Chant XXIV

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  Les plaintes d'Andromaque sur le corps d'Hector.

Parmi elles, Andromaque aux bras blancs commença les plaintes, en tenant dans ses mains la tête d'Hector meurtrier :

« Mon mari, tu perds la vie bien jeune, et tu me laisses veuve en ce palais. Il est encore tout petit, comme à sa naissance, l'enfant que nous avons eu, toi et moi, infortunés ! Et je ne pense pas qu'il arrive à l'adolescence ; auparavant cette ville, depuis le faîte, sera renversée. Car tu as péri, toi, son gardien, qui la tirais d'affaire, et protégeais ses femmes chastes et ses petits enfants. Elles, bientôt, sans doute, seront emportées sur les vaisseaux creux, et moi parmi elles ; toi, mon enfant, ou bien tu me suivras en un pays où tu ferais des tâches indignes, peinant pour un prince sans douceur ; ou l'un des Achéens te jettera, t'ayant empoigné, du haut des murailles — triste fin ! — irrité de ce qu'Hector lui a tué un frère, un père, ou, à lui aussi, un fils. Bien des Achéens, en effet, sous les mains d'Hector, ont mordu le sol immense. Car il n'était pas doux, ton père, dans le triste carnage ! C'est pourquoi les gens le pleurent, par la ville ; et indicibles sont les plaintes, le deuil que tu causes à tes parents, Hector ! Mais à moi surtout il me restera douleurs et tristesse.