Les Forces par Lagrandville
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  Muse, dis-moi quel était le premier parmi eux, et quels étaient les meilleurs chevaux.

  Les meilleures cavales étaient celles que conduisait le fils de Phères, Eumèle. Rapides comme l'oiseau, elles avaient la même robe, le même âge, la même taille. Apollon les fit paître et les dressa pour porter l'effroi dans les combats, lorsque auprès du Pénée il menait la vie pastorale.

  Au jugement des hommes, Ajax, fils de Télamon, méritait la palme sur tous ceux qui pour lors étaient à la bataille. A la vérité, Achille était beaucoup plus vaillant et plus fort, et ses chevaux même devançaient tous les autres ; mais pour lors il se tenait en ses tentes, en repos, et ses soldats aussi. Ayant laissé leurs chars et attaché leurs chevaux à la mangeoire, ils s'ébattaient journellement à plusieurs jeux, à darder le javelot, à tirer de l'arc ou à jeter le palet ; errant çà et là par les tentes et pavillons, selon qu'il leur venait en fantaisie, puisqu'il ne leur était pas permis d'entrer au combat avec leur chef.

 En voyant tous ces peuples se mettre en mouvement, on dirait que la terre entière est dévorée par le feu, comme autrefois quand Jupiter irrité foudroya Typhée dans Arinies, où ce géant est encore étendu, de même frémit la terre quand ils traversent la plaine à pas précipités.

  Politès, fils de Priam, était dans une échauguette comme vedette au monument du vieil Esyétès, chargé de donner avis aux Troyens de l'abord des Grecs, pendant que les Troyens, vieux et jeunes, tenaient conseil devant le palais de Priam sur l'expédient à prendre. Iris, prenant la ressemblance et le langage de Politès, descendit du ciel par le commandement de Jupiter, et, adressant la parole à Priam comme un messager effrayé, lui fit ce discours :

  « O vieillard, comme en temps de paix, tu aimes les longs discours, quand un combat terrible va s'engager. J'ai assisté à bien des batailles, mais je n'ai pas encore vu autant d'hommes ; ils sont aussi nombreux que les feuilles du printemps et les grains de sable de la mer. Ils s'avancent à travers la plaine pour combattre sous les murs de la ville.

  « Hector, je te donne ce conseil : tu as encore beaucoup d'auxiliaires dans la ville, qui, n'étant pas du même pays, ne parlent pas la même langue ; que chaque chef appelle sous son drapeau ceux qu'il a amenés avec lui et qu'il les conduise au combat. »

  Hector écoute la parole de la déesse, il rompt l'assemblée ; on court aux armes. Les portes s'ouvrent; il s'élève un grand tumulte. Au loin dans la plaine, en face de la ville, s'élève une colline autour de laquelle on peut tourner sur des chars, les hommes la nomment Batiée, et les immortels tombeau de Myrine, où l'on danse en l'honneur d'Apollon ; c'est là que les Troyens et leurs alliés se rangent en bataille.

  Hector, fils de Priam, à la haute stature et au casque étincelant, commande les Troyens. Les peuples les plus nombreux et les plus vaillants se sont armés avec lui et désirent combattre sous son enseigne.

  Énée et les deux fils d'Anténor, Archéloque et Acamas, habiles dans tous les genres de combats, sont à la tête des Dardaniens ; Énée est fils de Vénus, qui s'unit à Anchise sur les collines de l'Ida.

  Pandarus, fils de l'illustre Lycaon, Pandarus auquel Apollon lui-même donna son arc, est le chef de ceux qui habitent Zélée, au pied du mont Ida; peuples riches, ils boivent l'eau noire de l'Esèpe.

  Adraste et Amphius à la cuirasse de lin commandent ceux qui ont Adrastée, la cité d'Apèse, Pithyée et la montagne élevée de Térée. Ils sont tous deux fils de Mérope de Percote, qui, versé dans l'art divinatoire, n'avait pas permis à ses enfants d'aller à cette guerre homicide ; mais ils n'obéirent pas à leur père et furent entraînés par les Parques de la mort.

  Asius, fils d'Hyrtacès, conduit par de grands chevaux noirs, est venu de la ville d'Arisbée et des bords du Selléis. Il est suivi des guerriers de Percotte, de Practium, de Sestos, d'Abydos et d'Arisbée divine. Hippothous et Pylée, rejeton de Mars, sont à la tête des tribus des Pélasges, habiles à pointer la lance, et de ceux qui habitent Larysse, riche des dons de Cérés. Hippothous et Pylée sont les fils de Léthus le Pélasge, fils de Teutame.

  Acamas et Piroûs le héros conduisaient les Thraces et les  peuples que renferme l'Hellespont au courant rapide.

  Euphème, fils de Trézène fils de Céas aimé de Jupiter, est le chef des Ciconiens, hommes courageux et entendus à la guerre.

  Pyraechmès commande les archers Péoniens. Ils viennent d'un

pays lointain, d'Amydon, et de l'Axius au large cours, dont l'eau limpide féconde la terre.

   Pylémène à la poitrine velue a guidé les Paphlagoniens du pays des Énètes, duquel provient la race des mules sauvages. Ces peuples ont Cytore, Sésame avec ses riches demeures autour du fleuve Parthénius, Cromna, Égiale et les collines d'Érythine. Odius et Epistrophe sont à la tête des Halizones, venus de la contrée lointaine d'Alybe, d'où l'on tire l'argent.

  Chromis et Eunomus l'augure commandent les Mysiens. Eunomus n'échappera point aux oiseaux de la Parque noire ; il périra des mains du descendant d'Éaque, dans le fleuve où Achille, repoussant les Troyens, en fera un grand carnage.

  Phorcys et le bel Ascagne ont amené les Phrygiens des régions éloignées d'Ascagnie.

  Mesthlès et Antiphus, fils de Talémènes et du lac Gigée, qui les enfanta, conduisent les Méoniens nés sous le Tmolus. Nastès et Amphimaque, illustres enfants de Nomion, sont à la tête des Cariens au langage barbare ; les Cariens ont Milet, le mont ombragé des Phthires, le cours du Méandre et les sommets élevés du Mycale. Amphimaque s'avance au combat couvert d'or comme une jeune fille. L'insensé ! l'or n'écartera pas de lui la Parque funeste ; le descendant d'Éaque, Achille, l'en dépouillera après lui avoir ôté la vie.

  Sarpédon et Glaucus, tous deux estimés pour leur prouesse, sont
les chefs des Lyciens, qui ont quitté la Lycie et les tourbillons du Xanthe.