Les Forces Par Meunier
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Dites-moi maintenant, Muses qui habitez les demeures de l’Olympe, — car vous êtes déesses, vous assistez à tout, vous savez tout, tandis que nous, nous n'entendons rien que la Renommée, et nous ne savons rien — quels étaient les guides des Danaens et leurs chefs. Quant à la foule des soldats, je ne saurais la dire, ni les nommer tous, même si j'avais dix langues et dix bouches, une voix infrangible et des poumons de bronze, à moins que les Muses olympiennes, filles de Zeus porte-égide, ne me rappellent tous ceux qui vinrent sous Ilion. Mais les commandants des vaisseaux et le nombre total de ces vaisseaux, je les dirai.

    Aux Béotiens commandaient Pénéléos, Léitos, Arcésilas, Protboénor et Clonios. Les uns habitaient Hyrie et la rocheuse Aulis, Schœnos, Scôlos et la montueuse Ëtéone, Thespie, Gréa et la spacieuse Mycalesse ; les autres peuplaient les alentours d'Harma, Ilèse et Érythra; d'autres occupaient Éléon, Hylé et Pétéon, Ocalée et Médéon, ville bien bâtie, Copas, Eutrésis et Thisbé aux nombreuses colombes ; les uns habitaient Coronée et Haliarte au gazon fleuri ; les autres occupaient Platée ; d'autres habitaient Glisas ; ceux-ci occupaient Hypothèbes, ville bien bâtie, Onchestos la sainte et le bois magnifique de Poséidon ; ceux-là tenaient Arné aux vignes plantureuses ; les uns venaient de Midée, de la très divine Nisa et de l'extrême Anthédon. Ils étaient venus sur cinquante vaisseaux, et cent vingt jeunes Béotiens étaient à bord de chaque nef.

    Ceux qui habitaient Asplédon et Orchomène des Minyens, étaient commandés par Ascalaphe et lalmène, tous deux fils d'Ares, qu'Astyoché, dans la maison d'Actor fils d'Azée, avait enfantés pour le très fort Arès. Vierge pudique, elle était montée à l'étage des femmes, et le dieu, en secret, avait couché près d'elle. Trente vaisseaux creux pour eux étaient en ligne.

    Aux Phocidiens commandaient Schédios et Épistrophos, fils du magnanime Iphitos, issu de Naubolos. Les uns occupaient Kyparissos et Pytho la Rocheuse, Chrysa la très divine, Daulis et Panopée; les autres demeuraient aux alentours d'Anémoria et d Hyampolis, habitaient sur les bords du Céphise divin, ou occupaient Lilée, aux sources du Céphise. Quarante-quatre vaisseaux noirs accompagnaient ces chefs. Et ces chefs s'occupaient d'aligner les rangs des Phocidiens, qui s'armaient, sur la gauche, tout près des Béotiens.

    Les Locriens étaient conduits par le rapide Ajax, fils d'Oïlée. Petit de taille, il n'était pas aussi grand qu'Ajax, le fils de Télamon, mais beaucoup plus petit. S'il était court de taille et cuirassé de lin, il prévalait pourtant au javelot sur tous les Hellènes et tous les Achéens. Les uns habitaient Cynos, Oponte et Calliare, Bessa, Scarphé et Augées la charmante, Tarphé et Thronion sur le cours du Boagre. Quarante vaisseaux noirs accompagnaient Ajax, montés par les Locriens, qui habitent en face de la sainte Eubée.

    Ceux qui tenaient l'Eubée—les Abantes respirant le courage—qui occupaient Chalcis et Érétrie, Histiée aux plantu­reuses vignes, la maritime Cérinthe et la ville escarpée de Dion ; ceux qui avaient Caryste ou habitaient Styra : tous ceux-là étaient conduits par Éléphénor rejeton d'Ares, issu de Chalcodon, et chef des intrépides Abantes. C'est lui que suivaient les agiles Abantes aux cheveux en arrière, guerriers impatients, avec le bois de frêne de leurs piques tendues, de briser les cuirasses autour des poitrines de leurs ennemis. Quarante vaisseaux noirs accompagnaient ce chef.

