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Tout le jour, nous courons sur la mer, voiles
pleines. Le soleil se
couchait, et c'était l'heure où
l'ombre emplit toutes les rues, lorsque nous atteignons la passe et
les courants profonds de l'Océan, où
les Kimmériens ont leurs pays et ville. Ce
peuple vit couvert de nuées et de
brumes, que jamais n'ont
percées les rayons du Soleil, ni durant sa montée vers les astres du ciel,
ni quand, du firmament, il revient à la terre : sur ces infortunés,
pèse une nuit de mort. |
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Mais son ombre survient, tenant le sceptre d'or,
et, me reconnaissant, Tirésias de Thèbes m'adresse
la parole :
tirésias.
Pourquoi donc, malheureux, abandonner
ainsi la clarté du soleil et venir voir les
morts en ce lieu sans douceur ? Allons ! écarte-toi
de la fosse ! détourne la pointe de ton glaive :
que je boive le sang et te dise le vrai !
Il dit ; je m'écartai et remis au fourreau mon
glaive à clous
d'argent. Il vint boire au sang noir, puis ce devin parfait me parla en ces
termes : |
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Elle disait et moi, à
force d'y penser, je n'avais qu'un désir : serrer entre mes bras l'ombre de
feu ma mère... Trois fois, je m'élançai ; tout mon cœur
la voulait. Trois fois, entre mes
mains, ce ne fut plus qu'une
ombre ou qu'un songe envolé. L'angoisse me peignait plus avant dans
le cœur.
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Puis je vis Antiope, la
fille d'Asopos, qui se vantait d'avoir dormi aux bras de Zeus ; elle en
conçut deux fils, Amphion et Zéthos, les premiers fondateurs de la Thèbe aux
sept portes qu'ils munirent de tours, car,
malgré leur vaillance, ils ne
pouvaient sans tours habiter cette plaine. |

Je
vis Phèdre et Procris et la belle
Ariane, la fille de Minos à l'esprit malfaisant : Thésée qui l'emmena de la
Crète aux coteaux d'Athènes la sacrée, n'eu connut pas l'amour. Dionysos
l'accusait. Artémis, dans Dia, dans l'île entre deux-mers, la perça
de ses flèches.
Je vis Maira, Clymène
et l'atroce Eriphyle qui, de son cher époux, toucha le prix en or. |
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agamemnon.
Fils de Laërte, écoute, ô rejeton des
dieux, Ulysse aux mille
ruses ! ce n'est pas Posidon qui coula
mes vaisseaux ; ce n'est pas sous les coups d'ennemis, au rivage,
que je trouvai la mort. Mais, au manoir d'Égisthe, où je fus invité, c'est
lui qui me tua, et ma maudite femme !
Voilà de quelle mort infâme j'ai péri ! Ils ont, autour de moi,
égorgé tous mes gens, sans en épargner un, tels les porcs aux dents blanches
qu'au jour d'un mariage, d'un dîner par écot ou d'un repas de fête, on tue
chez un richard ou chez un haut seigneur. |
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Survint l'ombre
d'Achille et celle de Patrocle, suivies de l'éminent Antiloque et d'Ajax,
qui fut, après le fils éminent de Pelée, le plus beau, le plus grand de tous
nos Danaens.
L'ombre d'Achille aux pieds légers me reconnut
et, parmi les sanglots,
me dit ces mots ailés :
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Alors je vis Minos, le
noble fils de Zeus : tenant le sceptre d'or, ce roi siégeait pour rendre aux
défunts la justice ; assis autour de lui ou debout, les plaideurs
emplis-saient la maison d'Hadès aux larges portes.
Après lui, m'apparut
le géant Orion qui chassait, à travers le Pré de l'Asphodèle, les fauves
qu'autrefois il avait abattus dans les monts solitaires, il avait à la main
cette massue de bronze que rien n'a pu briser.
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Puis ce fut Héraclès
que je vis en sa force : ce n'était
que son ombre ; parmi les Immortels, il séjourne en personne
dans la joie des festins ; du grand
Zeus et d'Héra aux sandales dorées, il a la fille, Hébé aux chevilles bien
prises. Autour de lui, parmi le tumulte et les cris, les morts
prenaient la fuite ; on eût dit des oiseaux. |
Pareil
à la nuit sombre, il avait dégainé son arc et mis déjà la flèche sur la
corde ; d'un regard effrayant, cet archer toujours prêt semblait chercher le
but ; sa poitrine portait le baudrier terrible et le ceinturon d'or, où l'on
voyait gravés, merveille des chefs-d'œuvre, des ours, des sangliers, des
lions aux yeux clairs, des mêlées, des combats, des meurtres, des tueries :
l'artiste, qui mit là tout son art, essaierait vainement de refaire un
pareil baudrier... |
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