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Nous
reprenons la mer, l'âme navrée, contents
d'échapper à la mort, mais pleurant les amis :
sur les doubles gaillards, avant de démarrer, je fais héler trois fois
chacun des malheureux tombés en cette plaine, victimes des Kikones...
Mais, nos vaisseaux
en mer, Zeus, l'assembleur des nues,
nous déchaîne un Borée aux hurlements
d'enfer : il noie sous les nuées le rivage et les flots ; la nuit
tombe du ciel, et notre flotte fuit, en donnant à la bande, et la rage du
vent nous fend
en trois et quatre pièces nos voilures... |
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Mais,
à peine en chemin, mes envoyés se lient
avec des Loto-phages qui, loin
de méditer le meur-tre de nos
gens, leur servent du lotos. Or, sitôt que l'un d'eux goûte à ces
fruits de miel, il ne veut plus rentrer
ni donner de nouvelles.
Je dus les ramener de force, tout en pleurs, et les mettre à la chaîne,
allongés sous les bancs, au fond de leurs vaisseaux. Puis je fis rembarquer
mes gens restés fidèles : pas de
retard ! à bord ! et voguent les navires ! J'avais peur qu'à man-ger
de ces dattes, les autres n'oubliassent aussi la date du retour. |
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