    Ceux qui tenaient Athènes, ville bien bâtie, le pays d'Érechthée au grand cœur, qu'Athéna fille de Zeus avait jadis élevé, et qu avait enfanté la terre porteuse de froment. La déesse avait ensuite établi Érechthée dans Athènes, dans son temple opulent, et là, au retour des années, les jeunes Athéniens se le rendaient propice par des taureaux et des agneaux. A tous ceux-là commandait Ménesthée fils de Pétéos. Jamais homme vivant sur la terre n avait été jusqu'ici semblable à lui pour ordonner les chars et les guerriers armés d'un bouclier. Nestor seul rivalisait avec lui, car il était plus avancé en âge. Cinquante vaisseaux noirs accompagnaient ce chef.

    Ajax avait de Salamine amené douze nefs ; une fois amenées, il les disposa là où les Athéniens disposaient leurs phalanges.

    Ceux qui tenaient Argos et Tyrinthe entourée de murailles, Hermione et Asiné régnant sur un golfe profond, Trézène, Éïones et Épidaure favorable à la vigne ; ceux qui, enfants des Achéens, tenaient Egine et Masès : à tous ceux-là commandaient Diomède vaillant au cri de guerre, et Sthénélos, fils chéri du fameux Ca-panée. Avec eux, fils de Mécistée issu de Talaos, venait Euryaïe mortel égal aux dieux, comme troisième chef. Mais tous étaient soumis aux ordres de Diomède vaillant au cri de guerre. Quatre-vingts vaisseaux noirs accompagnaient ce chef.

    Ceux qui tenaient Mycènes, ville bien bâtie, la riche Corinthe et la belle Cléones ; ceux qui habitaient Ornées, Aréthyrée la charmante, et Sicyone où d'abord Adraste fut roi; ceux qui occupaient Hypérésie, Goncessa l'escarpée et Pellène ; ceux qui occupaient la région d'Égion, le pays tout entier d'Êgiale et les alentours de la spacieuse Hélice: à tous ceux-là et à leurs cent vaisseaux commandait le puissant Atride Agamemnon. Avec lui, les troupes de beaucoup les meilleures et les plus nombreuses suivaient. Éclatant de fierté, il avait endossé le bronze éblouissant et se distinguait entre tous les héros, parce qu'il était à la fois le plus brave et qu'il conduisait les plus nombreuses troupes.

    Ceux qui occupaient le pays encaissé de Lacédémone aux profonds ravins, Pharis et Sparte, Messe aux nombreuses colombes ; ceux qui habitaient Brysées et Augées la charmante ; ceux qui tenaient Amycles et Élos, ville maritime ; ceux qui avaient Laas, ou habitaient les environs d'Œtyle : à tous ceux-là commandait le frère d Agamemnon, Ménélas vaillant au cri de guerre, à la tête de soixante vaisseaux. Ils s'armaient à part. Parmi eux s'agitait Ménélas, confiant en son ardeur et les poussant à combattre. Plus que tout autre, il souhaitait en son âme de venger le départ et les plaintes d'Hélène.

    Ceux qui habitaient Pylos, la charmante Arène, Thryon, sur un gué de l'Alphée, et la ville bien construite d'Épy ; ceux qui occupaient Cyparisséis et Amphigénie, Ptéléos, Élos et Dorion où les Muses, venant à la rencontre de Thamyris de Thrace, mirent fin à ses chants ; il revenait d Œchalie, de chez l'Œchalien Eurytos, et il se flattait d'affirmer qu'il vaincrait, même si les Muses filles de Zeus porte-égide, voulaient elles-mêmes chanter. Irritées, elles le rendirent hébété, lui enlevèrent l'art divin du chant, et lui firent oublier son habileté à jouer de la cithare. A tous ceux-là, le Gérénien Nestor conducteur de chevaux commandait, et quatre-vingt-dix vaisseaux creux pour lui étaient en ligne.

