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Certon (1604) |
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La
Valterie (1681) |
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Dacier (1712) |
-Et
vous, généreux Ulysse, repartit Achille, ne me consolez point d'être mort.
J'aimerais mieux être mercenaire dans la campagne chez un autre homme sans
patrimoine et qui vivrait pauvrement que de régner ici sur toutes ces vaines
ombres. Mais dites-moi, je vous prie, des nouvelles de mon fils. Suit-il mes
exemples ? Se distingue-t-il à la guerre, et promet-il d'être le premier des
héros ? Apprenez-moi aussi si vous savez quelque chose de mon père. Ses sujets
lui rendent-ils toujours les mêmes honneurs ? Ou le méprisent-ils à cause de
son grand âge ? Car ne jouissant plus de la lumière du jour, je ne puis le
secourir. Si j'étais tel que vous m'avez vu autrefois lorsque, volant au
secours des Grecs je fis mordre la poussière à un peuple de vaillants hommes,
et que je parusse un moment dans le palais de mon père, je ferais bientôt
sentir la force de mon bras à tous ces rebelles qui veulent le maîtriser et
qui refusent de lui rendre les respects qu'ils lui doivent.
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Dubois
de Rochefort (1777) |
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Gin
(1784) |
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Bitaubé
(1785) |
«
Consolation trop vaine, reprit Achille, J'aimerais mieux être l'esclave le plus
indigent des laboureurs, qui vit à la sueur de son front, que de régner sur le
peuple entier des ombres. Mais parle-moi de mon fils. A-t-il paru avec
distinction, à la tête des héros ? ou aurait-il démenti mon espoir ? serait-il
resté sans gloire dans ses foyers ? n'as-tu rien appris aussi de Pelée? est-il
toujours honoré des Phthiotes ? ou la vieillesse, qui sans doute rend ses mains
tremblantes et ses genoux chancelants, l'exposerait-elle à leur mépris et à
celui des autres Grecs ? Hélas ! je ne suis point à ses côtés pour le
secourir. Je ne suis plus ce guerrier, tel que tu m'as vu, lorsqu'à la clarté
du soleil, volant à la défense des fils de la Grèce, j'exterminais, sous les
remparts de Troie, un peuple entier de valeureux combattants. Si je paraissais
sous cette forme, ne fût-ce qu'un moment, dans le palais de mon père, quels
que soient les insolents qui osent l'opprimer et le dépouiller de ses honneurs,
ils pâliraient en reconnaissant ce bras invincible. »
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Dugas Montbel
(1818) |
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Leprince
Lebrun (1825) |
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Bareste
(1842) |
«
Illustre
fils de Laërte, ne cherche point
à me consoler du trépas
! J'aimerais mieux , simple cultivateur, servir
sous, un homme pauvre
qui ne posséderait qu'un faible bien, que de régner sur toutes ces ombres ! — Mais parle-moi maintenant de mon vaillant fils, et
apprends-moi s'il s'est montré dans les combats aux premiers rangs
des guerriers. Dis-moi si tu as entendu parler du vénérable Pelée ; dis-moi si ce héros gouverne encore avec honneur les nombreux
Thessaliens, ou bien s'il est méprisé dans Hélas et dans Phthie parce que la vieillesse
a affaibli ses membres. Je ne suis
plus sur la terre pour le défendre
comme autrefois lorsque j'immolais
dans la vaste cité d'Ilion tout un peuple de
guerriers en combattant pour les Argiens. Si, vivant encore,
je rentrais dans le palais de mon père,
oh ! alors je montrerais tout mon courage, et je ferais sentir
la force de mes bras invincibles à tous ceux qui outragent
le vénérable Pelée ou refusent de lui rendre les honneurs dus
à son rang ! » |
Guiguet
(1846) |
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Pessonnaux
(1850) |
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Leconte de
Lisle (1867) |
-Ne
me parle point de la mort, illustre Odysseus ! J'aimerais mieux être un
laboureur, et servir, pour un salaire, un homme pauvre et pouvant à peine se
nourrir, que de commander à tous les morts qui ne sont plus. Mais parle-moi de
mon illustre fils. Combat-il au premier rang, ou non ? Dis moi ce que tu as
appris de l’irréprochable Pèleus. Possède-t-il encore les mêmes honneurs
parmi les nombreux Myrmidones, ou le méprisent-ils dans Hellas et dans la
Phthiè, parce que ses mains et ses pieds
sont liés par la vieillesse ? En effet, je ne suis plus là pour le défendre,
sous la splendeur de Hêlios, tel que j’étais autrefois devant la grande
Troiè, quand je domptais les plus braves, en combattant pour les Akhaiens. Si j’apparaissais
ainsi, un instant, dans la demeure de mon père, certes, je dompterais de ma
force et de mes mains inévitables ceux qui l'outragent ou qui lui enlèvent ses
honneurs.
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Froment
(1884) |
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Séguier
(1896) |
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Bérard
(1925) |
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Dufour
et Raison (1935) |
« Ne me console donc pas de la
mort, illustre Ulysse ; j'aimerais mieux, serf attaché à la glèbe, être aux
gages d'autrui, d'un homme sans patrimoine, n'ayant guère de moyens, que de régner
sur des morts, qui ne sont plus rien ! Mais parle-moi de mon illustre fils
; est-il venu à la guerre, pour y tenir le premier rang, ou s'est-il abstenu ?
Et parle-moi de l'irréprochable Pélée, si tu en as quelque nouvelle est-il
toujours en possession de ses honneurs parmi les nombreux Myrmidons, ou lui
manque-t-on d'égards dans l'Hellas et la Phthie, parce que la vieillesse
paralyse ses mains et ses pieds? Ah ! si, pour le secourir, j'étais encore
sous les rayons du soleil, tel que j'étais dans la vaste Troade, quand je tuais
les plus vaillants guerriers pour la défense des Argiens, oui, si je revenais
tel, fût-ce très peu de temps, dans la maison de mon père, comme je ferais haïr
ma force et mes mains invincibles à ceux qui lui font violence et l'écartent
de ses honneurs ! »
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Meunier
(1943) |
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