Les massacres d'Achille
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Gin   1784

Le Price Lebrun   1785

Il dit, et lance son javelot sur Dryops, l'atteint au sommet de l'échine, le renverse à ses pieds, l'abandonne, court réprimer l'impétuosité de Démuchus, fils de Philétor, valeureux combattant, d'une taille gigantesque : la pointe aiguë s'enfonce dans son genou ; Achille le perce de sa redoutable épée ; son ame s'exhale dans les airs. Laogonus et Dardanus, deux fils de Bias, fuient, précipités de leurs chars : le javelot d'Achille atteint l'un au loin, tandis que l'autre tombe à ses pieds sous les coups de son glaive. Le fils d'Alastor embrasse ses genoux ; il le conjure de lui laisser la vie : je suis, lui dit-il, du même âge que toi ; renvoie-moi vivant à ceux qui m'ont donné l'être. Insensé ! il ne connoît pas l'inflexibilité du fils de Pelée : en vain il fait effort pour l'émouvoir, en vain il serre de ses mains tremblantes les mains victorieuses d'Achille ; le fils de Pelée les retire avec effort, enfonce le glaive dans son cœur : le sang emplit la vaste cavité de sa poitrine, les ombres de la mort s'étendent sur ses yeux, son ame s'exhale dans les airs. Armé du javelot, Achille s'élance sur Mulius ; la pointe aiguë pénetre l'une et l'autre oreille. De sa lourde épée il fend le crâne d'Echéclus, fils d'Agenor ; un sang noir fume sur le glaive. Echéclus subit sa destinée, ses yeux se ferment à la lumiere. Le javelot du fils de Pelée atteint au coude Deucalion, à l'endroit où les muscles et les tendons se réunissent ; l'arme meurtriere pénetre jusqu'à la main : immobile, la main pendante, l'infortuné Deucalion attend le coup mortel.  Achille élevé son glaive, fait voler sur la poussiere cette tête ennemie et le casque qui la couvre ; la moelle jaillit à gros bouillons des vertebres, le tronc sans vie demeure étendu sur l'arene. Le fils de Pelée l'abandonne, marche contre Rhigmus, vaillant fils de Pirée, nouvellement arrivé de la Thrace sa patrie ; le javelot d'Achille l'atteint dans le flanc, le renverse de son char. Son écuyer Aréithoüs détourne ses coursiers : le fils de Pelée redouble, l'écuyer tombe, les coursiers fuient effrayés. Tel un vaste incendie allumé dans une immense forêt, poussé par les souffles impétueux des vents, s'étend du sommet desséché des montagnes dans la vallée qu'il couvre de tourbillons de flamme, et des flots d'une épaisse fumée qui s'élevent jusqu'aux nues : ainsi Achille, semblable à un dieu, armé du redoutable javelot, parcourt cette plaine sanglante, poursuivant les Troyens, portant de tous côtés le carnage et la mort. Avec autant de célérité que les graines sont réduites en poudre par la meule pesante, qu'entraînent dans une aire spacieuse deux vigoureux taureaux attelés au même joug : ainsi les cadavres sanglants, les casques, les boucliers, les javelots, sont brisés par les coursiers d'Achille. L'aissieu de son char est teint de sang; le sang jaillit de dessous les pas de ses coursiers ; l'orbite des roues de son char, le siege, les parties les plus élevées en sont couvertes. La sueur découle de tous ses membres, le sang souille ses invincibles mains : la soif de la gloire vit au fond de son cœur.

 

A ces mots, il plonge sa pique dans le sein de Dryops, l'abat à ses pieds & l'abandonne. D'un javelot il atteint Démuclius au genou, & de son épée lui arrache la vie. Laogon & Dardanus, deux fils de Bias, précipités de leur char, expirent tous deux, l'un atteint d'un trait qu'il lui lance, l'autre percé de son épée.

     Tros, fils d'Alastor, vient à genoux implorer sa pitié. Il se flatte de l'intéresser par le rapport de leur âge, & d'en obtenir des fers & la vie. Insensé ! rien ne pourra désarmer sa fureur. Le cruel ! tandis que ta main presse ses genoux, tandis que ta bouche s'ouvre pour le fléchir, il t'enfonce son épée dans le cœur ! Tu tombes renversé ; ton sang coule à gros bouillons, tes forces t'abandonnent, & tes yeux sont couverts de la nuit du trépas.