    Ceux qui occupaient l'Arcadie, sous la montagne escarpée du Cyllène, près du tombeau d'Épytos, où résident les hommes qui combattent de près ; ceux qui habitaient Phénée, Orcho ; mène riche en troupeaux de moutons, Rhipé, Stratié et Énispé battue par les vents ; ceux qui tenaient Tégée et Mantinée la charmante ; ceux qui avaient Stymphale et habitaient Parrhasie : à tous ceux-là, le fils d Ancée, le puissant Agapénor, commandait à la tête de soixante vaisseaux. Sur chaque nef, de nombreux Arcadiens expérimentés à la guerre étaient montés, car c'était le roi des guerriers, l'Atride Agamemnon, qui leur avait lui-même  fait don de ces vaisseaux solidement charpentés, pour traverser la mer couleur de lie de vin, car les Arcadiens ne s'inquiétaient pas des travaux de la mer.

    Ceux qui habitaient Bouprasion et la divine Élide, tout le territoire compris entre Hyrminé et Myrsine qui est au bout du pays, la roche Olénienne et Alésion : à tous ceux-là commandaient  quatre chefs ; dix rapides vaisseaux avaient suivi chacun deux, où de nombreux Épéens s'étaient embarqués. Les uns étaient conduits par Amphimaque et Thalpios, fils, l’un de Ctéatos, l'autre d'Eurytos, tous deux issus d'Actor. Les autres étaient commandés par le robuste Diorès fils d'Amaryncée. Le quatrième groupe était dirigé par Polyxène, beau comme un dieu, fils du roi Agasthène descendant d'Augias.

    Ceux de Doulichion et des Échines, îles sacrées, situées au delà de la mer, en face de l'Élide, étaient commandés par le fils de Phylée, Mégès égal d'Ares, qu'avait engendré le conducteur de chevaux, Phylée cher à Zeus, qui jadis était venu s'établir à Doulichion, irrité contre son père. Quarante vaisseaux noirs accompagnaient ce chef.

    Mais Ulysse conduisait les Céphalléniens magnanimes, ceux qui tenaient Ithaque et le Nériton aux feuilles agitées, ceux qui habitaient Crocylée et la rocailleuse Egilipe, ceux qui tenaient Zacynthe, ceux qui demeuraient aux alentours de Samé, ceux qui occupaient le continent, et qui habitaient sur la rive opposée : à tous ceux-là commandait Ulysse égal à Zeus en conseil. Douze vaisseaux aux joues vermillonnées accompagnaient ce chef.

    Les Étoliens étaient commandés par Thoas fils d'Andrémon ; ils habitaient Fleuron, Olène ou Pylène, Chalcis la maritime et Calydon la Rocheuse. Car ils n'étaient plus, les fils d'Œnée au valeureux courage ; Œnée lui-même n'était plus, et
le blond Méléagre était mort. C'était donc à Thoas qu'avait été confié le pouvoir absolu sur les Étoliens. Quarante vaisseaux noirs accompagnaient ce chef.

    Idoménée illustre par sa lance conduisait les Cretois, ceux qui occupaient Cnossos etGortyne entourée de murailles, Lyctos, Milet et la blanche Lycaste, Phœstos et Rhytion, villes bien peuplées, et tous ceux qui habitaient ailleurs dans la Crète aux cent villes. A tous ceux-là commandaient Idoménée illustre par sa lance, et Mérion comparable au Belliqueux meurtrier. Quatre-vingts vaisseaux noirs accompagnaient  ces chefs.

