En achevant ces mots. Mercure disparaît.

 

 

Calypso retrouve Ulysse

La Déesse s'approche : « 0 malheureux ! dit-elle,

 Ne va point succomber à ta peine mortelle.

 Plus de larmes ! suis-moi ; je ne te retiens pas.

 Que des arbres d'abord la cime sous ton bras

 Tombe ; que par ton fer un radeau se façonne,

 Et, surmonté d'un pont, aux vagues s'abandonne.

 Là je déposerai, comme un secours puissant,

 L'eau, le vin généreux et le pain nourrissant.

 Je veux y mettre encor des vêtements solides ;

 Par mon ordre envoyés sur les gouffres liquides,

 Les vents te conduiront au sol des aïeux,

 Si telle est toutefois la volonté des Dieux.

 

 

Ulysse construit son radeau

L'impatient Ulysse a commencé ; sa main,

 De vingt arbres, frappés par les coups de l'airain,

 Émondant les rameaux qui tous jonchent la terre,

 Les polit avec soin, les soumet à l'équerre.

 De la longue tarière au tranchant acéré

 Dont, grâce à Calypso, son bras s'est emparé,

 II perce chaque poutre et promptement rassemble

 Les chevilles, les clous qui les joindront ensemble.

 Autant un ouvrier, par un savant effort,

 Élargit dans sa base un vaisseau de transport,

 Autant à sa nacelle, il a donné d'espace ;

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La puissante Déesse apporte aussi les toiles

 Dont son adroit travail forme de larges voiles ;

 Les cordages divers s'enlacent, et sur l'eau,

 Aidé de forts leviers, il lance le radeau.