    Combien de victimes il immole encore ! D'un coup de punie, il perce Mulius de l'une à l'autre oreille. Il enfonce son épée dans la tète d'Échéclus, un fils d'Agénor, & l'en retire fumante. Échéclus tombe, & son âme s'écoule avec son sang. Il atteint Deucalion au coude ; le fer déchire les nerfs & traverse le bras ; la main pendante, immobile, Deucalion attend son vainqueur. Achille, d'un revers, lui enlève le casque & la tête. La moelle jaillit, & le tronc roule sanglant sur la poussière.

    Rigmus, un fils de Pires, qui, du fond de la Thrace, étoit venu combattre pour Ilion, tombe expirant aux pieds de ses coursiers. Prêt à fuir, Aréthous, son écuyer fidèle, reçoit dans le dos un coup mortel. Les chevaux bondissent effrayés, & traînent au hasard le char abandonné.

    Toujours plus terrible, Achille sème dans toute la plaine la terreur & la mort. Le sang ruisselle sur ses traces. Tel, nourri par les vents, un incendie s'élève du sein des vallons, &, dans sa rapide fureur, embrase & dévore les forêts.

    Les immortels coursiers foulent des monceaux d'armes & de cadavres. Le sang jaillit sous leurs pas ; l'essieu en est teint, les roues, le char, en sont inondés. Tels, sous les pieds des bœufs, les trésors de Cérés jaillissent du sein de l'épi qui les recèle. Enivré de carnage, les mains ensanglantées, Achille brûle encore de se couvrir d'une nouvelle gloire.

 

 

Bitaubé   1804

Dugas Montbel   1828

Il dit, et enfonçant sa pique dans le sein de Dryops, il l'abat à ses pieds : il l'abandonne, blesse au genou avec la même pique Démuchus aussi distingué par la valeur que par la stature, et de son glaive immense il le prive du jour. Il attaque Laogone et Dardanus, deux fils de Bias, et les précipite de leur char, perçant l'un de son javelot qu'il lui lance, et frappant aussitôt l'autre de près avec son épée. Tros, né d'Alastor, ne peut échapper au même destin : le jeune guerrier venait à sa rencontre, et lui embrassant les genoux, le conjurait de l'épargner, de lui accorder la vie en faveur de la conformité de leur âge. Insensé ! il ne prévoit pas que ses prières sont vaines : l'ame d'Achille, loin d'être humaine et flexible, est intraitable et féroce. Tandis que le troyen, attaché aux genoux du vainqueur, désirait l'attendrir, il est frappé du fer terrible qui lui perce le foie et l'arrache : un sang noir remplit son sein, ses yeux se couvrent de ténèbres, et il exhale le souffle de la vie. Mais déjà le héros plonge dans l'oreille de Mulius sa lance dont la pointe sort par l'autre oreille, et au même temps il fend de son glaive armé d'une lourde poignée la tête d'Echéclus, fils d'Agénor ; le glaive fume ensanglanté ; la noire mort et l'invincible destinée ferment les yeux du combattant. Achille poursuit sa course, perce de son javelot la main de Deucalion où aboutissent les nerfs du coude : le guerrier, le bras engourdi, voyait devant lui la mort, quand Achille, de son épée, lui abat la tête et la fait voler au loin avec le casque ; la moelle jaillit des os, et le tronc est étendu sur le sable. Le héros courant enfin attaquer le fils illustre de Pirée, Rhigmus venu de la Thrace fertile, il le frappe et le javelot s'enfonce dans les entrailles de ce chef, qui roule du haut de son char ; et tandis que son écuyer Aréithoüs tournait les coursiers pour fuir, Achille, lui plongeant l'airain dans le dos, le terrasse à côté de son maître ; les coursiers se cabrent remplis de terreur.

    Comme un incendie qui, jetant des feux jusqu'à la voûte céleste, parcourt avec fureur les vallées profondes d'une montagne aride ; la forêt immense est embrasée ; les vents secouent, portent de toutes parts les tourbillons de flamme : ainsi, armé de sa lance, le héros, qu'on eût pris pour l'un des immortels, immole tous ceux qu'il poursuit, exerce en tous lieux sa rage ; le sang roule par torrens dans la noire campagne. Et tels que des taureau au large front, foulant la moisson dans une aire unie où les grains légers sautent des épis sous les pieds de ces animaux mugissans ; les coursiers du superbe Achille, poussés par ce chef, foulent et les cadavres et les armes. L'essieu, comme le haut du char, est tout souillé du sang que font rejaillir la corne ardente des coursiers et les roues rapides. Le fils de Pelée brûle de remporter une gloire immortelle, et ses mains invincibles sont couvertes de sueur et d'une poussière ensanglantée.