   Tlépolème, le noble et grand Héraclide, avait amené de Rhodes neuf vaisseaux de Rhodiens à la fière attitude ; ils habitaient Rhodes, répartis en trois groupes : Lindos, lélysos et la blanche Camire. A tous ceux-là commandait Tlépolème illustre par sa lance, qu'avait enfanté au puissant Héraclès, Astyoché. Héraclès l'avait ramenée d'Éphyre, des bords du Selléis, après avoir saccagé maintes cités d'hommes forts, nourrissons de Zeus.

    Mais Tlépolème, dès qu'il eut grandi dans le palais solide, aussitôt tua l'oncle de son père, Licymnios, le rejeton d'Ares, déjà vieillissant. En hâte alors, il construisit des vaisseaux, réunit de nombreux partisans, s'embarqua et s'enfuit sur la mer, car les fils et les petits-fils du puissant Héraclès le menaçaient. Il vint à Rhodes, errant et souffrant mille maux. Là, ils s'établirent, par tribus, en trois groupes, et furent aimés de Zeus qui règne sur les dieux et les hommes. Et le fils de Cronos versa sur eux une merveilleuse abondance.

    Nirée avait amené de Symé trois navires au solide équilibre : Nirée, fils d’Aglaé et du roi Charops, Nirée qui était, après le Péléide, le plus bel homme d'entre les Danaens venus sous Ilion. Mais il était sans puissance, et une armée peu nombreuse l'accompagnait.

    Ceux qui tenaient Nisyros, Crapathos, Casos et Cos, ville d'Eurypyle, et les îles Calydnes : à tous ceux-là commandaient Phidippos et Antiphos, tous deux fils de Thessalos descendant d Héraclès. Trente vaisseaux creux pour eux étaient en ligne. Et voici tous ceux qui habitaient l'Argos Pélasgique; ceux qui demeuraient dans AIos, Alopé, Tréchis ; ceux qui tenaient la Phthie et l'HelIade aux belles femmes — ils s'appelaient Myrmidons, Hellènes et Achéens. A tous ceux-là, à la tête de cinquante vaisseaux, Achille commandait. Mais ces guerriers ne se souvenaient plus de la guerre au pénible fracas ; ils n'avaient personne pour les conduire en lignes. Car il restait auprès de ses vaisseaux le divin Achille aux pieds infatigables, irrité à cause de Briséis, jeune fille aux beaux cheveux, qu'il avait enlevée de Lymesse après bien des fatigues, lorsqu'il eut renversé Lymesse  et les remparts de Thèbes. C'est alors qu'il avait abattu Mynès et Épistrophos aux lances furieuses, fils du roi Événos descendant de Sélépios. A cause de Briséis, Achille s'affligeait et restait au repos. Mais il n'allait pas tarder à se lever.

    Ceux qui tenaient Phylaque et Pyrasos la fleurie, enclos sacré de Déméter, et Iton mère des brebis, la maritime Antron, et Ptéléos aux lits d'herbes touffues : à tous ceux-là le belliqueux Protésilas avait commandé, tant qu il était vivant. Mais alors la terre sombre déjà le possédait. De lui, à Phylaque, il restait une épouse aux joues déchirées et une maison à moitié terminée. Un Dardanien l'avait tué, comme il sautait de son vaisseau, le tout premier de tous les Achéens. Ces guerriers néanmoins ne restaient pas sans chef, mais ils étaient au regret de leur chef. C'était Podarcès rejeton d'Arès, qui les mettait en rang, Podarcès fils d'Iphiclos riche en moutons, issu de Phylacos, et le propre frère du magnanime Protésilas, mais son cadet, car le belliqueux héros Protésilas était un guerrier plus âgé et plus fort. Les troupes donc ne manquaient pas de chef, quelque regret qu'elles eussent de ce brave. Quarante vaisseaux accompagnaient ce chef.

