Le sacrifice à Athéna
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Bareste (1843)    

Le chevalier Nestor de Gérénie prend la parole et dit :

    « Hâtez-vous, mes chers enfants, d'accomplir ma volonté, afin que je me rende propice la première des déesses, Minerve, qui s'est manifestée à moi durant le splendide festin offert à Neptune. Que l'un de vous aille dans les campagnes pour amener promptement en ces lieux une génisse conduite par un pâtre ; qu'un autre se rende vers le sombre navire du magnanime Télémaque ; qu'il conduise ici tous les compagnons du fils de Pénélope et qu'il n'en laisse que deux sur le bâtiment; qu'un autre, enfin, appelle parmi nous l'orfèvre Laercée pour qu'il entoure d'or les cornes de la génisse. Vous tous, restez ici ; ordonnez aux esclaves de préparer un repas superbe, et d'apporter les sièges, le bois et l'onde limpide. »

    Il dit, et tous s'empressent d'obéir. La génisse arrive des champs ; les compagnons du courageux Télémaque reviennent du navire égal et rapide ; l'artisan Laercée se présente, tenant entre ses mains les outils, instruments de son art, l'enclume, le marteau, et les tenailles faites avec soin, qui lui servent à travailler l'or ; Minerve apparaît aussi pour assister au sacrifice. Le chevalier Nestor donne l'or ; et Laercée, après avoir forgé le métal, le place attentivement autour des cornes de la génisse, afin que la déesse soit satisfaite en contemplant ces ornements. Stratios et Ëchéphron conduisent la génisse par les cornes ; Arétos sort de l'appartement, en portant de l'eau dans un vase orné de fleurs variées et en tenant de l'autre main une corbeille remplie d'orge divine. Le belliqueux Thrasymède, debout avec sa hache tranchante, est prêt à frapper la victime, et Persée porte le vase qui doit recueillir le sang de la génisse. Le vieux chevalier Nestor répand d'abord l'eau pure et l'orge sacrée, puis, commençant le sacrifice, il adresse de nombreuses prières à Minerve, et il jette au feu les poils arrachés à la tête de la victime.

    Lorsqu'ils ont prié et répandu l'orge sacrée, le magnanime Thrasymède, fils de Nestor, s'avance et frappe l'animal : la hache tranche les nerfs du cou et anéantit la vigueur de la génisse. Aussitôt les filles de Nestor, les femmes de ses fils, et sa pudique épouse, Eurydice, la plus âgée des filles de Glymène, prient à haute voix. On soulève ensuite de terre l'animal expirant, et Pisistrate, chef des guerriers, l'égorgé : un sang noir jaillit à larges flots, et la vie abandonne le corps de la victime. Bientôt on la divise ; on sépare les cuisses selon l'usage ; on les recouvre d'une double couche de graisse sur laquelle on place les chairs sanglantes. Le vieillard brûle les cuisses sur des éclats de bois qu'il arrose d'un vin aux sombres couleurs ; et près de lui des adolescents tiennent entre leurs mains des broches à cinq pointes. Quant les cuisses sont consumées et que les convives ont goûté les entrailles, ou divise en petits morceaux les restes de la génisse, on les perce avec des broches et on les fait rôtir en tenant dans les mains ces broches acérées.

 
   
     
 
Styka (1927)

Pallas au sacrifice accourt s'associer.

 Le vieillard donne l'or et l'habile ouvrier

 Au front de l'animal l'applique avec adresse,

 Comme une offrande chère à l'illustre Déesse.

 Par les cornes bientôt Echéphron, Stratios

 Conduisent la victime ; un troisième héros,

 Aretus, vient, portant le vase rempli d'onde

 Et la riche corbeille où l'orge sainte abonde.

 Debout, prêt à frapper, Thrasymède approchant

 Tient dans ses mains la hache au rapide tranchant.

 Persée, offrant la coupe, attend ; sur la génisse

 Nestor épanche l'orge et l'eau du sacrifice,

 Et vers la Déité faisant monter ses vœux,

 Jette des poils du front les prémices aux feux.