 

A ces mots, il enfonce son javelot dans la gorge de Dryope, qui tombe a ses pieds. Achille l'abandonne, et d'un coup de lance dans le genou, il arrête les pas du grand Démochus, issu de Philétor ; puis, le frappant de sa terrible épée, il tranche les jours de ce guerrier. Ensuite il se précipite sur Laogon et Dardanus, fils de Bias : tous deux en même temps il les renverse de leurs chars, en frappant l'un avec le javelot, et de près atteignant l'autre avec son glaive. Tros, fils d'Alastor, vient au-devant du héros, dont il embrasse les genoux pour qu'il lui laisse la vie ; il espère qu'Achille ne l'immolera pas, et qu'étant du même âge, il sera touché de pitié. L'insensé ! il ne savait pas qu'il ne pourrait jamais le persuader. Achille n'avait point une âme flexible et tendre ; il était inexorable. Tros, de ses mains, lui presse les genoux, l'implore avec ardeur ; mais Achille, de son fer, lui perce le foie, qui s'échappe par la blessure. Un sang noir remplit son sein, un sombre nuage couvre ses yeux, et la force l'abandonne. Le héros blesse Moulius près de l'oreille d'un coup de lance : la pointe d'airain ressort par l'autre oreille ; son épée, à la riche poignée, brise la tête d'Échéclus, fils d'Agénor : le glaive tout entier fume de sang ; la mort sanglante et l'impitoyable Parque ferment les yeux d'Échéclus. Ensuite le fils de Pelée perce la main de Deucalion, et la pointe d'airain pénètre jusqu'à l'endroit où se réunissent tous les nerfs du coude. Deucalion, la main appesantie, reste immobile en voyant la mort devant lui : aussitôt Achille lui tranche le cou avec son épée, et fait voler au loin la tête avec son casque ; la moelle jaillit des os, tandis que le corps gît étendu sur la terre. Achille court attaquer ensuite le noble fils de Pirée, Rhigmus, guerrier venu de la fertile Thrace : le javelot frappe le milieu du corps, et pénètre dans la poitrine ; Rhigmus tombe de son char, et tandis qu'Aréithoüs, son écuyer, détourne les coursiers, le héros l'atteint dans le front, le précipite aussi du char, et les chevaux s'enfuient épouvantés.

     Ainsi, lorsqu'un feu violent étincelle avec fureur dans les vallées profondes d'une montagne desséchée, et dévore une vaste forêt, le souffle des vents accroît de toutes parts, et fait tourbillonner la flamme ; de même, armé de sa lance, Achille furieux court de tous côtés, semblable à un dieu, en poursuivant ses ennemis expirants ; un sang noir ruisselle sur la terre. Lorsqu'un laboureur a réuni sous le joug deux taureaux au large front pour fouler l'orge blanche dans une aire spacieuse, la paille légère s'envole sous les pieds des taureaux mugissants : ainsi les deux coursiers d'Achille foulent à leurs pieds les cadavres et les boucliers ; l'essieu tout entier est taché de sang, ainsi que les anneaux placés au-devant du char ; ils sont couverts des gouttes sanglantes que font jaillir les cercles des roues et les pieds des chevaux. Le fils de Pelée brûle de se couvrir de gloire, ses mains invincibles sont souillées de carnage.