    Ceux qui habitaient Phères, près du lac Boebis, Boebé, Glaphyras et lolchos bien bâtie: à tous ceux-là Eumélos, l'enfant chéri d'Admète, commandait à la tête de onze vaisseaux, Eumélos qu'avait engendré d'une étreinte d'Admète, Alceste, la plus divine des femmes et la plus belle des filles de Pélias.

    Ceux qui habitaient Méthone et Thaumacie, ceux qui tenaient Mélibée et la rocailleuse Olizon : à tous ceux-là Philoctète, tireur d'arc exercé, commandait à la tête de sept vaisseaux. Dans chacun d'eux, cinquante rameurs s'étaient embarqués, tireurs d'arc exercés à vaillamment combattre. Mais Philoctète restait étendu dans une île, souffrant des maux violents, dans la très sainte Lemnos, où l'avaient laissé les fils des Achéens, affligé par la terrible plaie que lui avait value une hydre redoutable. Il restait là, étendu, désolé. Mais bientôt les Argiens allaient se souvenir auprès de leurs vaisseaux du roi Philoctète. Ces guerriers néanmoins ne restaient pas sans chef, mais ils étaient au regret de leur cher. C'était alors Médon qui les mettait en rang, Médon, ce bâtard d'Oïlée que Rhéné avait enfanté de l'étreinte d Oïlée saccageur de cités.

    Ceux qui tenaient Tricca et la rocheuse Ithome, ceux qui avaient Œchalie, ville de l'Œchalien Eurytos : à tous ceux-là commandaient deux enfants d'Asclépios, les bons médecins Polalire et Machaon. Trente vaisseaux creux pour eux étaient en
ligne.

    Ceux qui tenaient Orménion et la source Hypérée ; ceux qui avaient Astérios et les blanches têtes du mont Titanos : à tous ceux-là commandait Eurypyle fils brillant d'Évémon. Quarante vaisseaux noirs accompagnaient ce chef.

    Ceux qui tenaient Argissa et habitaient Gyrtone, Orthé, Élone et la blanche Oloosson : à tous ceux-là l'ardent guerrier Polypcetès fils de Pirithoos, que Zeus immortel avait engendré, commandait. La glorieuse Hippodamie l'avait conçu de l'étreinte de Pirithoos, le jour où il châtia les sauvages Centaures à crinière
de cheval, qu'il chassa du Pélion et rapprocha des Éthices. Il n'était pas seul, mais avec lui était Léontée rejeton d'Arès, fils du fougueux Coronos descendant de Caenée. Quarante vaisseaux noirs accompagnaient ce chef.
Gomée avait amené de Cyphos vingt-deux vaisseaux. Les Éniénes l’accompagnaient ainsi que les Perrhèbes : guerriers intrépides, ils avaient leurs demeures aux alentours de Dodone aux rigoureux hivers. Avec eux venaient ceux qui cultivaient la vallée du riant Titarèse, qui jette dans le Pénée le beau cours de ses eaux ; elles ne se mêlent point aux tourbillons argentés du Pénée, mais coulent à sa surface, comme de l'huile, car elles s'épanchent des ondes du Styx, le redoutable fleuve du serment.

    Prothoos, le fils de Tenthrédon, commandait aux Magnètes, qui habitaient aux alentours du Pénée et du Pélion aux feuilles agitées. Le rapide Prothoos les conduisait. Quarante vaisseaux noirs accompagnaient ce chef.

