Chant XV

Remonter

   
  Combat prés des vaisseaux grecs.

Il dit, et eux s'élancèrent plus vivement contre les Argiens. Ajax ne tenait plus ferme, il était forcé par les traits ; il recula un peu, croyant mourir, vers un banc de sept pieds, et quitta le tillac du vaisseau bien équilibré. Là, il resta debout, à l'affût ; et toujours, armé de sa pique, il écartait les Troyens des vaisseaux, tous ceux qui y portaient le feu infatigable ; et toujours aussi, en criant terriblement, il invitait les Danaens :

« Amis, héros Danaens, servi-teurs d'Arès, soyez hommes, amis, rappelez-vous votre vaillance impétueuse. Pensons-nous avoir du secours à l'arrière, ou quelque mur plus fort, pour défendre les hommes du fléau ? Il n'y a pas, à proximité, de ville munie de remparts qui puisse nous défendre, notre peuple reprenant courage. Dans la plaine des Troyens strictement cuirassés, nous voilà acculés à la mer, loin de notre patrie. En nos mains est la lumière du salut, non dans notre mollesse au combat. »

Il dit, et, plein d'ardeur, il poussait droit sa pique aiguë. Tout Troyen qui se portait vers les vaisseaux creux avec le feu ardent, pour plaire à Hector qui l'y excitait, Ajax le blessait, le recevant avec sa longue pique. Douze, devant les vaisseaux, furent, de près, blessés par lui.