Eole maudit Ulysse

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Eole maudit Ulysse    Pec (1976)
 
Bareste (1843)   Leconte de Lisle (1867)

 « Ulysse, d'où viens-tu ? Quelle divinité funeste te poursuit donc encore ? Cependant nous avons préparé avec soin, et nous t'avons donné tout ce qu'il te fallait pour ton départ, afin que tu puisses revoir ta patrie, ton palais et tous les lieux qui te sont agréables. » 

    » A ces paroles je leur réponds, le cœur navré de douleur :

    « Hélas! mes compagnons imprudents et le perfide sommeil m'ont trahi ! Mais vous, amis, secourez-moi, puisque vous en avez le pouvoir ! »

    » Ainsi, je tâche de les fléchir par de douces paroles ; mais tous les convives restent mues. Éole seul me parle en ces termes :

    « Fuis promptement de cette île, toi le plus misérable de tous les mortels ! Il ne m'est point permis de secourir ni de favoriser le départ d'un homme que les dieux fortunés haïssent ! Fuis donc, puisque tu es revenu en ces lieux poursuivi par la colère des immortels ! »

 

  -Pourquoi es-tu revenu, Odysseus ? Quel Daimôn t'a porté malheur ? N'avions-nous pas assuré ton retour, afin que tu parvinsses dans la terre de ta patrie, dans tes demeures, là où il te plaisait d'arriver ?

  Ils parlaient ainsi, et je répondis, triste dans le cœur :

      -Mes mauvais Compagnons m'ont perdu, et, avant eux, le sommeil funeste. Mais venez à mon aide, amis, car vous en avez le pouvoir.

  Je parlai ainsi, tâchant de les apaiser par des paroles flatteuses ; mais ils restèrent muets, et leur père me répondit :

      -Sors promptement de cette île, ô le pire des vivants ! Il ne m'est point permis de recueillir ni de reconduire un homme qui est odieux aux Dieux heureux. Va ! car, certes, si tu es revenu, c'est que tu es odieux aux Dieux heureux.

 
Dacier (1711 corrigé 1872)   Dufour et Raison (1935)

Éole et ses fils, étonnés de nous revoir:

-Ulysse, me dirent-il, pourquoi êtes-vous revenus ? quel dieu ennemi vous a fait éprouver sa colère ? Nous vous avions donné de bonne foi tous les moyens nécessaire  pour vous en retourner dans votre patrie, et pour aller partout où vous auriez voulu

-Hélas, leur répondis-je avec toutes les marques d’une vénérable douleur, ce sont mes infidèles compagnons qui m'ont trahi. C'est un moment d'un malheureux sommeil qui m'a livré cette infortune. Mais ayez la charité, mes amis, de remédier encore une fois à tous mes malheurs ; les dieux vous en ont donné le pouvoir. Je tâchais ainsi d'attirer leur compassion par la douceur de mes paroles. Ils demeurèrent tous dans le silence. Le roi le rompt enfin, et me regardant avec des yeux pleins d'indignation :

-Va, me dit-il, fuis promptement de cette île le plus méchant de tous les mortels. Il ne m’est permis ni de recevoir ni d'assister un homme que les dieux immortels ont déclaré leur ennemi. Va, fuis, puisque tu tiens dans mon palais chargé de leur haine et de leur colère.

 

Et les convives s'étonnent en leur cœur et m'interrogent : 

« Comment es-tu venu, Ulysse ? Quelle divinité méchante t'assaillait ? Pourtant, nous t'avions laissé partir, y mettant tous nos soins, pour te permettre de gagner ta patrie, ta maison, tout ce que tu désires. »

    Ils disaient ainsi, et moi, je pris la parole, le cœur affligé :

« Mes compagnons malavisés ont causé ma perte et, avec eux, le sommeil maudit. Mais vous, amis, portez-y remède, car vous en avez le pouvoir. »

    Je disais ainsi, cherchant à les gagner par de douces paroles. Mais ils restèrent muets, et leur père me répondit par ces mots :

 « Va-t'en de l'île, et plus vite que cela, rebut des vivants ! Je n'ai pas le droit de secourir et ramener chez lui l'homme que haïssent les dieux bienheureux. Va-t'en, puisque tu viens ici haï des Immortels ! » Ayant ainsi parlé, il me chassait de sa maison et je poussais de profonds gémissements.