 

 
 Bareste    1843 Leconte de Lisle  1866

A peine a-t-il prononcé ces paroles qu'il enfonce son javelot dans la gorge du malheureux Dryope, qui tombe à ses pieds ; Achille l'abandonne et court attaquer d'autres guerriers. Il plonge sa lance dans le genoux du courageux Démochus, fils de Philétor, et l'arrête dans sa course ; puis il lui tranche les jours en le frappant de sa grande épée. Achille se précipite ensuite sur Laogon et sur Dardanus, tous deux fils de Bias ; il les renverse de leurs chars en atteignant l'un avec son javelot et en frappant l'autre avec son glaive. Le fils d'Alastor, Tros, vient au-devant d'Achille, et il lui embrasse les genoux dans l'espoir que le héros, touché de pitié, lui laissera la vie, parce qu'il était du même âge que lui. — L'insensé ne savait pas qu'il ne pourrait jamais persuader, le chef des Achéens ! Achille, loin d'avoir une âme flexible et tendre, était inexorable et furieux. — Tros lui serre les genoux pour l'attendrir ; mais l'impitoyable Achille le frappe de son glaive et lui perce le foie, qui s'échappe par la blessure : un sang noir remplit son sein, un sombre nuage couvre ses yeux, et ses forces l'abandonnent. Le héros attaque Moulios ; il lui enfonce sa lance dans la tête, près de l'oreille, et la pointe d'airain ressort par l'autre oreille. Il brise ensuite la tête d'Échéclus en le frappant de son glaive, qui fume de sang : la sombre Mort et l'impitoyable Parque ferment les yeux d'Échéclus, fils d'Agénor. Il atteint Deucalion à la main, et la pointe d'airain pénètre jusqu'à l'endroit où se réunissent les nerfs du coude (Deucalion, la main appesantie, reste immobile en voyant venir la mort). Achille lui tranche le cou et fait voler au loin la tête recouverte de son casque : la moelle jaillit des vertèbres, tandis que le corps gît étendu sur la terre. Il court ensuite attaquer l'irréprochable fils de Pirée, Rhigmus, venu de la fertile Thrace ; il lance son javelot, qui atteint Rhigmus au milieu du corps, pénètre jusque dans la poitrine, et renverse le guerrier de son char. Aréthoüs, son écuyer détourne aussitôt les chevaux ; mais Achille, en le frappant par derrière, lui plonge sa lance entre les deux épaules, le renverse à terre, et les coursiers s'enfuient épouvantés.

    Ainsi, lorsqu'un violent incendie se répand avec fureur dans les vallées profondes d'une montagne aride et qu'il dévore une vaste forêt, le souffle des vents venant de tous côtés fait tourbillonner la flamme : de même Achille, furieux et armé de sa lance, parcourt comme un génie le champ de bataille en tout sens, et poursuit ses ennemis expirants qui répandent un sang noir sur la terre. — Quand un laboureur a réuni sous le joug deux taureaux au long front pour fouler l'orge blanche  dans un champ exposé aux rayons du soleil, la paille légère s'envole sous les pas des taureaux qui mugissent : ainsi les coursiers du magnanime Achille foulent les cadavres et les boucliers ; l'essieu et les anneaux du char sont souillés par le sang que font jaillir les cercles des roues et les pieds des coursiers. Le fils de Pelée veut se couvrir de gloire, et ses mains sont tachées de poussière et de sang.

 

Ayant ainsi parlé, il perça Dryops au milieu de la gorge, et l'homme tomba à ses pieds, et il l'abandonna. Puis, il frappa de sa lance, au genou, le large et grand Dèmoukhos Phylétoride ; puis, avec sa forte épée, il lui arracha l'âme. Et, courant sur Laogonos et Dardanos, fils de Bias, il les renversa tous deux de leur char, l'un d'un coup de lance, l'autre d'un coup d'épée.

    Et Trôs Alastoride, pensant qu'Akhilleus l'épargnerait, ne le tuerait point et le prendrait vivant, ayant pitié de sa jeunesse, vint embrasser ses genoux. Et l'insensé ne savait pas que le Pèléide était Inexorable, et qu'il n'était ni doux, ni tendre, mais féroce.  Et comme le Troien embrassait ses genoux en le suppliant, Akhilleus lui perça le foie d'un coup d'épée et le lui arracha. Un sang noir jaillît du corps de Trôs, et le brouillard de la mort enveloppa ses yeux.

    Et Akhilleus perça Moulios d'un coup de lance, de l'une à l'autre oreille. Et de son épée à lourde poignée il fendit par le milieu la tête de l'Agènoride Ekhéklos ; et l'épée fuma ruisselante de sang, et la noire mort et la Moire violente couvrirent ses yeux.

    Et il frappa Deukaliôn là où se réunissent les nerfs du coude. La pointe d'airain lui engourdit le bras, et il resta  immobile, voyant la mort devant lui.  Et Akhilleus, d'un coup d'épée, lui enleva la tête, qui tomba avec le casque. La moelle jaillit des vertèbres, et il resta étendu contre terre.

