
Méditant sa ruse,
la vénérable Héra repartit :
« Redoutable fils
de Cronos, qu'as-tu dits. Maintenant, dans ton amour, tu veux te coucher
sur le sommet de l'Ida, ouvert à tous les regards ! Qu'arriverait-
il, si l'un des dieux éternels nous voyait endormis,
et à tous les dieux allait le raconter. Pour moi, je ne retournerais
pas dans ton palais en me levant de ce lit : ce serait honteux ! Mais, si
tu le veux, s'il plaît à ton cœur, tu as une chambre que t'a construite
ton fils Héphaïstos, et dont il a fixé étroitement les portes contre
les montants. Allons nous y coucher, puisque le lit t'attire. »
Zeus assembleur de
nuages répondit :
« Héra, ni des
dieux, ni des hommes ne crains d'être vue : tel sera le nuage dont je
t'envelopperai, un nuage d'or. Le soleil même ne saurait nous apercevoir,
lui dont la lumière est la plus perçante. »
A ces mots, le fils
de Cronos prit son épouse dans ses bras. Sous eux la terre divine poussa
une herbe nouvelle, lotos couvert de rosée, safran, jacinthe, couche épaisse
et molle qui les souleva au-dessus du sol. C'est là qu'ils se couchèrent,
s'enveloppant d'un nuage de bel or ; une rosée brillante en tombait.
Ainsi dormait
tranquillement le Père, sur le sommet du Gargare, dompté par le sommeil
et l'amour, et tenant son épouse dans ses bras.