    Tels étaient les guides des Danaens et leurs chefs. Mais quel était le plus brave, Muse, dis-le-moi, le plus brave d'entre eux, et aussi des coursiers qui suivaient les Atrides ? Les cavales du fils de Phérès, que poussait Eumélos, étaient de beaucoup les meilleures, rapides comme l'oiseau, du même poil, du même âge, ayant le dos à un même niveau. Apollon, dieu dont l'arc est d'argent, avait élevé, dans la Piérie, ces deux cavales qui portaient avec elles la déroute d'Arès. Parmi les hommes, le plus brave, et de beaucoup, était Ajax fils de Télamon, tant qu'Achille persista en son ressentiment. Mais le fils de Pelée était beaucoup plus fort, ainsi que les chevaux qui entraînaient l'irréprochable Achille. Quant à lui, il restait en repos auprès de ses vaisseaux, coureurs de mer aux poupes recourbées, nourrissant sa rancune contre l'Atride, Agamemnon pasteur des guerriers. Ses troupes, sur le rivage où se brise la mer, s amusaient à lancer des disques, des javelots et des flèches. Les chevaux, chacun près de leur char, broutant le lotos et l'ache des marais, se tenaient inactifs. Les chars de leurs maîtres se tenaient en repos, tien hachés sous les tentes, et ces maîtres eux-mêmes, regrettant l'abstention du chef aimé d’Arès, erraient ça et là à travers le camp, et ne combattaient pas.

    Tous ces Danaens avançaient comme un feu qui ravagerait la terre tout entière, et le sol gémissait comme sous la colère de Zeus lance-foudre, lorsqu'il fouette la terre autour de Typhée, chez les Arimes, où l'on dit que se trouve la couche de Typhée. Ainsi, pendant qu'ils avançaient, le sol gémissait lourdement sous leurs pieds ; et très rapidement ils franchissaient la plaine.

    Alors, rapide messagère, Iris aux pieds de vent, survint chez les Troyens ; elle apportait de la part de Zeus porte-égide, un douloureux message. Les Troyens tenaient conseil à la porte du palais de Priam, réunis tous ensemble, les jeunes et les vieux. S'arrêtant tout près d'eux, Iris aux pieds rapides leur adressa la parole. Elle avait pris la voix d'un des fils de Priam, de Politès qui s'était posté, guetteur troyen comptant sur sa vitesse, sur le sommet du tombeau de l'antique Esyétès, épiant le moment où les Achéens s'élanceraient de leurs nefs. Sous ces traits, Iris aux pieds rapides dit alors à Priam :

    — Vieillard, constamment tu te plais aux discours indécis, comme autrefois en temps de paix. Mais la guerre acharnée vient de se lever. Très souvent je me suis trouvée au milieu des combats que se livrent les hommes ; mais jamais je n'ai vu si grande et si nombreuse armée. Car c'est vraiment comme des feuilles ou bien des grains de sable, qu'ils marchent dans la plaine et viennent vers la ville pour porter la bataille. Hector, c'est à toi surtout que je recommande de faire ce que je vais te dire. Puisqu'il y a dans la grande ville de Priam de nombreux auxiliaires, et qu'ils parlent des langues différentes, étant de races diverses, que chaque chef signifie ses ordres à ceux qui sont sous son commandement et qu'après avoir disposé leurs rangs, il marche à la tête de ses compatriotes. » Ainsi parla-t-elle. Hector ne méconnut pas la voix de la déesse, et aussitôt il leva l'assemblée. Les Troyens coururent alors

    Devant la ville, il est une butte escarpée, en retrait de la plaine, au pourtour accessible par différents côtés. Cette butte, les nommes l'appellent Batiée, et les Immortels, le tertre de la bondissante Myrine. C'est là que les Troyens se répartirent, ainsi que leurs alliés. Le fils de Priam, le grand Hector au casque à panache oscillant, commandait les Troyens. Avec lui, les troupes les plus nombreuses et de beaucoup les plus braves s'armaient, portées par leur ardeur à manier la pique.

     Le brave fils d'Anchise, Énée, commandait aux Dardaniens, Énée, qu'avait conçu d'une étreinte d'Anchise la divine Aphrodite, un jour que la déesse, sur les flancs de l'Ida, avait partagé le lit d'un mortel. Il n'était pas seul, mais avec lui se trouvaient les deux fils d'Anténor, Archéloque et Acamas, fort  exercés à tout genre de combat.