    Puis, Akhilleus se jeta sur le brave Rhigmos, fils de Peiréôs, qui était venu de la fertile Thrèkè. Et il le perça de sa lance dans le ventre, et l'homme tomba de son char. Et comme Arèithoos, compagnon de Rhigmos, faisait retourner les chevaux, Akhilleus, le perçant dans le dos d'un coup de lance, le renversa du char ; et les chevaux s'enfuirent épouvantés.

    De même qu'un vaste incendie gronde dans les gorges profondes d'une montagne aride, tandis que l'épaisse forêt brûle et que le vent secoue et roule la flamme ; de même Akhilleus courait, tel qu'un Daimôn, tuant tous ceux qu'il poursuivait, et la terre noire ruisselait de sang.

   De même que deux bœufs au large front foulent, accouplés, l'orge blanche dans une aire arrondie, et que les tiges frêles laissent échapper les graines sous les pieds des bœufs qui mugissent ; de même, sous le magnanime Akhilleus, les chevaux aux sabots massifs foulaient les cadavres et les boucliers. Et tout l'essieu était inondé de sang, et toutes les parois du char ruisselaient des gouttes de sang qui jaillissaient des roues et des sabots des chevaux. Et le Pèléide était avide de gloire, et le sang souillait ses mains inévitables.

 

 
Lagranville  1871  

Il frappe, disant cela, Driops au milieu du cou, lequel tombe à ses pieds. Laissant celui-là, il donne un coup de pique dans le genou de Démuchus, fils de Philétor, homme vaillant et de haute taille, et, le frappant de son épée, il lui enlève la vie. Il se porte sur Laogone et Dardanus, fils de Bias, les jette en bas de leur char, le premier étant percé d'un coup de pique et l'autre occis d'un coup d'épée. Tros, fils d'Alastor, vient à lui, prend ses genoux, lui demande de l'épargner, de le renvoyer vivant et de ne pas le faire mourir puisqu'il est de son âge : pauvre enfant, il pensait qu'il pouvait le fléchir ; mais Achille n'était pas homme d'un cœur doux et facile, et sa férocité ne pouvait s'adoucir par aucune persuasion. Comme Tros lui prenait les genoux en le suppliant, il lui traverse le foie avec son épée ; le foie tombe, le sang noir qui découle de la blessure emplit son sein, et les ténèbres voilent ses yeux à mesure que le souffle de la vie s'exhale de sa poitrine. Il arrive près de Mulius, lui enfonce sa pique dans l'oreille : le fer pénètre jusqu'à l'autre oreille. Un instant après il fend d'un coup d'épée la tête d'Echéclus, fils d'Agénor : l'épée est chaude de son sang, la mort pourprée et un destin violent lui ferment les yeux. Il perce la main de Deucalion à cet endroit où s'enroulent les nerfs du coude ; néanmoins, étant ainsi blessé et voyant la mort devant lui, Deucalion attend Achille ; celui-ci, le frappant de son épée à la nuque, fait voler au loin la tête avec le casque : la moelle jaillit des os, et le tronc s'étend sur la poussière. S'avançant toujours, il frappe Rhigmus, qui était venu de la Thrace riche en blé : la pique reste fichée dans le ventre ; il tombe de son char. Aréthous, son écuyer, voulant tourner ses chevaux en arrière, est blessé au dos d'un coup de pique : il trébuche en bas du char, les chevaux prennent l'épouvante.

  Tel un feu brûlant s'élance avec furie à travers les vallées profondes d'une montagne aride, faisant tournoyer ses flammes au gré du vent ; tel Achille, égal à un dieu, se précipite en fureur à la poursuite de ceux qu'il veut percer de sa pique : la terre s'imbibait de sang. Lorsqu'on accouple sous le joug deux bœufs vigoureux aux larges cornes, pour battre l'orge blanche dans une aire, le grain se trie facilement de la paille sous les pieds des bœufs mugissants : de même les chevaux à l'ongle solide, animés par Achille au grand cœur, foulaient aux pieds les hommes et les boucliers : l'essieu et le char sont souillés du sang qui jaillit des pieds des chevaux et des roues. Le fils de Pelée voulait acquérir de la gloire ; mais ses mains puissantes étaient pleines de sang, de sueur et de poussière.