      Ceux qui habitaient Zélée, au pied du dernier contrefort de  l'Ida, riches Troyens buvant l'eau noire de l’Esépos : à ceux-là  commandait le glorieux fils de Lycaon, Pandaros, à qui Apollon lui-même avait donné son arc.

    Ceux qui tenaient Adrestée et le canton d'Apèse, ceux qui occupaient Pithyée et la montagne escarpée de Térée : à tous ceux-là commandaient Adraste et Amphios à la cuirasse de lin, tous deux fils de Mérops de Percote qui, mieux que tous, connaissait les arts divinatoires, et ne consentait pas à ce que ses enfants partissent pour la guerre où succombent les hommes. Mais ses enfants ne l'avaient point écouté, car les Génies de la sombre mort les poussaient tous les deux. Ceux qui habitaient aux alentours de Percote et du Practios ; ceux qui tenaient Sestos, Abydos et la divine Arisbé : à tous ceux-là commandait le fils d'Hyrtacos, Asios, le premier des guerriers, qu'avaient amené d'Arisbé, des bords du fleuve Héléis, de grands chevaux à la robe de feu. Hippothoos conduisait les tribus des Pélasges aux furieux javelots, les tribus de ceux qui habitaient Larissa la fertile à tous ceux-là commandaient Hippothoos et Pylée rejeton d'Arès, tous deux fils du Pélasge Létbos issu de Teutamis.

    Mais Acamas et le héros Pirôs conduisaient les Thraces, tous ceux que l'Hellespont au cours impétueux retient au delà de ses rives.

    Euphémos commandait aux Cicones armés de javelots. Euphémos, fils de Trézène nourrisson de Zeus et issu de Céas.

    Mais c’était Pyraechmès qui conduisait les Péoniens aux arcs recourbés, venus de loin, d'Amydon, de l'Axios au large courant, de l'Axios qui répand sur la terre la plus belle eau qui soit.

    Pylaeménès au cœur velu conduisait les Paphlagoniens du pays des Énètes, d'où vient la race des mules sauvages ; ils tenaient Cytore, peuplaient la région de Sésame, habitaient dans d'illustres maisons auprès des bords du fleuve Parthénios, et occupaient Cromna, Égiale et la haute Érythines.

    Mais Odios et Épistrophos commandaient aux Alizones, venus de loin, d'Alybe où naît l'argent.

    Chromis et l'augure Ennomos commandaient aux Mysiens, mais les oiseaux ne l'arrachèrent point au Génie ténébreux, et il fut dompté par les mains du rapide descendant d'Éaque, dans le lit du fleuve, à l'endroit où Achille devait massacrer d'autres Troyens encore.

    Phorcys, d'autre part, avec Ascanios beau comme un dieu, commandaient aux Phrygiens, venus de loin, d Ascanie ; ils brûlaient d'entrer dans la mêlée.

    Mesthlès et Antiphos conduisaient les Méoniens ; ils étaient tous deux fils de Talémène, et le lac Gygée les avait enfantés ; ils conduisaient aussi les Méoniens qui naquirent au pied du Tmolos.

    Nastès conduisait les Cariens au langage barbare, ceux qui tenaient Milet et le mont Phthirion au feuillage touffu, le cours du Ménandre et les sommets escarpés du Mycale. Amphimaque et Nastès les conduisaient, Nastès et Amphimaque fils brillants de Nomion. Amphimaque allait au combat paré d'or, comme une jeune femme. L'ingénu ! l'or n'écarta pas de lui le malheureux trépas, car il fut dompté par les mains du rapide descendant d Éaque, dans le lit du fleuve, et l'or de sa parure fut emporté par Achille à l'âme illuminée.

    Sarpédon et l'irréprochable Glaucos commandaient aux Lyciens, venus de loin, de Lycie et des bords du Xanthe aux eaux tourbillonnantes.